17/1/2012

Aux Philippines, catholiques et musulmans fêtent ensemble le Sinulog


Le Sinulog, la plus célèbre fête des Philippines issue de différentes traditions animistes et chrétiennes, en l’honneur du Santo Nino, l’Enfant-Jesus, se tient traditionnellement le troisième week-end de janvier, drainant des dizaines de milliers de croyants dans un grand carnaval festif et coloré. Pour la première fois, des musulmans participaient au défilé, afin de promouvoir la coexistence pacifique des deux religions dans l’archipel. L’un des musulmans invités voulait démontrer qu’une cohabitation pacifique entre religions était possible.



La plus célèbre fête des Philippines, en l’honneur du Santo Nino, l’Enfant-Jesus, se tient traditionnellement le troisième week-end de janvier, drainant des dizaines de milliers de croyants dans un grand carnaval festif et coloré. Pour la première fois, des musulmans participaient au défilé, afin de promouvoir la coexistence pacifique des deux religions dans l’archipel.

 

Dans le pays le plus catholique d’Asie, le festival du Sinulog, issu de différentes traditions animistes et chrétiennes, a des allures de carnaval, avec débauche de couleurs, plumes, paillettes et danses. La préparation des chorégraphies et des défilés commence des mois à l’avance, comme le choix des « reines du Sinulog », qui danseront en portant avec grâce des statues du Santo Nino.

 

Ce festival, le plus important de toutes les fêtes philippines, s’est étendu progressivement de Cebu d’où il est originaire à toutes les régions de l’archipel. Cette année, chrétiens et musulmans de Mindanao, la grande île du sud philippin où la violence interreligieuse est récurrente (1), ont voulu faire un pas vers la réconciliation de leurs communautés en participant ensemble – une première – aux deux jours de défilé en l’honneur du Santo Nino.

 

Pour sa 34e édition, la fête du Sinulog de Mindanao s’est tenue à Midsayap, dans la province de Cotabato-Nord. Ces dernières années, Midsayap, dont 80 % de la population est catholique, n’a pas échappé aux nombreux incidents et attentats qui affectent régulièrement la région de Mindanao (2). Dans un esprit de réconciliation, fruit des efforts menés dans l’île par la Conférence des évêques et des oulémas (3), la communauté chrétienne a invité un groupe de musulmans du village de Mamasapano, de la province toute proche de Maguinadao, à prendre part aux deux jours de festival du Sinulog. Comme de nombreuses villes des Philippines, Midsayap compte une église dédiée au Santo Nino avec sa réplique de la statuette de l’Enfant-Jésus.

 

L’un des musulmans invités a expliqué à l’agence Ucanews (4) qu’il voulait démontrer, par sa présence aux festivités des catholiques, qu’une « cohabitation pacifique » entre musulmans, chrétiens et aborigènes au sein d’une nation majoritairement catholique était possible. « Après tout, nous les musulmans révérons Jésus comme l’un des plus grands messagers d’Allah », a déclaré un autre des participants à Manuel Rabara, maire de Midsayap. Le festival s’est achevé dimanche 15 janvier au soir par un repas commun préparé bénévolement par toutes les familles de la ville.

 

A Cebu, lieu traditionnel du festival du Sinulog, la participation des fidèles à la grande parade a atteint, quant à elle, un taux record. Selon les médias locaux, 1,6 million de personnes se sont pressées dans les rues de la ville, une foule encore plus nombreuse que l’année précédente.

 

Comme chaque année, le festival a commencé par une parade navale : sur le Mactan Channel, samedi 14 janvier, près de 200 bateaux et voiliers croulant sous les fleurs et les fidèles ont ainsi escorté le Santo Nino et la statue de Notre Dame de Guadalupe (5) après une messe solennelle célébrée par Mgr Palma, archevêque de Cebu, à 6h30 du matin. En tant que gouverneur de Cebu, Gwendolyn Garcia et le maire de Cebu City, Michael Rama, ont dansé le sinulog – des mouvements chaloupés d’avant en arrière – comme le veut l’usage, une statuette du Santo Nino portée à bout de bras. Les statues ont rejoint ensuite la terre ferme pour entamer une lente procession vers la basilique mineure de Santo Nino, au milieu de la foule brandissant, en chantant et dansant, des milliers d’effigies de l’Enfant-Jésus. Rares sont les maisons aux Philippines ne possédant pas une réplique du Santo Nino, la figure sacrée la plus vénérée de l’archipel, dont les origines historiques sont mal connues (6).

 

Par cette arrivée en bateau, puis la messe solennelle qui a suivi à la basilique, les Philippins ont commémoré l’arrivée des Espagnols auxquels est associé le Santo Nino ainsi que la conversion de leur peuple au catholicisme. Devant la basilique, rapporte le Cebu Daily News du 15 janvier, des figurants costumés en soldats espagnols ou vêtus de costumes traditionnels aborigènes ont rejoué l’histoire de la christianisation de l’île, reconstituant le baptême des rois et reines de Cebu au XVIe siècle. Après la procession religieuse du samedi, ce sont les grandes parades du Sinulog qui ont envahi dimanche 15 janvier les rues de la ville, les reines de beauté menant les cortèges, suivies par les écoles, universités, groupes de danses et autres associations concourant dans différentes catégories pour les titres très convoités de vainqueurs du Sinulog 2012.

 

 

 

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Notes

(1) Depuis plus de quarante ans, cette région du sud philippin où se trouve une grande partie de la minorité musulmane de l’archipel, vit dans un climat de guerre civile, entrecoupé de cessez-le-feu éphémères suivis de massacres interreligieux et de règlements de comptes entre clans. Outre les groupes se réclamant du MILF, l’armée philippine y combat Abu Sayyaf, proche d’Al-Qaeda, la Nouvelle armée du peuple (communiste), divers groupes terroristes ainsi que les armées privées des clans de l’île qui se livrent à des vendettas. Un processus de paix est actuellement en cours. Cf. EDA 501 (‘Pour approfondir’: « Mindanao : la paix insaisissable »), EDA 511, 518, 519, 520, 521, 527, 534, 535.

 

(2) En 2003 notamment, un attentat à la grenade dans une mosquée de Midsayap a tué trois personnes et fait une trentaine de blessés. Voir EDA 383

 

(3) Sur la Conférence des évêques et des oulémas à Mindanao, voir la dépêche EDA du 1er novembre 2011

 

(4) Ucanews, 16 janvier 2012. (5) Notre-Dame de Guadalupe est considérée comme la patronne de Cebu, comme le Santo Nino qu’elle accompagne traditionnellement pour le Sinalog. Elle est parfois confondue avec Notre-Dame de la Bonne Garde (Nuestra Señora de Guia), qui date du XVIe et qui est probablement la statue offerte avec l’enfant Jésus par Magellan au couple royal de Cebu. (6) La version la plus courante rapporte que la statue en bois de l’Enfant-Jésus a été offerte au début du XVIe siècle par Ferdinand Magellan aux souverains de Cebu, Humabon et Humahay, lorsqu’ils se firent baptiser avec toute leur famille et 800 habitants de l’île. De nombreux miracles ont été par la suite attribués au Santo Nino, qui aurait entre autres survécu à plusieurs incendies, fait fuir l’armée américaine qui avait établi son quartier général dans l’église, ainsi que les Japonais durant la seconde guerre mondiale. D’autres versions évoquent la découverte de la statue, abandonnée par l’expédition Magellan, par l’armée espagnole en 1565. L’actuelle basilique mineure du Santo Nino, tenue par les Augustins, est considérée comme l’église la plus ancienne des Philippines. La statue originale étant conservée dans le couvent, c’est une réplique, enrichie d’or et de pierres précieuses et revêtue de vêtements et d’ornements variant avec la liturgie, qui est vénérée dans la basilique.

 

 

 

© Source : http://eglasie.mepasie.org/ – 17 janvier 2012