08/9/2015

A Paris, une conférence sur les minorités religieuses du Moyen-Orient


Paris accueille mardi 8 septembre 2015 la Conférence sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient. L’objectif est de décider d’un plan d’action pour venir en aide aux réfugiés sur le plan humanitaire, politique et judiciaire. Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire du Saint-Siège pour les Rapports avec les États, a recommandé de « garantir le droit des réfugiés à retourner dans leur pays d’origine et à vivre dans la dignité et la sécurité. »



Le président de la République, François Hollande, a ouvert mardi 8 septembre à Paris la conférence sur les minorités religieuses et ethniques, victimes de persécutions suites à la guerre en Syrie et en Irak, coprésidée par la France et la Jordanie. Elle « rassemble toutes les diversités du Moyen-Orient, a-t-il dit en introduction. L’objectif n’est pas de faire seulement le constat des malheurs et des atrocités, des déplacements, de faire la déploration d’une situation qui a déjà trop duré ».

 

Une conception de l’humanité

 

« Ce qui est en cours au Moyen-Orient, c’est la fin d’une histoire, d’une grande histoire de la pluralité, de la coexistence, du dialogue, ce qu’a été et est encore le Moyen-Orient, berceau des civilisations… Ce qui est en cause au Moyen-Orient, c’est une conception de l’humanité. Est-il possible de vivre ensemble ? est-il possible de faire cesser ces atrocités ? », a interrogé le chef de l’État.

 

Pour lui, cette conférence qui s’achèvera dans l’après-midi, doit « être utile et se traduire par des conclusions – pas seulement des incantations –, par un plan d’action sur le plan politique, humanitaire et judiciaire ».

 

Il y a un an François Hollande était en Irak

 

Des représentants politiques des pays engagés dans la guerre, des responsables religieux, des grandes ONG internationales et des représentants des minorités religieuses et ethniques ont été conviées par Paris à présenter leurs demandes pour que la communauté internationale les aide à rester chez eux.

 

François Hollande a rappelé son voyage en Irak, il y a un an, après la chute de Mossoul aux mains de Daech (au nord de l’Irak), au cours duquel il avait rencontré des Yézidies « éloignés avec cruauté de leurs villages ». Il avait aussi rencontré à cette occasion des Shabaks, des Turkmènes et des Musulmans dont il a affirmé qu’ils étaient « les premières victimes de Daech qui détruit tout, les êtres humains et les monuments ».

 

Enfermer les populations dans la peur

 

« L’objectif de Daech est de faire régner la peur parmi les minorités, a-t-il ajouté et chez les musulmans qui ne le suivent pas ». Son objectif qui rejoint, selon lui, celui du régime de Bachar al Assad est d’enfermer les populations dans la peur et les empêcher de vivre ensemble.

 

Le président a rappelé la « nécessité d’agir rapidement et d’aider les pays de la région qui accueillent les réfugiés comme la Jordanie qui favorise aussi le « dialogue interreligieux », le Liban et son 1,5 million de réfugiés.

 

Il a loué l’Égypte qui veille à ce que musulmans et coptes soient des « citoyens égyptiens à part entière ». La France a-t-il poursuivi, apporte aussi son soutien « aux autorités irakiennes qui s’engagent dans la voie de la réconciliation nationale », et où tous les citoyens quelle que soit leur religion doivent pouvoir vivre.

 

Pour une transition politique en Syrie

 

Le président a salué la volonté affichée désormais par le conseil de sécurité, après deux ans de blocage, « d’une transition politique » en Syrie, « seule condition pour trouver la paix ».

 

Lors de son discours, il a aussi évoqué « l’urgence judiciaire » pour protéger les populations encore au Moyen-Orient et protéger le patrimoine culturel. La communauté internationale doit se mobiliser comme la lutte « contre le trafic d’êtres humains et de biens culturels ».

 

Un plan d’action sera adopté

 

François Hollande a appelé aussi les pays de la région à « adhérer au statut de Rome » pour que la cour pénale internationale (CPI) puisse juger de ces crimes et il a souhaité que le conseil de sécurité des Nations unies « saisisse directement la CPI ». Un plan d’action sera adopté à la fin de la conférence.

 

En conclusion, le chef de l’État a assuré aux participants que la France « sera à vos côtés car le Moyen-Orient, c’est la diversité, la pluralité, la culture, la civilisation. C’est la conception de l’humanité qui se joue et lorsque l’essentiel est en cause, il n’y a plus de frontière, il n’y a que la responsabilité commune ».

 

 

Agnès Rotivel

© Source : La Croix. 8 septembre 2015

Crédit photo : Le président Francois Hollande rencontre Jinan Badel, la jeune femme yazidie, auteure de « Esclave de Daech », durant l’ouverture de la conférence sur les minorités religieuses et ethniques du Moyen-Orient. © FRANCOIS MORI/AFP

 

 

 

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Moyen-Orient :

pour la sécurité des minorités et des chrétiens

 

 

Le Saint-Siège plaide pour « des conditions minimum de sécurité pour les minorités et pour les communautés chrétiennes », pour « la liberté religieuse et la séparation positive et respectueuse » de la religion et de l’État.

 

Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Rapports avec les États est en effet intervenu à Paris, au cours de la Conférence sur les victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, ce mardi 8 septembre 2015.

 

Mgr Gallagher prône tout d’abord « la sensibilisation de la Communauté internationale pour faire face à l’urgence humanitaire » et garantir « des conditions minimum de sécurité pour les minorités et pour les communautés chrétiennes ».

 

Séparation respectueuse

 

Parmi les « défis à affronter », il souligne « en particulier le droit à la liberté de religion et de conscience », en rappelant que « la liberté de religion inclut, bien évidemment, la liberté de changer de religion ».

 

Il recommande ensuite de « garantir le droit des réfugiés à retourner dans leur pays d’origine et à vivre dans la dignité et la sécurité ».

 

Il souligne enfin l’importance d’« affronter le phénomène du terrorisme et favoriser le dialogue interreligieux ».

 

Ici, Mgr Gallagher affirme qu’il convient de « promouvoir une séparation positive et respectueuse entre la religion et l’État ».

 

Il donne cette définition de cette « séparation positive » : « En ce sens, on peut souhaiter voir mûrir dans les mentalités l’idée d’une distinction nécessaire entre les deux domaines, en faveur d’une autonomie et d’une indépendance réciproques, mais sans occulter la collaboration indispensable entre les deux sphères qui peuvent alors coexister sans s’opposer, grâce au dialogue entre les autorités religieuses et les autorités politiques et dans le respect de leurs compétences respectives. »

 

Les objectifs de la conférence

 

La conférence a été présidée par M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, avec son homologue jordanien, M. Nasser Judeh. Elle a été ouverte par le président de la République, M. François Hollande.

 

Elle a rassemblé une soixantaine de délégations ainsi que des représentants des Nations unies, de l’Union européenne et d’organisations internationales. Elle doit déboucher sur « un plan d’action ».

 

Le ministère français précise les objectifs de cette conférence annoncée à New York au printemps dernier : « Après la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies du 27 mars, l’objectif de cette rencontre est d’identifier des mesures concrètes pour répondre à tous les aspects de la situation des victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient :

 

– répondre aux besoins des populations en danger, préparer et faciliter le retour volontaire et durable des déplacés ;

 

– promouvoir des solutions politiques respectueuses des droits de l’Homme et qui préservent la diversité culturelle et religieuse du Moyen-Orient ;

 

– mettre fin à l’impunité de ceux qui ont commis des crimes contre les populations pour des raisons d’appartenance ethnique ou de conviction religieuse, qui peuvent dans certains cas constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. »

 

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Intervention de S. E. Mgr Paul Richard Gallagher

 

Je voudrais tout d’abord saisir cette occasion pour remercier Son Excellence Monsieur Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères de la République française, et Son Excellence Monsieur Nasser Judeh, Ministre des Affaires étrangères du Royaume Hachémite de Jordanie, de cette invitation et de l’opportunité qui m’est offerte de réfléchir ensemble à l’une des conséquences les plus délicates – et en même temps les plus oubliées – du conflit, qui depuis des années, frappe le Moyen-Orient : à savoir, les victimes des violences ethniques et religieuses.

 

Depuis l’année dernière, nous avons été témoins, en particulier, des atrocités inouïes perpétrées par différentes parties au Moyen-Orient, qui ont contraint des milliers de Chrétiens et de personnes appartenant à d’autres minorités religieuses ou ethniques, à quitter leurs propres maisons pour fuir et chercher refuge ailleurs, dans des conditions de précarité, et en ayant à endurer de grandes souffrances physiques et morales. Sont ici en jeu des principes fondamentaux tels que la valeur de la vie, la dignité humaine, la liberté religieuse, la paix et l’harmonie entre les personnes et les peuples. Le phénomène se poursuit aujourd’hui encore, alors que se perpétuent les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international de la part du prétendu État islamique, comme aussi celles commises par d’autres parties impliquées dans le conflit. Le drame migratoire de ces dernières semaines, à propos duquel l’Europe s’est vue quasiment obligée de prendre la situation plus à cœur, constitue une preuve irréfutable de cette tragédie.

 

Je voudrais plus spécifiquement souligner trois aspects qu’il me paraît important de considérer, si l’on ne veut pas se contenter de regarder uniquement la situation présente, mais penser aussi au futur des minorités ethniques et religieuses au Moyen-Orient.

 

1. La sensibilisation de la Communauté internationale pour faire face à l’urgence humanitaire et la garantie de conditions minimum de sécurité pour les minorités et pour les communautés chrétiennes.

 

Actuellement, la situation nous oblige à faire face à l’urgence humanitaire, afin de pourvoir aux besoins en nourriture, en eau, en hébergement, en éducation des jeunes, en travail et en soins médicaux de tant de personnes, de migrants et de réfugiés dans tout le Moyen-Orient. Pourtant, si l’on pense à plus long terme, d’autres mesures apparaissent indispensables pour garantir leur présence sur leur terre d’origine.

 

Parmi les défis à affronter, je voudrais m’arrêter sur ceux qui concernent le respect des droits de l’homme, et en particulier le droit à la liberté de religion et de conscience. Rappelons tout d’abord que la liberté de religion inclut, bien évidemment, la liberté de changer de religion. Or, dans de nombreux pays du Moyen-Orient, il existe une liberté de culte, mais parfois, l’espace laissé à la liberté de religion est en réalité assez limité. Elargir cet espace de liberté devient alors une nécessité pour garantir à tous les membres des diverses communautés religieuses une véritable liberté de vivre et de professer leur foi.

 

D’une manière générale, il semble opportun que les États de la région soient aussi directement impliqués avec le reste de la Communauté internationale dans la protection des droits fondamentaux des Chrétiens et des personnes appartenant à d’autres minorités religieuses. Il reste qu’il ne s’agit pas de protéger l’une ou l’autre communauté religieuse, ou l’un ou l’autre groupe ethnique en particulier, mais bien de protéger des personnes qui appartiennent à l’unique famille humaine, et dont les droits fondamentaux sont systématiquement violés.

 

2. Garantir le droit des réfugiés à retourner dans leur pays d’origine et à vivre dans la dignité et la sécurité.

 

Ce droit doit être défendu et garanti, autant par la Communauté internationale, que par les États dont les personnes déplacées et réfugiées sont les citoyens. Soulignons qu’il ne suffit pas pour les Chrétiens et les membres d’autres minorités religieuses ou ethniques d’être simplement tolérés, mais qu’eux-mêmes aspirent à être considérés dans leur pays d’origine comme des citoyens à part entière. A cet égard, il est important que le concept de citoyenneté soit appréhendé d’une manière toujours plus ample, de manière à constituer un point de référence dans la vie sociale, pour la garantie des droits de tous, y compris ceux des membres appartenant à des minorités, et à travers la mise en place d’instruments juridiques appropriés.

 

3. Affronter le phénomène du terrorisme et favoriser le dialogue interreligieux.

 

Il est nécessaire de trouver des mécanismes pour encourager tous les pays, y compris les pays à majorité musulmane, à affronter le terrorisme de manière sérieuse, en portant une attention particulière à la question de l’éducation. A cet égard, l’enseignement dans les écoles, l’utilisation d’Internet, mais aussi le contenu des prédications des responsables religieux, ne devraient pas donner libre cours à des attitudes intransigeantes et extrémistes, ou à la radicalisation, mais bien au contraire, promouvoir le dialogue et la réconciliation. Par ailleurs, on ne doit pas oublier qu’il convient aussi de rester attentifs par rapport à l’usage de diverses expressions et manifestations que l’on rencontre parfois en Occident, afin d’éviter les actes d’offense et de provocation au regard de ce qui est cher, parfois même considéré comme sacré, dans certaines religions.

 

Il est aussi fondamental de favoriser le dialogue interreligieux, qui constitue un antidote contre le fondamentalisme qui frappe les communautés religieuses. A ce propos, les leaders religieux juifs, chrétiens et musulmans peuvent et doivent jouer un rôle essentiel pour favoriser, non seulement le dialogue interreligieux et interculturel, mais aussi l’éducation à la compréhension réciproque. De plus, ils ont le devoir de dénoncer clairement l’instrumentalisation de la religion pour justifier la violence.

 

En outre, il convient de promouvoir une séparation positive et respectueuse entre la religion et l’État. En ce sens, on peut souhaiter voir mûrir dans les mentalités l’idée d’une distinction nécessaire entre les deux domaines, en faveur d’une autonomie et d’une indépendance réciproques, mais sans occulter la collaboration indispensable entre les deux sphères qui peuvent alors coexister sans s’opposer, grâce au dialogue entre les autorités religieuses et les autorités politiques et dans le respect de leurs compétences respectives.

 

Comme l’a rappelé le Pape François dans la lettre qu’il a adressée l’année dernière, peu avant Noël, aux Chrétiens du Moyen-Orient, la souffrance subie par les minorités ethniques et religieuses « crie vers Dieu et fait appel à l’engagement de tous, à travers la prière et toutes sortes d’initiatives ».

 

 

 

© Source : Zenit. 8 septembre 2015