01/5/2017

Appel au futur Président de la République


Nous sommes 22 personnalités venant d’horizons divers et nous souhaitons que le quinquennat qui va commencer voie la France agir vraiment en faveur d’un monde sans armes nucléaires. 



Élu le 7 mai, le nouveau Président de la République devra assumer de lourdes responsabilités, parmi lesquelles la défense de la France. Or la pratique institutionnelle lui confie le pouvoir de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires. Dès le jour de son investiture, il disposera à cet effet des codes nucléaires que lui transmettra son prédécesseur.

    Nous sommes 22 personnalités venant d’horizons divers et nous souhaitons que le quinquennat qui va commencer voie la France agir vraiment en faveur d’un monde sans armes nucléaires. 

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APPEL AU FUTUR PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

     signé par :

Sébastien Balibar, physicien, membre de l’Académie des Sciences ; Rony Brauman, ex-président de MSF, enseignant, essayiste ; Valérie Cabanes, juriste internationale, Porte-parole « Pour en finir avec l’écocide » ; Gilles Candar, président de la Société d’études jaurésiennes ; Jean-Marie Collin, expert, vice-président d’IDN ; Michel Drain, membre de Pax Christi et de Justice et Paix France; Jean-Pierre Dupuy, philosophe, professeur émérite à l’Ecole Polytechnique, professeur à l’université Stanford ; Marc Finaud, ancien diplomate français, professeur associé au Centre de Politique de Sécurité, Genève ; Christiane Hessel ; Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS ; Nicolas Hulot, militant écologiste; Yannick Jadot, député européen ; Alain Joxe ; Georges Le Guelte, ancien secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l’AIEA; Francis Lenne, Général de brigade aérienne (2 S) ; Bernard Norlain, Général d’armée aérienne (2 S), vice-président d’IDN ; Ivar Ikeland, ancien président de l’Université Paris-Dauphine ; Jean-Claude Pecker, Professeur émérite au Collège de France, membre de l’Académie des sciences ; Paul Quilès, ancien ministre de la défense, président d’IDN ; Monseigneur Marc Stenger, évêque, Président de Pax Christi France ; Annick Suzor-Weiner, présidente de Pugwash France, professeur émérite à l’Université Paris-Sud ; Thierry Salomon, coprésident du mouvement #LesJoursHeureux

 

 

Pour que la France agisse vraiment

en faveur d’un désarmement nucléaire multilatéral

Élu le 7 mai, vous devrez assumer de lourdes responsabilités, parmi lesquelles la défense de la France. Or la pratique institutionnelle confie au Président de la République le pouvoir de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires. Dès le jour de votre investiture, vous disposerez à cet effet des codes nucléaires que vous transmettra votre prédécesseur.

Nous souhaitons que le quinquennat qui va commencer voie la France agir vraiment en faveur d’un monde sans armes nucléaires, objectif auquel elle a solennellement souscrit.

En effet, les principales menaces à notre sécurité proviennent aujourd’hui du terrorisme, des cyber-attaques, de la criminalité organisée, des pandémies, du changement climatique et ne sauraient être dissuadées par un arsenal nucléaire.

Si les risques interétatiques n’ont pas disparu pour autant, malgré une réduction des stocks d’armes nucléaires dans le monde, environ 15 000 armes continuent de faire peser sur la planète tout entière la menace d’une destruction catastrophique. Selon l’ancien Secrétaire à la Défense américain William Perry, jamais l’éventualité d’une telle conflagration n’a été aussi élevée qu’actuellement.

Le Traité de non-prolifération (TNP) n’a pas empêché l’émergence de quatre nouvelles puissances nucléaires (Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord) dans des régions instables. En dépit de leur engagement de désarmement négocié, les autres puissances nucléaires, y compris la France, se sont lancées dans une nouvelle et coûteuse course aux armements, à travers la modernisation programmée des arsenaux nucléaires (recours accru aux missiles de croisière, miniaturisation des charges, maintien d’armes tactiques, mise au point de missiles hypersoniques…). Tout concourt à abaisser le seuil d’emploi des armes nucléaires, sans parler de la menace invisible de cyber attaques et du danger d’explosion nucléaire terroriste ou accidentelle.

 

Il n’est pas raisonnable de continuer à s’arc-bouter sur le maintien d’une arme que nombre d’experts militaires et stratégiques s’accordent à reconnaître comme obsolète et inadaptée. En outre, on sait aujourd’hui avec certitude qu’un emploi même limité d’armes nucléaires dans le monde aurait des conséquences catastrophiques pour l’humanité toute entière. Comment concilier cette perspective avec l’attachement de la France au respect du droit humanitaire et à la préservation des civils dans les conflits ? N’a-t-elle pas été l’un des principaux artisans ou soutiens de la Convention d’interdiction des armes biologiques, chimiques, des traités d’interdiction des mines antipersonnel ou des armes à sous-munition ou de la réglementation du commerce des armes ? Comment croire encore que la sécurité de notre pays repose sur la capacité d’anéantissement de millions de civils innocents ?

Nous ne préconisons pas le désarmement unilatéral de France, mais nous souhaitons que vous saisissiez l’opportunité historique qui s’offre à notre pays de montrer la voie vers un désarmement négocié, vérifiable et universel en se joignant aux quelque 132 États qui négocient actuellement à l’ONU un traité d’interdiction des armes nucléaires.

Il s’agit là d’un nouveau point de départ, qui non seulement renforcera les obligations du TNP mais pourra également entraîner les pays nucléaires encore absents de cette négociation. La France aura ainsi saisi l’occasion de prendre la tête du mouvement vers l’objectif d’un monde libéré des armes nucléaires