21/2/2012

Carême 2012 : Sortir de l’anesthésie spirituelle


Le carême désigne chez les Chrétiens la période de quarante jours précédant Pâques durant laquelle le croyant est invité à méditer sur sa propre vie, en ayant à l’esprit le cheminement du Christ jusqu’à la Croix. Il est souvent conçu comme un chemin de conversion, de retour à Dieu au moyen de la prière, du jeûne et de la charité. Mgr Kélékian, nouvel Exarque patriarcal de Jérusalem, incite tout fidèle chrétien à s’engager dans le carême en s’appuyant sur la force du jeûne pour être plus fort dans son combat spirituel contre le mal, et pour « se préparer dignement à la grande fête de la Résurrection du Christ. »



Un essai de message pour bien démarrer le Carême

 

Carême 2012

 

 

Une tradition séculaire existe dans les Eglises chrétiennes de consacrer la période qui précède la fête de Pâques, à une préparation spirituelle et corporelle, par la pénitence, la prière, le jeûne et l’abstinence, qui dure 40 jours, en souvenir de la période que Jésus passa dans le désert, avant sa vie publique, en jeûnant pendant 40 jours et 40 nuits, se préparant à sa mission de la prédication du Règne de Dieu.

 

Entre temps, Jésus avait vécu dans des conditions très modestes, dans une petite ville de la Galilée, Nazareth, avec ses parents, en une vie familiale faite de travail, de prière et d’étude de la Parole de Dieu. La vie de Jésus était cachée aux yeux des puissants de ce monde, des savants et même des autorités religieuses de sa région.

 

Et voilà qu’arrive l’Heure où il doit se manifester. Il  passe par le Baptême de Jean, le Précurseur, qui a préparé son chemin, en convertissant et baptisant les personnes qui venaient vers lui. Après son baptême, « Jésus est conduit par l’Esprit au désert, pour être tenté par le diable ; Il jeûna pendant 40 jours et 40 nuits, et il eut faim. » (Math. 4, 1-2).

 

Selon le texte de l’Evangile, nous comprenons que Jésus jeûne et prie dans le désert, pour pouvoir tenir tête aux tentations du démon. Le Père tolère que l’esprit du Mal tente Celui qui a été destiné à opérer le salut de l’humanité par l’immolation de sa personne. Peut-être que le démon pourra-t-il le détourner de sa mission, pour pouvoir conserver son règne sur l’humanité.

 

Jésus accepte le jeûne, pour être plus fort dans son combat spirituel contre les tentations du démon. Plus tard quand il enverra ses disciples prêcher et guérir les malades, ceux-ci seront incapables d’enlever l’esprit mauvais d’un adolescent, et seul Jésus arrive à l’extirper. Alors les disciples lui demandent : « Pourquoi n’avons-nous pas pu l’enlever nous-mêmes ? » Jésus dans sa réponse leur explique : « Cette espèce de démon ne peut être chassée que par la prière et le jeûne. ». (Math. 17, 19-21).

 

Dans le monde moderne les forces du Mal sont devenus tellement puissantes, que l’on ne peut plus les combattre par nos moyens habituels, c’est-à-dire par la prière quotidienne et les pénitences et mortifications légères, que nous opérons. Il faut dorénavant sortir des armes plus puissantes, pour pouvoir contrer les attaques de l’ennemi, qui deviennent de plus en plus nombreuses et sournoises. Ces paroles du Christ confirment donc que, durant cette période de Carême, nous devons déterrer nos armes les plus puissantes, en priant plus et en jeûnant mieux.

 

Hélas, depuis quelques décennies, l’Eglise a rendu l’obligation du jeûne et de l’abstinence beaucoup plus légère qu’elle n’était du temps de nos parents ou grands-parents. Les nouvelles normes de jeûne ne sont plus aptes à nous protéger dans notre lutte contre l’esprit du Mal, notre combat devient inégal à nos dépens, et fortifie de plus en plus l’ennemi. La lumière recule devant les ténèbres.

 

Les enfants des ténèbres font tout pour combattre l’Eglise et l’affaiblir. Les scandales internes s’intensifient, comme s’ils voulaient donner le coup de grâce à cette institution que le Christ a fondé sur un rocher, sur Pierre et les Apôtres.

 

Les fidèles ne doivent plus perdre de temps, ils doivent s’armer contre les forces des ténèbres, en dépassant les prescriptions légères des églises locales, en essayant de jeûner à la manière de nos Pères, pour contrer plus efficacement les attaques de l’ennemi.

 

Une jalousie bénéfique doit nous envahir, surtout quand on voit comment auprès des religions non-chrétiennes, la pratique du jeûne, de l’aurore au coucher du soleil, est strictement observée, pour la gloire de Dieu, car ils savent bien que leurs esprits seront plus forts à travers cette pratique ardue, mais efficace.

 

Je demande donc à tout fidèle chrétien, de s’engager dans le Carême, sans honte et sans peur, en observant bien plus de ce que demande l’Eglise, pour fortifier davantage son esprit et se préparer dignement à la grande fête de la Résurrection du Christ. Comme Lui a vaincu la mort, nous vaincrons, avec Lui, sur toutes les forces du Mal, pour obtenir avec Lui, la gloire éternelle.

 

 

Amen.

 

 

 

Mgr. Joseph Kélékian,

Exarque Patriarcal de Jérusalem et de la Jordanie de l’Eglise arménienne catholique

 

 

© Cherchonslapaix.org – 21 février 2012