06/4/2012

Abdul Sattar Edhi et la paix : une lueur d’espoir au Pakistan


Qui défend la paix aujourd’hui au Pakistan ? D’une simple ambulance à une organisation caritative internationale, l’écrivain et conseiller en développement international Zeeshan Suhail retrace la vie et les accomplissements du philanthrope pakistanais Abdul Sattar Edhi qui a récemment été nominé par le Premier ministre pakistanais pour le prix Nobel de la Paix. Le travail humanitaire de M. Edhi prête foi et légitimité aux efforts accomplis au service de l’humanité qui dépassent les barrières de la race, de la religion ou de la culture partout dans le monde.



Islamabad – A la demande du Premier ministre, le gouvernement pakistanais a officiellement soumis, à la fin de l’année dernière, la nomination d’un humaniste pakistanais, Abdul Sattar Edhi, au comité du prix Nobel de la Paix 2012. C’est une nouvelle encourageante compte tenu de l’instabilité politique et économique que connaît le Pakistan. Avec tant de problèmes, il est important de maintenir le développement de la paix et le développement humanitaire du Pakistan à l’ordre du jour.

 

M. Edhi a consacré toute sa vie au bien-être des autres. Son organisation – la Fondation Edhi – a été créée en 1951, peu de temps après l’indépendance du Pakistan. Remarquant que son gouvernement pouvait difficilement répondre aux besoins de son peuple, M. Edhi s’est retroussé les manches et a donné naissance à une institution à part entière. Il a débuté, il y a plus de soixante ans, avec une petite ambulance qu’il conduisait lui-même. Aujourd’hui, il dirige une organisation caritative internationale avec des bureaux dans 37 pays.

 

La fondation dirige le plus grand service d’ambulances du pays. Il gère des centaines d’hôpitaux et de cliniques et quantité d’orphelinats qui ont accueilli des centaines de milliers de personnes tout au long de ces soixante années. M. Edhi a donné les derniers sacrements à un nombre incalculable d’individus dont personne ne venait réclamer le corps à la morgue. Il s’est déclaré le père de milliers d’enfants, sans nom et sans parents, placés dans des berceaux dans les centres Edhi qui effectuent le travail communautaire de la Fondation. Et il n’a jamais pris un jour de congé. Pour un pays qui se trouve constamment plongé dans la chaos, l’efficacité de son personnel et des bénévoles se révèle extraordinaire.

 

La Fondation Edhi a également prêté assistance aux communautés frappées par une catastrophe comme à la suite de l’ouragan Katrina aux Etats-Unis et du cyclone Sidr au Bangladesh. Les Pakistanais se sont portés volontaires pour venir en aide à des personnes qui en avaient besoin à l’intérieur de leurs frontières mais aussi à l’étranger. M. Edhi croit fermement que Dieu lui donnera les moyens nécessaires d’aider les personnes touchées par une catastrophe où que ce soit dans le monde.

 

” Aucune religion n’est supérieure à l’humanité ” a récemment déclaré M. Edhi lors d’une interview. En effet, le travail humanitaire de M. Edhi prête foi et légitimité aux efforts accomplis au service de l’humanité qui dépassent les barrières de la race, de la religion ou de la culture partout dans le monde – une passion que l’humaniste, acteur et metteur en scène américain Sean Penn partage aussi.

 

Sean Penn qui, à deux reprises, a remporté l’Oscar du meilleur acteur a manifesté son enthousiasme pour le travail de M. Edhi lors d’une récente visite au centre Edhi à Karachi. M. Edhi a avoué avec franchise ne pas savoir qui était Sean Penn. L’acteur, quant à lui, s’est montré profondément impressionné par ce que l’humaniste pakistanais avait accompli tout au long de ces années.

 

Les précédents lauréats du prix Nobel de la Paix ont été salués pour leurs immenses efforts en faveur de la paix dans les communautés dans lesquelles ils oeuvraient. Le combat de M. Edhi, sa passion et sa mission s’apparentent grandement à ceux de mère Teresa en Inde. La passion et le désir de mère Teresa de servir les pauvres de Calcutta sont nées alors qu’elle enseignait au lycée Sainte Marie. Ce qui a débuté comme une école en plein air en 1948 pour les habitants des bas-quartiers de Calcutta est vite devenu une organisation caritative qui s’est étendue à travers le monde.

 

Le parcours de M. Edhi est semblable. Il a commencé en conduisant une ambulance et en aidant gratuitement les malades, élargissant son organisation à mesure qu’il percevait les besoins croissants des pauvres du Pakistan.

 

M. Edhi assure qu’il ne convoite pas le prix Nobel de la Paix – ni aucun autre prix. Son but est de servir les autres. Si la société vous a tourné le dos, M. Edhi déploiera ses armes pour vous.

 

Le Pakistan continue de souffrir des vues très négatives de l’opinion internationale à son égard. Les conditions socio-économiques du Pakistan demeurent précaires et la tâche de M. Edhi est devenue d’autant plus urgente. Pour ceux qui bénéficient des services de M. Edhi, leur saint vivant est déjà lauréat du prix Nobel de la Paix. Sa nomination n’apporte qu’une plus grande reconnaissance, une plus grande légitimité et une plus grande crédibilité qui vont permettre d’assurer la poursuite de son oeuvre.

 

 

 

Zeeshan Suhail

 

 

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Zeeshan Suhail est un conseiller en développement international et un écrivain indépendant. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 6 avril 2012, http://www.commongroundnews.org/.

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