22/7/2015

Au sujet du climat, l’obstacle principal est dans notre cœur


Au Sommet des consciences à Paris, le mardi 21 juillet 2015, une quarantaine de hautes autorités religieuses et morales ont lancé un appel pour le climat, lors d’un sommet organisé au Conseil économique, social et environnemental. “Si les changements climatiques sont un problème mondial, les leaders sont appelés à promouvoir des politiques qui permettent ces prochaines années de réduire de manière drastiques les émissions de carbone et de gaz…”



« L’enjeu, l’avenir de notre planète, notre maison commune », a lancé le cardinal Peter Turkson, le président du Conseil pontifical Justice et paix, lors du Sommet des consciences, mardi 21 juillet 2015 à Paris, en vue de la COP 21, la conférence internationale sur le climat, en fin d’année.

 

Sur la question climatique, « l’obstacle principal est dans notre cœur », a affirmé le cardinal, se basant sur l’encyclique Laudato Si’ du Pape François. Si par le passé le terme le plus utilisé était « protection », note le président du conseil pontifical, l’expression la plus utilisée par le Souverain Pontife est « soin », ce qui signifie « avoir à cœur le destin de notre maison commune ».

 

Le Pape invite le monde à ne pas « se contenter des belles idées », poursuit le cardinal, mais demande de les transformer en réalité. « Nous avons fait des erreurs qui ont augmenté le désastre environnemental, a-t-il poursuivi. Et ces erreurs trouvent leurs racines dans une culture du consumérisme qui n’a pas tenu compte des conséquences que le progrès technique et technologique peut avoir ».

 

« Si les changements climatiques sont un problème mondial, les leaders sont appelés à promouvoir des politiques qui permettent ces prochaines années de réduire de manière drastiques les émissions de carbone et de gaz », a encore affirmé le cardinal.

 

Le président du Conseil pontifical Justice et paix s’est exprimé lors du rendez-vous qui a vu également les interventions du président français François Hollande et du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée.

 

L’engagement des évêques français

 

Avant la Cop 21, l’Église de France se mobilise elle aussi. Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax Christi France, et Mgr Ribadeau-Dumas, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques de France, étaient entre autres présent à la rencontre de mardi.

 

Par ailleurs, du 28 au 30 août, après le succès des premières Assises chrétiennes de l’écologie, qui avaient réuni 1700 personnes à Saint-Étienne en novembre 2011, le diocèse renouvelle et perfectionne l’expérience : conférences plénières, tables rondes, experts de renom, plus de 80 forums petits ou grands où chacun pourra s’exprimer et interpeller les intervenants. Mais aussi mixer le temps de la réflexion à celui de l’expérience sensorielle (danse, travail de la terre) ou du recueillement (méditation silencieuse, prière, eucharistie).

 

« L’enjeu est de taille , explique le diocèse de saint Etienne. Plus que jamais, il nous faut dessiner ensemble les contours d’une société plus juste et plus respectueuse de la création ».

 

 

© Source : Radio Vatican. 22 juillet 2015

Crédit photo : Quarante autorités religieuses, morales, spirituelles venues du monde entier ont souhaité faire entendre leur voix sur la question du changement climatique. © Jean-Luc LUYSSEN/CIRIC

 

 

 

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Sommet des consciences,

« La crise du climat nous fait redécouvrir

des valeurs communes »

 

 

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Appel du sommet des consciences pour le climat >>

 

 

Au Sommet des consciences à Paris, mardi 21 juillet, une quarantaine de hautes autorités religieuses et morales ont lancé un appel pour le climat, lors d’un sommet organisé au Conseil économique, social et environnemental.

 

Même Jean-Paul Delevoye, président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) a fermé les yeux un instant, répondant à l’invitation de la vénérable Chang Ji, moniale bouddhiste venue tout droit de Taïwan. Puis, pendant une minute, une prière chantée s’est élevée dans l’hémicycle de la troisième assemblée de la République française, où se côtoyaient turbans, coiffes, saris, kimonos ou cols romains.

 

Étrange spectacle dans « cette France laïque » évoquée un peu plus tôt par le président François Hollande, à l’ouverture du Sommet des consciences pour le climat qui s’est déroulé le 21 juillet au Cese. « Mais la laïcité, c’est permettre à toutes les convictions, à toutes les religions, aux croyants et aux non-croyants de participer à la réflexion commune », a précisé le président de la République.

 

« Un défi unique à notre époque »

 

En l’occurrence, quarante autorités religieuses, morales, spirituelles venues du monde entier ont souhaité faire entendre leur voix sur la question du changement climatique, « ce défi unique auquel notre époque fait face », selon les termes employés par Bartholomeos Ier, patriarche œcuménique de Constantinople.

 

 « La crise du climat ne se réduit pas à ses dimensions économique et technique mais c’est aussi une crise du sens, a renchéri François Hollande. Notre mode de vie n’est plus compatible avec le développement humain. » 

 

Un constat partagé par l’ensemble des sensibilités représentées à ce Sommet des consciences, inspiré par Nicolas Hulot, envoyé spécial de l’Élysée pour la planète, et coorganisé par le groupe Bayard, l’ONG R20, qui regroupe les régions du monde engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique, le Cese, et l’association ARC qui aide les religions du monde à développer des programmes environnementaux.

 

« Redécouvrir nos valeurs communes »

 

 « La crise climatique est une possibilité donnée à l’humanité de redécouvrir des valeurs communes », a rappelé à la tribune le rabbin américain David Rosen. De fait, qu’ils soient catholiques, orthodoxes, musulmans, juifs ou taoïstes, tous les intervenants appelés à s’exprimer ont évoqué l’impasse du consumérisme, dénoncé l’accroissement des inégalités, la responsabilité des générations actuelles vis-à-vis des générations futures ou encore le respect de la création.

 

 « Quel monde voulons-nous laisser à nos enfants ? », a ainsi lancé le cardinal Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix, et qui est l’un des principaux auteurs de l’encyclique du pape François sur l’écologie intégrale Laudato si’publiée le 18 juin.

 

 « Si nous n’agissons pas, mes petits-enfants vivront dans un monde où la production alimentaire se sera effondrée, où des villes comme New York seront menacées par les flots et où les catastrophes naturelles se multiplieront », a ainsi rappelé l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan.

 

« Un accord à respecter »

 

Le Sommet des consciences est le point de départ d’une campagne mondiale sur le thème « Why do I care ? », (« Pourquoi suis-je concerné ? »), appelant chacun à répondre à cette question « en son âme et conscience ».

 

C’est aussi l’occasion de lancer un appel aux 196 parties engagées dans des négociations difficiles pour aboutir en décembre 2015 à Paris à un « accord global, contraignant, différencié et qui puisse être respecté », a insisté François Hollande.

 

À quelques encablures du Cese, une quarantaine de ministres se trouvaient d’ailleurs réunis autour du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, pour tenter de donner un coup d’accélérateur aux discussions qui se déroulent dans le cadre de l’ONU.

 

« Changer de modèle de consommation »

 

La tâche s’annonce particulièrement ardue, comme l’a très bien résumé le 21 juillet l’ancienne ministre brésilienne Marina Silva : réduire drastiquement l’usage des combustibles fossiles – condition sine qua non pour endiguer le réchauffement climatique sous les 2 degrés – nécessite aussi bien de supprimer les subventions aux énergies fossiles, « de changer les modèles de consommation des classes moyennes et riches du monde entier » ou encore « d’assumer des transferts financiers et technologiques du Nord vers le Sud ».

 

Autant de points qui restent à débloquer avant d’aboutir à un accord suffisamment ambitieux en décembre prochain à Paris.

 

Ce nouvel appel à agir aura-t-il une portée particulière ? Habituée des marathons diplomatiques onusiens, Susan Smith du WWF veut y croire. « Ces personnalités religieuses et morales ont une énorme crédibilité, assure la directrice de l’initiative mondiale pour le climat et l’énergie de l’ONG mondiale. Il est important pour les décideurs de sentir la pression des religions et des spiritualités qui représentent et peuvent mobiliser des centaines de millions de personnes à travers le monde. »

 

 

Emmanuelle Réju

© Source : La Croix. 21 juillet 2015

 

 

 

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Climat : l’obstacle « du cœur »

 

 

L’obstacle qui empêche de répondre adéquatement aux défis des changements climatiques se trouve « dans notre cœur »,  diagnostique le cardinal Turkson.

 

Le cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, est en effet au « Sommet des consciences », organisé mardi, 21 juillet, à Paris, en préparation à la Conférence internationale sur le climat « COP21 », organisée par l’ONU en novembre-décembre prochain dans la capitale française.

 

Le président du Conseil pontifical Justice et paix s’est exprimé lors du rendez-vous qui a été inauguré par l’intervention du président français François Hollande.

 

Le thème était : « Le climat, pourquoi je m’en soucie » (« The climate, why do I care »). Le sommet visait à inciter chacun à participer à diminuer sa consommation d’énergies fossiles, principales responsables du réchauffement.

 

Le cardinal ghanéen a précisé ce qui a conduit aux erreurs commises : « Nous avons fait des erreurs qui ont augmenté le désastre environnemental. Et ces erreurs trouvent leurs racines dans une culture du consumérisme qui n’a pas tenu compte des conséquences que le progrès technique et technologique peut avoir ».

 

« L’enjeu, c’est l’avenir de notre planète, notre maison commune », a averti le cardinal Turkson, en citant Laudato Si’.

 

Les belles idées ne suffisent pas

 

Plus que la « protection » de l’environnement, le terme le plus utilisé par le pape, a-t-il fait remarquer, c’est le « soin », ce qui signifie « avoir à cœur le destin de notre maison commune », a-t-il expliqué.

 

L’encyclique invite, a-t-il précisé, à ne pas « se contenter des belles idées ». Car elle appelle des décisions concrètes notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre : « Si les changements climatiques sont un problème mondial, les leaders sont appelés à promouvoir des politiques qui permettent ces prochaines années de réduire de manière drastique les émissions de carbone et de gaz. »

 

Intervention du patriarche Bartholomaios

 

Pour sa part, le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomaios Ier,  a rappelé l’appel de Manilel de février dernier : « Dans un appel vibrant lancé à partir de Manille, conjointement par les autorités françaises et philippines, en février 2015, nous étions tous individuellement et collectivement appelés à agir en faveur du climat. Aujourd’hui plus que jamais nous rappelons l’urgence d’une justice globale, d’une solidarité financière et technologique mondiale. L’appel se terminait de la sorte : « Nous appelons (…) tous les acteurs, les États (…) et les citoyens à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération ».»

 

Le patriarche a indiqué « trois engagements indispensables pour une spiritualité écologique réelle » en disant: « Le sens de l’implication des religions dans ce crucial combat pour la sauvegarde de notre planète est triple : éduquer, convertir et glorifier. »

 

Des lieux de pèlerinage “verts”

 

L’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, le Bangladais Muhammad Yunus, pionnier du microcrédit et Prix Nobel de la paix 2006, l’acteur et ancien gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, ont participé au sommet.

 

« Plus qu’une déclaration ou une invitation de plus à se mobiliser, l’appel présenté à cette occasion vise à interpeller chacun quel que soit son âge, sa langue, sa culture, ses convictions. Il s’agit de susciter en chaque individu un moment de réflexion sur sa relation à la planète et ce qui le conduit à s’engager en sa faveur », indiquent les organisateurs.

 

Le sommet a aussi été l’occasion de lancer la « Foi verte en acte » (“Green Faith in Action”), pour les « villes de pèlerinage »: il s’agit d’une « initiative mondiale » ayant pour objectif de « rendre les villes pèlerinages de toutes obédiences religieuses et spirituelles sobres en carbone et résilientes aux dérèglements climatiques », notamment Lourdes (France, catholique), Fatima (Portugal, catholique), en Inde, Amritsar (centre spirituel et culturel de la communauté sikh) et Benarès (ville sainte de l’Hindouisme et du Jaïnisme), mais aussi La Mecque (Arabie Saoudite, musulmane), Touba (Sénégal, ville sainte du Mouridisme, de l’islam soufie).

 

Assises chrétiennes de l’écologie

 

L’Église de France était représentée à la rencontre par Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France, et par Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF).

 

Dans le sillage de Laudato Si’, et en préparation à COP21, le diocèse de Saint-Etienne propose, du 28 au 30 août, au Parc des Expositions, la seconde édition des Assises chrétiennes de l’écologie, pour « une société plus juste et plus respectueuse de la création ». En novembre 2011, la première édition avait réuni quelque 1700 personnes.

 

 

 

© Source : Zenit. 23 juillet 2015