25/7/2019

Après la nuit des étoiles, le jour de la terre?


Nous avons été nombreux, peut-être pas aussi nombreux que le quart de l’humanité qui avait à l’époque les yeux fixés sur les écrans noir-et blanc de leurs téléviseurs, mais nombreux tout de même à revivre, il y a quelques jours, l’émotion de l’arrivée des premiers hommes sur la lune, le 22 juillet (en Europe) 1969. […]



Nous avons été nombreux, peut-être pas aussi nombreux que le quart de l’humanité qui avait à l’époque les yeux fixés sur les écrans noir-et blanc de leurs téléviseurs, mais nombreux tout de même à revivre, il y a quelques jours, l’émotion de l’arrivée des premiers hommes sur la lune, le 22 juillet (en Europe) 1969. Nombreux aussi celles et ceux qui, n’étant pas nés en ce fameux 1969, ont savouré les images si attendrissantes dans leur approximation de ce « débarquement » lunaire. Retour sur un passé lointain pour les uns, découverte peut être amusée pour les autres. Oui, nous sommes allés sur la lune, et alors ? On a montré qu’on en était capable, bravo pour les Américains qui ont réussi le pari fou du Président Kennedy – en moins de dix ans sur la lune, en partant virtuellement de zéro – et merci pour les découvertes scientifiques et technologiques qui en ont résulté : rien qu’un de nos smartphones contient plus de puissance et d’intelligence que tous les ordinateurs de la NASA en 1969.

 

Mais l’humanité a-t-elle pour autant accompli ce « pas de géant » que Neil Armstrong préconisait en descendant d’un pas mal assuré la petite échelle du module Eagle ? L’heure n’est pourtant pas à la nostalgie d’une conquête spatiale qui a pris d’autres chemins, tantôt positifs (la station spatiale orbitale, les satellites de télécommunication) tantôt décidément plus inquiétants (l’espionnage spatial et la surveillance à distance, la militarisation de l’espace et les satellites-tueurs), mais à la remise dans sa juste perspective de cet effort gigantesque de l’humanité. Car l’homme a pu pour la première fois dans son histoire se voir de l’espace et aussi dans l’espace : seul habitant d’une “planète bleue” dans le noir sidéral, porteur d’un message de « paix » gravé sur son vaisseau et laissé pour l’éternité sur un morceau de roche inhabité et inhabitable.

 

D’où la seule question qui vaille d’être posée en souvenir et mémoire des missions Apollo : non pas, pourquoi ne sommes-nous pas allés plus loin dans l’espace, mais, qu’avons-nous fait de cette seule terre que nous avons ?

 

Si des astronautes – mais déjà les occupants de la station orbitale qui tourne au-dessus de nos têtes – regardaient la terre avec les outils dont ils disposent maintenant, verraient-ils, voient-ils en vérité la terre en planète fragile et accueillante, seul havre où revenir après la nuit des étoiles, ou en « immense dépotoir » d’où la vie est lentement mais inexorablement en train d’être éliminée ?

 

Si l’on peut admettre, ou souhaiter, la reprise de la conquête spatiale pour les immenses découvertes qu’elle peut générer et le progrès du savoir qu’elle engendrerait, l’on doit avec plus encore de force demander qu’advienne enfin l’immense « bond en avant » pour l’humanité que constituerait une action concertée, solidaire et juste pour la sauvegarde de la terre, dans toute sa richesse et diversité biologique.

 

Là aussi, bien plus que pour conquérir l’espace, le temps nous est compté et alors qu’il ne l’était qu’à peine pour atteindre la lune, le savoir nécessaire pour gagner la terre est totalement à notre portée. Résonnent en nous les paroles prophétiques du pape François en son encyclique Laudato Si’, l’appel urgent à la conversion écologique, la reconnaissance que « tout est lié » sur cette terre dont nous portons la responsabilité singulière.

 

C’est un engagement que Pax Christi, à la pointe du « combat » écologique, entend poursuivre vers et dans l’année qui nous attend (2020) qui sera la 75e de son existence et la 5e de l’encyclique papale. Le rendez-vous est pris, une année de témoignages, d’engagement et de conversion intérieure commence.

 

 

©Alfonso Zardi, Délégué Général Pax Christi France