26/7/2011

A New Delhi, grève de la faim en faveur des droits des dalits chrétiens et musulmans


Depuis le 25 juillet 2011, comme ils l’avaient annoncé, les dalits (ex-intouchables) chrétiens et musulmans, ainsi que de nombreux responsables d’Eglises chrétiennes et des membres d’organisations de défense des droits de l’homme, ont commencé leur jeûne public dans le centre de New Delhi afin d’obtenir du Parlement qu’il abolisse les discriminations à leur égard encore présentes dans la Constitution. Les dalits se heurtent toujours à une tradition profondément ancrée, au motif que les deux religions ne reconnaissent pas le système des castes.



Depuis le 25 juillet 2011, comme ils l’avaient annoncé (1), les dalits (ex-intouchables) chrétiens et musulmans, ainsi que de nombreux responsables d’Eglises chrétiennes, des prêtres, des religieux, des laïcs et des membres d’organisations de défense des droits de l’homme, ont commencé leur jeûne public dans le centre de New Delhi afin d’obtenir du Parlement qu’il abolisse les discriminations à leur égard encore présentes dans la Constitution.

 

Cette « grève de la faim nationale » de trois jours organisée par la Commission nationale pour les dalits chrétiens (NCCDC), le Conseil national des dalits chrétiens (NCDC), la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI), le Conseil national des Eglises de l’Inde (NCCI) – un rassemblement d’Eglises orthodoxes et protestantes –, ainsi que par différents organismes et associations, se clôturera le 28 juillet par une marche vers le Lok Sabha (la Chambre basse du Parlement) à laquelle sont attendus des milliers de personnes de toutes religions.

 

Plus de mille participants ont entamé leur jeûne hier, 25 juillet, à l’issue d’un long meeting où les intervenants, de différentes obédiences chrétiennes, ont interpellé le gouvernement en termes fermes, menaçant de transformer ce qui n’était pour le moment qu’« un avertissement aux politiciens » en véritable boycott du Parti du Congrès par les chrétiens lors des prochaines élections locales et fédérales, au cas où leurs demandes demeuraient une fois encore lettres mortes.

 

Rassemblés dans le Jantar Mantar, un lieu traditionnellement utilisé dans la capitale indienne pour les grands rassemblements et manifestations (2), les participants brandissaient des banderoles où l’on pouvait lire « Elargissez le statut des SC ! » ou encore « Stop aux atermoiements des politiques ! », en scandant des slogans demandant au gouvernement d’étendre le statut de « Scheduled Castes (SC) » (3) aux dalits chrétiens et musulmans, statut dont ils sont exclus par l’article 3 de la Constitution.

 

Bien que la Constitution indienne, promulguée en 1950, ait interdit toute discrimination fondée sur la caste, le sexe, le lieu de naissance ou la religion, et aboli l’intouchabilité (le système des castes n’a pas été officiellement supprimé mais seulement considéré comme non existant), les dalits se heurtent toujours à une tradition profondément ancrée, les chrétiens et musulmans étant doublement pénalisés par leur exclusion de la politique de discrimination positive des SC au motif que ces deux religions ne reconnaissent pas le système des castes.

 

Depuis que les bouddhistes ont été intégrés dans le système des SC en 1956, puis plus récemment les sikhs en 1990, les défenseurs de la cause des ex-intouchables objectent qu’aucune raison ne s’oppose à l’extension de ces mesures aux dalits chrétiens et musulmans, et ce d’autant plus que ni le bouddhisme, ni le sikhisme ne reconnaissent eux aussi le système des castes.

 

« Nous sommes contraints à faire grève de la faim car nous n’en pouvons plus de ces dérobades injustifiées du gouvernement [pour éviter l’amendement de la Constitution qui permettrait] d’étendre aux chrétiens et musulmans le statut de SC. Nous sommes toujours traités en citoyens de seconde zone et ne pouvons plus le tolérer davantage », a lancé à la foule le P. Cosmon Arokiaraj, secrétaire de la Commission pour les dalits de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI).

 

Mgr Vincent Concessao, archevêque de Delhi, n’a pas hésité quant à lui à fustiger l’United Progressive Alliance (UPA), la coalition gouvernementale menée par le Parti du Congrès, d’être l’obstacle principal à la finalisation du processus d’abolition définitive du système discriminatoire des castes. « Nous avons réalisé, a-t-il déclaré aux manifestants, que seul le Parti du Congrès était responsable de ce blocage. Et l’Histoire a largement démontré que tous ceux qui refusaient de rendre justice, creusaient leur propre tombe. (…) Notre démarche est non violente, mais nous nous battrons jusqu’à ce que nous obtenions justice. »

 

Souscrivant aux propos de l’archevêque catholique, les responsables des Eglises protestantes se sont exprimés à leur tour. A la suite d’Alwan Masih, secrétaire général de l’Eglise de l’Inde du Nord (CNI), le Rév. Roger Gaikwad, secrétaire général du Conseil national des Eglises de l’Inde (NCCI), a rappelé le sens de la démarche de cette manifestation « nationale » : « Notre grève de la faim est en réalité une faim de justice, une faim d’équité et d’égalité. Et pour atteindre notre but, nous suivrons le chemin de nos grands leaders Gandhi et Ambedkar. »

 

Pendant ce lancement des trois jours de jeûne public, l’United Front for Dalit Christian Rights (UFDCR), l’une des nombreuses organisations gravitant autour des grandes fédérations comme le NCCDC, rapportait que des milliers de chrétiens venant de toutes les régions de l’Inde convergeaient vers New Delhi dans le but de participer à la grande marche du 28 juillet devant le Parlement fédéral (4).

 

 

 

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Notes

 

(1) Voir dépêche EDA du 19 juillet 2011   

 

(2) Le Jantar Mantar, célèbre et vaste site au centre de New Delhi, abrite des observatoires astronomiques du XVIIIème siècle. Il a été en avril dernier le théâtre d’une autre grève de la faim, celle de l’activiste hindou Anna Hazare, réclamant du gouvernement une loi contre la corruption (voir EDA 549). Le militant a obtenu gain de cause au bout de cinq jours et une loi contre la corruption est actuellement discutée au Parlement dont la session « de mousson » vient de s’ouvrir ce même lundi 25 juillet 2011.

 

(3) Le système des Scheduled Castes (SC) permet aux dalits de bénéficier de mesures de discrimination positive (quotas au sein de la fonction publique ou l’enseignement, possibilité de se présenter aux élections, etc.). (4) The Hindu, 24 juillet 2011 ; Christian Today, 26 juillet 2011 ; Fides, 26 juillet 2011 ; Ucanews, 26 juillet 2011 ; site du CBCI.

 

 

 

© Source : Bulletin EDA. 26 juillet 2011