07/12/2018

Quel avenir pour l’Europe ? par Alfonso Zardi


    Dans sept mois, les pays membres de l’Union Européenne sont appelé pour la neuvième fois à élire leurs députés européens (26 mai 2019 en France). Pour se préparer à l’évènement et aider à faire le point sur une institution qui vit la plus profonde crise de son histoire, l’équipe des « lundis de […]



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Dans sept mois, les pays membres de l’Union Européenne sont appelé pour la neuvième fois à élire leurs députés européens (26 mai 2019 en France). Pour se préparer à l’évènement et aider à faire le point sur une institution qui vit la plus profonde crise de son histoire, l’équipe des « lundis de la Médiathèque » a invité Alfonso Zardi. A la retraite depuis un an, ce haut fonctionnaire représente au niveau européen le mouvement Pax Christi. En présence de Mgr Gushing, l’assistance nombreuse a salué chaleureusement la causerie conduite avec brio.

 

Alfons Zardi « a consacré sa vie à l’Europe, dans les institutions de Strasbourg et de Bruxelles, dans l’enseignement et aussi dans le témoignage de sa foi dans la vision des fondateurs (sic) ». Il choisit de ne pas placer ses propos sur des données chiffrées ou sur la présentation des diverses institutions européennes. Il souhaite montrer comment l’Europe, devenue objet de reproches face aux différentes crises du monde, en est arrivée à une situation de crise sans précédent. Les récentes élections1 révèlent la distance prise par les peuples avec les partis politiques traditionnels. A partir de l’exergue du dernier livre de Raphaël GLUCKSMANN2 là où croît le péril croît aussi ce qui sauve », il expose la réalité européenne actuelle.

 

 

« Là où croît le péril ….

 

En 2015, l’Europe fait face à une vague d’immigration non régulée en provenance d’Asie Mineure et d’Afrique. Près d’un million de personnes, hommes femmes et enfants fuient la guerre, les persécutions, la famine, la misère, l’esclavage pour certains. Si aujourd’hui ces flux ont beaucoup diminué et peuvent tout à fait être absorbés par l’Europe, ils se confrontent à un sentiment de peur irrationnelle. Les arguments ne manquent pas pour voir dans ces immigrés, une menace contre laquelle il faut se défendre en fermant les frontières en se tournant vers des votes populistes3. Ces votes interpellent l’U.E. qui n’a pas su gérer la situation à l’origine. Aujourd’hui elle se trouve face à des pays qui se déchirent sur la politique d’accueil. Elle s’avère incapable de faire entendre la voix de la solidarité et de la fraternité qui fut celle des pères fondateurs. Le vent de mésentente remonte à la crise monétaire de 2008 où le pire a pu être évité grâce au FMI, à l’Euro et à la Banque Centrale Européenne qui ont opposé un rempart efficace contre le délitement des marchés. Cependant les fonds injectés ont peu servi les investissements productifs (11%). Un choix qui n’a fait que renforcer le fossé entre « riches et pauvres4 ». Les classes sociales exclues de la réussite sont fragilisées. Les individus isolés, déconnectés des corps intermédiaires que sont les lieux d’action communes (partis politique, syndicats, mouvements, Eglises) s’expriment directement sur les réseaux sociaux. Le sentiment de partager un destin commun s’effrite….

 

 

…. croît aussi ce qui sauve »

 

 

Dans ce contexte qui paralyse l’action européenne, il serait injuste de ne pas reconnaître le travail des institutions et de ceux qui les animent. En 2015, l’Europe n’a-t-elle pas rappelé aux pays qui se protégeaient de l’immigration par des murs de barbelés, leur obligation d’accueil ? N’a-t-elle pas proposé une répartition équitable de ces populations sur tous les états membres avec une compensation financière ? Lors de la crise financière de 2008, n’a-t-elle pas protégé ses membres ? A-t-on oublié que la première Communauté du Charbon et de l’Acier servait avant tout un projet de paix qui règne depuis près de 70 ans entre les Etats et qui se traduit par un relèvement remarquable du niveau de vie de ses habitants. Des fleurons comme Airbus, Ariane, Galileo ou Erasmus sont des exemples de réussite et d’attrait. Garante des principes fondés sur les droits de l’homme, l’Union Européenne peut les redire à certains Etats. Le président Jean-Claude JUNKER rappelait récemment les beaux résultats5 de l’Europe qui représente 40 ù du PIB mondial ! Alors pourquoi les peuples à travers les consultations nationales, et demain européenne, réclament-ils moins de souveraineté de Bruxelles ? En quoi l’Europe ne ressemble plus au projet qui l’a fait naître ?

 

 

Un regard neuf

Pour Alfonso Zardi, il faut porter un regard neuf sur la construction européenne et être attentifs à la frustration exprimée par les peuples. Avec une vision élargie des problèmes, forte de ses richesses, l’Union Européenne peut promouvoir une politique généreuse envers les populations qui demandent asile, protéger ses Etats membres des puissances financières mondiales, faire respecter les droits de l’homme et encourager la paix au-delà de ses frontières. Face à des gouvernants tentés par le repli national, elle peut rendre sa noblesse à « l’aspiration manifeste des peuples » et surtout redonner une âme à l’Europe. Elle a construit des monuments du droit, s’est dotée d’une monnaie unique, de tribunaux, a fait progresser l’économie mais au nom de quoi ? Comment gagner la confiance et l’enthousiasme des européens qui se détournent de l’Europe des technocrates ? La question de la dignité, de la liberté de l’homme est au cœur est au cœur du Brexit, de la menace du développement de l’intelligence artificielle, des techniques biomédicales et éthiques, de la perdition de la planète. Il n’est pas trop tard pour agir, encore faut-il le vouloir. C’est l’invitation lancée par le pape François au Parlement Européen lors de sa visite du 25 novembre 20146.

 

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1- En Bavière, en Belgique et au Luxembourg

2- Les enfants du vide, De l’impasse individualiste au réveil citoyen/Allarys Ed. 2018. Citation de Hölderlin

3- Italie, Allemagne, Grèce, Suède, Autriche, Pays-Bas, Finlande

4- En France, entre 1983 et 2015 le revenu moyen des 1 % les plus riches a progressé de 100 % contre 25 % pour le reste de la population

5- Une croissance ininterrompue sur 21 trimestres, un taux de chômage au plus bas niveau depuis 2000, des créations d’emplois, des retours d’investissements publics et privés

6- http:/w2.vatican.va/content/francescos/fr/speeches/2014/november/documents/papa-francesco_20141125_strasburgo-parlamento-europeo.html