22/5/2018

Après la démission des évêques chiliens, les réactions des catholiques à Santiago


Partagés entre l’espoir et la peine, les catholiques chiliens ont appris la démission de leurs évêques vendredi 18 mai.
Ils espèrent de cet événement un changement profond et attendent une église « plus proche des gens ».



 

Sur le parvis de l’église huppée d’El Bosque, à Santiago, ancienne paroisse de l’ancien prêtre Fernando Karadima, prédateur sexuel renvoyé de l’état clérical en 2010, un élégant couple de trentenaires se félicite de la nouvelle annoncée vendredi 18 mai : tous les évêques chiliens ont remis leur démission entre les mains du pape, au terme de trois jours de réunions à Rome au cours desquels ils ont réfléchi à la gestion calamiteuse des affaires d’abus sexuels dans l’église de leur pays. « On ne s’attendait pas à ce qu’ils le fassent tous. C’est un très beau geste de leur part. Nous espérons que l’Église sortira de cette crise rénovée et fortifiée. »

Pour les paroissiens des différents quartiers de Santiago, c’est en effet une bonne nouvelle. Dans la basilique de la Merced, au centre de la capitale, Maria, 76 ans, catéchiste, se dit « très contente ». « Je pense que plusieurs évêques devraient s’en aller, à commencer par Barros (l’évêque d’Osorno accusé d’avoir couvert Fernando Karadima, NDLR). Ils ont fait énormément de mal à l’Église, beaucoup de fidèles sont partis à cause d’eux. Il faut que les nouveaux pasteurs soient plus proches des gens. »

 

Restructuration de l’institution

Toutefois, malgré le sentiment, unanime, que des changements positifs et nécessaires sont à venir dans l’Église, tous ne condamnent pas en bloc les évêques démissionnaires. Le curé de la basilique, le père Mario Salas, est partagé : « D’un côté, c’est une formidable opportunité que nous donne le pape de changer, et de porter un nouveau regard sur ces affaires d’abus sexuels. Mais c’est aussi douloureux de voir que plusieurs évêques, dont je sais tout le bien qu’ils ont fait dans leur diocèse, sont aujourd’hui remis en question à cause de ces événements. »

Dans le quartier pauvre de Villa Francia, certains fidèles se réjouissent aussi. Ils ont grandi dans des paroisses qui furent des refuges de la résistance pendant la dictature de Pinochet (1973-1990), et sont depuis longtemps déçus par ce qu’est devenue la hiérarchie ecclésiastique. Et ils veulent voir dans ces événements l’occasion, enfin, d’une véritable restructuration de l’institution.

 

Détenu et exilé pendant la dictature

Teani, 30 ans, a eu l’impression d’être écoutée : « Le pape qui nous avait fait rêver, et qui nous a profondément déçus pendant sa visite, nous a redonné confiance en lui ». D’autres, comme Anita et Juan Pedro, se montrent franchement sceptiques. Il leur en faudrait plus pour être réenchantés par une institution dans laquelle ils ne se reconnaissent plus depuis longtemps. « J’étais folle de rage quand j’ai su, déclare Anita. Nous, nous sommes impliqués dans les associations du quartier depuis trente ans, pour nous c’est une manière d’évangéliser. Et quand on me dit “Anita, qu’est ce qui se passe avec tes curés ?”, je suis morte de honte. Parce qu’on nous identifie à eux. » Elle soupire. « Au moins, ça va faire un peu de nettoyage… Mais je n’ai pas confiance. Moi, je cherche Jésus, et eux l’ont trompé. Jésus, je le trouve dans les gens pauvres avec qui je travaille, mais ne me dites pas d’écouter les évêques. »

Curé de ce quartier populaire, le père Mariano Puga est un prêtre-ouvrier emblématique, qui fut détenu et exilé pendant la dictature pour sa lutte en faveur des droits de l’Homme. « Nous sommes passés d’une Église qui, au temps de la dictature, se consacrait à écouter, accompagner, et essayer de soigner les blessures des milliers de gens détenus, disparus, torturés, maltraités par le régime, à une Église centrée sur elle-même, sur ses institutions, sur sa doctrine et sur sa morale, analyse-t-il. C’est le grand péché d’une Église qui trahit le Christ qui nous a appris à donner sa vie pour les autres. Je pense que la hiérarchie de l’Église n’est pas du tout à la hauteur du pape François. Or, nous avons été habitués à une Église prophétique, qui devançait le pape du temps de la dictature. Comme toute réforme dans l’Église, nous allons passer par des moments difficiles. Mais malgré tout, et je crois que c’est l’esprit de Pentecôte, cet événement nous donne de l’espérance. »

 

 

©La croix, Marguerite de Lasa, à Santiago (Chili) , le 21/05/2018