01/6/2015

Bien commun et biens communs


Ce n’est pas à moi, ni à toi, ni à lui… c’est à nous ! Voilà ce que l’on peut dire d’un bien public au service du bien commun ! De quoi s’agit-il au juste ? D’abord de réalités bonnes (un ‘bien’) offertes à tous pour que chacun y trouve de quoi se développer. Le premier bien commun est celui de la vie. Nous le recevons comme un don absolu. Un principe de gratuité préside à notre entrée dans l’existence. Ce don, particularisé par chacun, est partagé par tous sous forme de nature humaine.[…]



Ce n’est pas à moi, ni à toi, ni à lui… c’est à nous ! Voilà ce que l’on peut dire d’un bien public au service du bien commun ! De quoi s’agit-il au juste ? D’abord de réalités bonnes (un ‘bien’) offertes à tous pour que chacun y trouve de quoi se développer.

 

Le premier bien commun est celui de la vie. Nous le recevons comme un don absolu. Un principe de gratuité préside à notre entrée dans l’existence. Ce don, particularisé par chacun, est partagé par tous sous forme de nature humaine. Nous puisons aussitôt les éléments dont nos corps sont entièrement composés dans un environnement nourricier qui lui aussi a vocation de bien commun.

 

Cet environnement terrestre possède donc un statut irréductible de propriété collective sans entacher pour autant le droit à la propriété privée, si nécessaires à l’épanouissement personnel.

 

Néanmoins ce bien commun universel la relativise, radicalement. C’est pourquoi l’homme, dans l’usage qu’il fait (des biens de la création), ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres[1]. L’écologie trouve là ses vraies lettres de noblesse. Elle n’est pas seulement commandée par le souci de sauver les ressources d’une planète en voie de détérioration mais par celui de préserver et développer des biens qui doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité[2]. Le concept d’écologie humaine s’appuie sur cette exigence.

 

Nous ne sommes pas que matière. D’autres biens communs nous sont nécessaires. A commencer par celui de la famille. Première cellule sociale, source de vie et d’amour. Ici encore tout est initialement donné. Le malheur vient avec l’altération et même la privation de ce bien par le mal et ses violences. Le bien commun dont la famille est dépositaire se signale entre autres par la distinction entre nom et prénom. Le premier se réfère au bien que partagent tous les membres de la famille.

 

Le second en souligne la finalité personnifiante. L’expérience, prouve alors qu’une tension récurrente mais surmontable oppose bien personnel et bien commun. Elle se fait parfois douloureuse. Elle n’en est pas moins féconde dans son principe par l’apprentissage multiforme qu’elle permet : la relation à l’autre différent de soi, le partage, la solidarité… autant de ‘biens’ au bénéfice du développement des personnes.

 

De la famille au vivre ensemble dans la société, aucune solution de continuité ! Le même principe  tient les commandes. De la culture et des langues, ces héritages qui nous façonnent si profondément, aux espaces et aux biens publics, hélas parfois accaparés, dégradés, voire honteusement vandalisés, l’éventail du bien commun s’ouvre largement : secteurs nationalisés, services publics, entreprises… Leurs niveaux se déclinent jusque dans le secteur privé qui intègre lui aussi des exigences de recherche et de proposition de bien commun. Les entreprises en savent quelque chose quand elles prennent au sérieux leurs responsabilités sociales et environnementales et cultivent dans ce but des valeurs de respect, de concertation, de confiance…

 

Les chrétiens prient en disant Notre Père. Un bien commun mystérieux, fraternel et universel, sous-tend l’invocation. Donne-nous notre pain, dans la même prière, la traduit en logique du don. Car le Christ s’offre dans ce pain en le partageant.

 

 

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[1] Constitution Gaudium et Spes sur l’Église et le Monde, n°69

[2] ibid

 

 

 

Père Michel Dagras

Pax Christi Toulouse

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