09/1/2016

17 janvier 2016 : 102e Journée mondiale du Migrant et du Réfugié


Sous le titre « Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde », le pape François inscrit la Journée mondiale du migrant et du réfugié, célébrée au niveau ecclésial le 17 janvier 2016, dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde. « Il est important de considérer les migrants non seulement en fonction de la régularité ou de l’irrégularité de leur condition, mais surtout comme des personnes qui, une fois leur dignité assurée, peuvent contribuer au bien-être et au progrès de tous… »



Sous le titre « Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde », le pape François inscrit la Journée mondiale du migrant et du réfugié, célébrée au niveau ecclésial le 17 janvier 2016, dans le cadre du Jubilé de la Miséricorde.

 

« L’indifférence et le silence ouvrent la voie à la complicité quand nous assistons en spectateurs aux morts par étouffement, par privations, par violences et par naufrages », déclare le pape François.

 

« Chacun de nous est responsable de son voisin », insiste le pape.

 

Il ajoute : « Il est important de considérer les migrants non seulement en fonction de la régularité ou de l’irrégularité de leur condition, mais surtout comme des personnes qui, une fois leur dignité assurée, peuvent contribuer au bien-être et au progrès de tous, en particulier lorsqu’ils assument la responsabilité de leurs devoirs envers ceux qui les accueillent, en respectant de façon reconnaissante le patrimoine matériel et spirituel du pays hôte, en obéissant à ses lois et en contribuant à ses charges. »

 

Il appelle à une information exacte qui ne cache pas les dangers  auxquels sont soumis les réfugiés dans leurs pays : « Il est indispensable que l’opinion publique soit informée de tout cela et correctement, notamment pour prévenir des peurs injustifiées et des spéculations sur la peau des migrants. »

 

* *

 

Message du pape François

 

Les migrants et les réfugiés nous interpellent.

La réponse de l’Évangile de la miséricorde

 

Chers frères et sœurs !

 

Dans la bulle d’indiction du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, j’ai rappelé qu’« il y a des moments où nous sommes appelés de façon encore plus pressante, à fixer notre regard sur la miséricorde, afin de devenir nous aussi signe efficace de l’agir du Père » (Misericordiae Vultus, n. 3). L’amour de Dieu, en effet, entend atteindre tous et chacun, en transformant ceux qui accueillent l’étreinte du Père en autant de bras qui s’ouvrent et qui étreignent afin que quiconque sache qu’il est aimé comme fils et se sente « chez lui » dans l’unique famille humaine. De la sorte, l’attention paternelle de Dieu est bienveillante envers tous, comme celle du pasteur avec ses brebis, mais elle est particulièrement sensible aux besoins de la brebis blessée, fatiguée ou malade. Jésus-Christ nous a parlé ainsi du Père, pour nous dire qu’il se penche sur l’homme blessé par la misère physique ou morale et, plus ses conditions s’aggravent, plus se révèle l’efficacité de la miséricorde divine.

 

À notre époque, les flux migratoires sont en constante augmentation en tout lieu de la planète : les réfugiés et les personnes qui fuient leur patrie interpellent les individus et les collectivités, défiant leur mode de vie traditionnel et bouleversant parfois l’horizon culturel et social auquel ils sont confrontés.

 

Toujours plus souvent, les victimes de la violence et de la pauvreté, abandonnant leurs terres d’origine, subissent l’outrage des trafiquants de personnes humaines au cours du voyage vers leur rêve d’un avenir meilleur. Si elles survivent aux abus et aux adversités, elles doivent ensuite se heurter à des réalités où se nichent suspicions et peurs.

 

Très souvent, enfin, elles doivent faire face à l’absence de normes claires et pratiques pour réglementer leur accueil et pour prévoir des itinéraires d’intégration à court et à long terme, avec une attention aux droits et aux devoirs de tous.

 

Plus que par le passé, l’Évangile de la miséricorde secoue aujourd’hui les consciences, empêche que l’on s’habitue à la souffrance de l’autre et indique des chemins de réponse qui s’enracinent dans les vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité, en se déclinant en œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle.

 

A partir de ces constatations, j’ai voulu que la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié de 2016 soit consacrée au thème suivant : « Les migrants et les réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde ». Les flux migratoires sont désormais une réalité structurelle et la première question qui s’impose concerne la façon de dépasser la phase d’urgence pour faire place à des programmes qui tiennent compte des causes des migrations, des changements qui se produisent et des conséquences qu’impriment de nouveaux visages aux sociétés et aux peuples. Chaque jour, cependant, les histoires dramatiques de millions d’hommes et de femmes interpellent la Communauté internationale face à l’apparition d’inacceptables crises humanitaires dans de nombreuses régions du monde.

 

L’indifférence et le silence ouvrent la voie à la complicité quand nous assistons en spectateurs aux morts par étouffement, par privations, par violences et par naufrages. De grandes ou de petites dimensions, il s’agit toujours de tragédies quand bien même une seule vie humaine est perdue. Les migrants sont nos frères et sœurs qui cherchent une vie meilleure loin de la pauvreté, de la faim, de l’exploitation et de la répartition injuste des ressources de la planète qui devraient être divisées équitablement entre tous. N’est-ce pas le désir de chacun d’améliorer ses conditions de vie et d’obtenir un bien-être honnête et légitime, à partager avec les êtres qui lui sont chers ?

 

En ce moment de l’histoire de l’humanité, fortement caractérisé par les migrations, la question de l’identité n’est pas une question d’une importance secondaire. Celui qui migre, en effet, est contraint de modifier certains aspects qui définissent sa personne et, même s’il ne le veut pas, force celui qui l’accueille à changer.

 

Comment vivre ces mutations, afin qu’elles ne deviennent pas un obstacle au développement authentique, mais soient une opportunité pour une authentique croissance humaine, sociale et spirituelle, en respectant et en favorisant les valeurs qui rendent l’homme toujours plus homme, dans un juste rapport avec Dieu, avec les autres et avec la création ? De fait, la présence des migrants et des réfugiés interpelle sérieusement les diverses sociétés qui les accueillent. Elles doivent faire face à des faits nouveaux qui peuvent se révéler délétères s’ils ne sont pas correctement motivés, gérés et régulés. Comment faire pour que l’intégration se transforme en un enrichissement réciproque, ouvre des parcours positifs aux communautés et prévienne le risque de la discrimination, du racisme, du nationalisme extrême ou de la xénophobie ?

 

La révélation biblique encourage l’accueil de l’étranger, en le motivant par la certitude qu’en agissant ainsi on ouvre les portes à Dieu lui-même et que sur le visage de l’autre se manifestent les traits de Jésus-Christ. De nombreuses institutions, associations, mouvements, groupes engagés, organismes diocésains, nationaux et internationaux font l’expérience de l’émerveillement et de la joie de la fête de la rencontre, de l’échange et de la solidarité. Ils ont reconnu la voix de Jésus-Christ : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe » (Ap 3, 20).

 

Pourtant, les débats sur les conditions et sur les limites à poser à l’accueil ne cessent de se multiplier, non seulement au niveau des politiques des Etats, mais aussi au sein de certaines communautés paroissiales qui voient leur tranquillité traditionnelle menacée. Face à ces questions, comment l’Eglise peut-elle agir, sinon en s’inspirant de l’exemple et des paroles de Jésus-Christ ? La réponse de l’Évangile est la miséricorde.

 

En premier lieu, celle-ci est un don de Dieu le Père révélé dans le Fils : la miséricorde reçue de Dieu suscite, en effet, des sentiments de joyeuse gratitude pour l’espérance que nous a offerte le mystère de la rédemption dans le sang du Christ. Par ailleurs, elle alimente et renforce la solidarité envers le prochain, comme exigence pour répondre à l’amour gratuit de Dieu, « qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5).

 

Du reste, chacun de nous est responsable de son voisin : nous sommes les gardiens de nos frères et sœurs, où qu’ils vivent. Entretenir de bons contacts personnels et savoir surmonter les préjugés et les peurs sont des ingrédients essentiels pour faire fructifier la culture de la rencontre, où l’on est disposé non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres. En effet, l’hospitalité vit à la fois de ce qui est donné et reçu.

 

Dans cette perspective, il est important de considérer les migrants non seulement en fonction de la régularité ou de l’irrégularité de leur condition, mais surtout comme des personnes qui, une fois leur dignité assurée, peuvent contribuer au bien-être et au progrès de tous, en particulier lorsqu’ils assument la responsabilité de leurs devoirs envers ceux qui les accueillent, en respectant de façon reconnaissante le patrimoine matériel et spirituel du pays hôte, en obéissant à ses lois et en contribuant à ses charges.

 

En tout cas, on ne peut pas réduire les migrations à une dimension politique et normative, à des effets économiques, ni à une simple coexistence de cultures différentes sur un même territoire. Ces aspects viennent compléter la défense et la promotion de la personne humaine, la culture de la rencontre des peuples et de l’unité, là où l’Évangile de la miséricorde inspire et encourage des itinéraires qui renouvellent et transforment l’humanité tout entière.

 

L’Église est aux côtés de tous ceux qui s’emploient à défendre le droit de chacun à vivre avec dignité, avant tout en exerçant leur droit à ne pas émigrer pour contribuer au développement du pays d’origine. Ce processus devrait inclure, à un premier niveau, la nécessité d’aider les pays d’où partent migrants et réfugiés. Cela confirme que la solidarité, la coopération, l’interdépendance internationale et la répartition équitable des biens de la terre sont des éléments fondamentaux pour œuvrer en profondeur et de manière incisive dans les zones de départ des flux migratoires, afin que cessent ces déséquilibres qui poussent des personnes, individuellement ou collectivement, à quitter leur milieu naturel et culturel.

 

En tout cas, il est nécessaire de conjurer, si possible dès le début, les fuites de réfugiés et les exodes dictés par la pauvreté, par la violence et par les persécutions.

 

Il est indispensable que l’opinion publique soit informée de tout cela et correctement, notamment pour prévenir des peurs injustifiées et des spéculations sur la peau des migrants. Personne ne peut faire semblant de ne pas se sentir interpellé par les nouvelles formes d’esclavage gérées par des organisations criminelles, qui vendent et achètent des hommes, des femmes et des enfants, comme travailleurs forcés à travailler dans différents secteurs du marché, comme le bâtiment, l’agriculture, la pêche ou d’autres.

 

Combien de mineurs sont contraints, aujourd’hui encore, de s’enrôler dans les milices qui les transforment en enfants soldats ! Combien de personnes sont victimes du trafic d’organes, de la mendicité forcée et de l’exploitation sexuelle ! Les réfugiés de notre époque fuient ces crimes aberrants ; ils interpellent l’Eglise et la communauté humaine afin qu’eux aussi, dans la main tendue qui les accueille, puissent apercevoir le visage du Seigneur, « le Père miséricordieux, le Dieu de qui vient tout réconfort » (2 Co 1, 3).

 

Chers frères et sœurs migrants et réfugiés ! A la racine de l’Évangile de la miséricorde, la rencontre et l’accueil de l’autre se relient à la rencontre et à l’accueil de Dieu : accueillir l’autre, c’est accueillir Dieu en personne ! Ne vous laissez pas voler l’espérance et la joie de vivre qui jaillissent de l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui se manifeste dans les personnes que vous rencontrez au long de vos chemins !

 

Je vous confie à la Vierge Marie, Mère des migrants et des réfugiés, et à saint Joseph, qui ont vécu l’amertume de l’émigration en Egypte. Je confie aussi à leur intercession ceux qui consacrent leurs énergies, leur temps et leurs ressources à la pastorale et à l’aide sociale des migrations. A tous et de tout cœur, j’accorde la Bénédiction apostolique.

 

Du Vatican, le 12 septembre 2015, mémoire du Saint Nom de Marie

 

 

FRANCISCUS PP.

© Source : Zenit. 1er octobre 2015

 

 

 

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Migrants et réfugiés : présentation du message du pape

 

 

Conférence de presse dans la salle Jean-Paul II de la Salle de presse du Saint-Siège, à l’occasion de la présentation du Message du pape François pour la prochaine Journée mondiale du migrant et du réfugié qui sera célébrée dans l’Église le 17 janvier 2016. Elle sera intitulée : « Migrants et réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde ».

 

Intervention du cardinal Antonio Maria Vegliò, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement.

 

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J’ai le grand honneur et le privilège de présenter le Message du Saint-Père François à l’occasion de la célébration annuelle de la Journée mondiale du migrant et du réfugié qui, au niveau de l’Église universelle, se tiendra le dimanche 17 janvier 2016 ; elle sera intitulée : « Migrants et réfugiés nous interpellent. La réponse de l’Évangile de la miséricorde ».

 

D’un côté, la célébration de la Journée mondiale s’inscrit naturellement dans le contexte de l’Année de la miséricorde, point de référence pour toute l’Église dans les prochains mois. De l’autre, face à une situation où la migration est en train d’assumer des proportions immenses, et à tant de tragédies survenues dans le monde entier, il faut reconnaître que ce phénomène, sous toutes ses formes, nous appelle à donner une réponse.

 

La Journée mondiale qui, nous l’espérons, sera célébrée cette année dans toute l’Église au niveau national et diocésain comme Journée jubilaire du migrant et du réfugié, devient ainsi une occasion concrète pour toute la communauté chrétienne de réfléchir, prier et agir. La migration touche surtout nos Églises locales, qui sont l’environnement le plus proche des migrants et des réfugiés. C’est là que nous rencontrons ces personnes face à face et c’est à ce niveau que nous pouvons réaliser concrètement notre rencontre.

 

Aujourd’hui, dans cette intervention, je tenterai d’illustrer la pensée du Saint-Père, contenue dans son Message pour l’année prochaine, à la lumière d’une caractéristique attestée avec une fréquence particulière dans l’Évangile, qui est la miséricorde. Ensuite, Mgr Joseph Kalathiparambil présentera l’aspect des réfugiés du Message pontifical.

 

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Avec en arrière-plan l’image de Dieu Père, qui manifeste sa sollicitude paternelle « envers tous, comme le fait le pasteur avec son troupeau » et qui « est particulièrement sensible aux besoins de la brebis blessée, fatiguée ou malade », le pape François décrit la réalité du contexte mondial actuel ; il affirme que « les flux migratoires sont en constante augmentation dans tous les coins de la planète ». La présence de tant de personnes en mouvement – migrants, réfugiés et personnes fuyant leur patrie – interpelle les individus et les collectivités, parce qu’elle défie les modes de vie traditionnels, la perspective, l’horizon culturel et social auxquels tout le monde doit se confronter. Les difficultés de tous ces migrants et réfugiés exigent de l’attention et de la sensibilité à l’égard de cette situation globale.

 

On ne peut pas rester indifférent et silencieux devant tant de tragédies qui se déroulent dans le monde. On ne peut qu’exprimer sa douleur la plus sincère devant de telles situations de souffrance : ce sont des hommes et des femmes – souvent pauvres, affamés, persécutés, blessés spirituellement ou physiquement, exploités ou victimes de guerre – qui cherchent une vie meilleure. Dans un monde souvent caractérisé aujourd’hui par la globalisation de l’indifférence qui nous fait nous habituer à la souffrance de l’autre, le pape François affirme que « l’Évangile de la miséricorde secoue les consciences (…) et indique des voies pour des réponses qui s’enracinent dans les vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité, se déclinant dans les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles ».

 

Voici la base sur laquelle se fonde le thème choisi par le Saint-Père pour la prochaine Journée mondiale. Dans sa structure, si l’on exclut la partie introductive et la conclusion, le Message se divise en fait en deux parties. Dans la première section du document, le pape souligne trois « questions » sur lesquelles les migrants interpellent les individus comme les communautés.

 

En premier lieu, nous pouvons noter la question de la crise humanitaire actuelle dans le cadre de la migration, existant non seulement en Europe mais présente dans le monde entier. Les migrants et les réfugiés interpellent notre sensibilité à l’égard de cette crise humanitaire. Le pape observe : « Les histoires dramatiques de millions d’hommes et de femmes interpellent la Communauté internationale, devant l’émergence de crises humanitaires inacceptables dans de nombreuses zones du monde. » Cette réalité, comme l’écrit le Saint-Père, nécessite un approfondissement de la situation pour pouvoir mieux connaître les causes qui produisent les migrations ainsi que les conséquences qui en découlent dans les lieux d’arrivée, mais aussi dans un panorama global, pour affronter le phénomène d’une façon juste et qui respecte la sauvegarde de la dignité humaine. La situation d’urgence actuelle ne permet cependant pas que l’on perde de temps en ce moment, et elle requiert une action immédiate. Le danger existant, affirme le pape François, est celui de l’indifférence et du silence qui nous rendent complices « quand nous assistons en spectateurs aux morts par asphyxie, privations, violences et naufrages ».

 

En second lieu, le Message relève la question de l’identité. « Celui qui émigre, écrit le Saint-Père dans son Message, est contraint de modifier certains aspects qui définissent sa personne et, même s’il ne le veut pas, il force à changer aussi celui qui l’accueille. » L’arrivée du migrant dans un nouveau contexte social demande en effet un processus d’adaptation mutuelle à une nouvelle situation. Le migrant ne peut pas seulement chercher à satisfaire les exigences de sa propre existence, telles que trouver un travail et un logement, pour  bien s’établir dans le nouveau lieu. Son insertion dans la nouvelle société requiert aussi un effort intérieur qui nécessite également des changements dans les éléments de son identité pour s’adapter au nouveau contexte social et culturel. Nous pouvons énumérer par exemple le besoin fondamental d’apprendre la langue locale, mais aussi celui de montrer un profond respect pour la culture, l’histoire et l’héritage du peuple qui accueille le migrant.

 

D’autre part, l’arrivée du migrant « interpelle sérieusement les différentes sociétés qui l’accueillent » afin que le processus d’insertion et d’intégration soit respectueux des valeurs qui « rendent l’homme toujours plus homme dans un juste rapport à Dieu, aux autres et à la création » mais qui, en même temps, permet au migrant de pouvoir contribuer à la croissance de la société qui l’accueille. Le Saint-Père invite à trouver un équilibre délicat entre les deux extrêmes, évitant de créer un ghetto culturel d’une part, et toute trace de nationalisme extrême ou xénophobe de l’autre.

 

Enfin, le Message du Saint-Père met en évidence la question de l’accueil. Le pape François commence par les aspects positifs, citant de nombreuses institutions, associations, des mouvements, des groupes engagés, des organismes diocésains, nationaux et internationaux, qui « font l’expérience de l’étonnement et de la joie de la fête de la rencontre, de l’échange et de la solidarité ». La communauté chrétienne cherche à reconnaître le visage de Jésus et à écouter sa Parole dans le récit de la parabole du Jugement dernier (cf. Mt 25). L’Église a une « parole » prophétique dans l’œuvre de sensibilisation à l’accueil qui résonne avec force à travers les différentes actions et les œuvres prises concrètement en charge par les communautés chrétiennes. C’est la sensibilisation qui naît de l’engagement et de l’agir quotidien. Par ailleurs, poursuit le pape, en cette époque de grands mouvements migratoires, on découvre que les étrangers font souvent l’objet de soupçon et de crainte. Divers débats animés « sur les conditions et sur les limites à mettre à l’accueil » ont lieu à différents niveaux, des débats qui n’existent pas seulement dans le monde politique, mais aussi dans certaines communautés chrétiennes « qui voient menacée leur tranquilité traditionnelle ».

 

Devant ces questions et ces interrogations, affirme le Saint-Père, « la réponse de l’Évangile est la miséricorde ». Et ainsi, nous entrons dans la seconde partie de la structure du Message, où nous pouvons relever trois autres thèmes.

 

La miséricorde pousse à la solidarité envers le prochain : elle « alimente et renforce la solidarité envers le prochain en tant qu’exigence de réponse à l’amour gratuit de Dieu ». Il existe un rapport étroit entre recevoir le don gratuit de l’amour miséricordieux de Dieu et la réponse de l’homme. L’expérience de la miséricorde, fait observer le pape, donne une joie qui veut ensuite s’exprimer dans l’amour que l’on offre à son prochain. La charité est le don de Dieu miséricordieux qui, en même temps, nourrit et stimule le service et la solidarité envers le prochain. Mais la solidarité ne reste pas seulement une expression de respect et d’assistance charitable envers l’autre, elle comporte aussi, écrit le pape, « l’entretien de bons contacts personnels et la capacité de dépasser les préjugés et les peurs ».

 

Tout ceci est indispensable dans la seconde ligne directrice soulignée par le pape dans son Message : la miséricorde pousse à cultiver la culture de la rencontre. Il s’agit d’un concept important dans la pensée du Saint-Père puisqu’il apparaît souvent dans le contexte de la migration. En effet, le pape l’a déjà souligné dans ses deux messages précédents pour les Journées mondiales de 2014 et 2015. La culture de la rencontre interpelle tout le monde afin que chacun soit disposé non seulement à donner, mais aussi à recevoir des autres, et elle tend à construire la communion et l’unité, ce qui implique aussi un échange réciproque. « L’hospitalité, en effet, dit le pape, vit de ce qui est donné et de ce qui est reçu. »

 

La complexité du phénomène migratoire rend difficile de séparer les différents aspects, politique ou législatif, humanitaire ou sécuritaire. La perspective de la culture de la rencontre implique un regard sur la personne du migrant dans son ensemble, avec tous ses aspects. Avant tout, le phénomène ne se réduit pas aux statistiques ou aux chiffres. Nous sommes devant des personnes humaines qui ont un visage, une histoire réelle, une famille et des expériences concrètes qui ne doivent pas être négligées. C’est important, puisque nous parlons de l’accueil de personnes concrètes, et non d’idées abstraites. En même temps, la culture de la rencontre requiert aussi de la part des migrants l’effort d’assumer « de manière responsable des devoirs à l’égard de ceux qui les accueillent, en respectant avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel du pays qui les reçoit, en obéissant à ses lois et en contribuant à ses charges ». Ainsi, la présence des migrants ne devient pas seulement une simple juxtaposition de cultures différentes sur le même territoire, mais une rencontre de peuples, où la proclamation de l’Évangile « inspire et encourage des itinéraires qui renouvellent et transforment l’humanité entière ».

 

Le troisième sujet soulevé par le Saint-Père dans son Message est la défense du droit de chacun à vivre dans la dignité en restant dans sa patrie. Le pape François écrit : « L’Église est aux côtés de tous ceux qui s’efforcent de défendre le droit de chacun à vivre dans la dignité, avant tout en exerçant son droit de ne pas émigrer pour contribuer au développement de son pays d’origine. » Dans l’esprit de Gaudium et spes, toute personne a le droit d’émigrer, un droit inscrit parmi les droits fondamentaux de tous les êtres humains. Mais au-delà de cela, et même avant, il faut réaffirmer le droit de ne pas émigrer, à savoir d’être dans les conditions de pouvoir demeurer sur sa propre terre.

 

Avant tout, fait observer le pape François, ceci comporte la nécessité d’aider les pays d’où partent les migrants et les réfugiés. « La solidarité, la coopération, l’interdépendance internationale et la distribution équitable des biens de la terre », écrit le pape dans son Message, « sont des éléments fondamentaux pour œuvrer en profondeur et de manière incisive, surtout dans les régions de départ des flux migratoires ». La nécessité d’une réponse ne se limite pas seulement à la guerre contre les trafiquants ou à la restriction des normes sur l’immigration, mais il faut garder présent à l’esprit que celui qui jouit de la prospérité devrait mettre à la disposition des pauvres et des personnes démunies (comprises individuellement ou comme en tant que nations) les moyens avec lesquels pouvoir répondre à leurs besoins et entrer sur un chemin de développement grâce à une distribution équitable des ressources de la planète. En planifiant les investissements, les entrepreneurs indépendants et les nations mieux développées devraient tenir compte des besoins économiques urgents des pays émergents. La propriété et la possession n’acquièrent un sens que quand elles offrent à l’homme l’occasion de remplir ses devoirs dignement dans la vie sociale et économique, en étant attentif à rechercher le bien commun.

 

Enfin, ajoute le pape, « il est indispensable que l’opinion publique soit informée correctement, entre autres pour prévenir des peurs et des spéculations injustifiées sur le dos des migrants ». Les mass-médias, comme le fait observer le Saint-Père, ont un rôle de grande responsabilité. Il est important qu’ils aident à démasquer les faux préjugés sur la migration, en la montrant le plus authentiquement possible.

 

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Le Saint-Père conclut son Message en rappelant l’image biblique de l’accueil de l’étranger comme étant l’accueil de Dieu lui-même, exhortant les migrants et les réfugiés à ne pas se laisser voler l’espérance et la joie qui viennent de l’expérience de la miséricorde de Dieu. Cette année aussi, ses paroles se situent dans le rappel biblique de l’image de la Sainte Famille exilée en Égypte : c’est à son intercession que le pape François confie leur vie ainsi que tous ceux qui consacrent leurs énergie, leur temps et leurs ressources aux migrations.

 

Je joins ma voix à celle du Saint-Père pour exprimer ma reconnaissance et ma gratitude personnelle aux personnes qui sont au service des migrants. Je les remercie pour leur dévouement et leur courage et j’espère que l’Esprit-Saint continuera de garder vivante dans leurs œuvres l’« imagination de la charité » qu’elles expriment envers toutes les personnes en déplacement.

 

Merci pour votre attention.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Zenit. 1er octobre 2015