07/4/2016

Catholiques et juifs solidaires face à l’intolérance


La 23e réunion du comité international de liaison catholique-juif s’est tenue à Varsovie, en Pologne, du 4 au 7 avril 2016. Cette entité, qui se réunit une fois tous les deux ans, a été créée en 1971 pour formaliser la relation officielle entre le Saint-Siège et la communauté juive dans le monde. La session avait pour thème ‘L’autre dans la tradition juive et catholique : les réfugiés dans le monde d’aujourd’hui’. Les intervenants ont évoqué cette représentation de l’altérité dans leurs traditions religieuses respectives.



La 23e réunion du comité international de liaison catholique-juif s’est tenue à Varsovie, en Pologne, du 4 au 7 avril 2016. Cette entité, qui se réunit une fois tous les deux ans, a été créée en 1971 pour formaliser la relation officielle entre le Saint-Siège et la communauté juive dans le monde. Cette session a été co-présidée par le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens et de la Commission du Saint-Siège pour les relations avec le judaïsme, et par Martin Budd, président du Comité international juif pour les consultations interreligieuses.

 

Rappelant que cette instance de dialogue est le fruit direct du Concile Vatican II et de la Constitution Nostra Aetate, dont le 50e anniversaire a donné lieu à plusieurs commémorations en 2015, les deux parties ont rappelé que la Pologne constituait un « lieu approprié pour cette rencontre », étant à la fois une terre de « développements importants et productifs à la fois pour la culture juive et catholique » mais aussi « au XXe siècle, la scène de certains des évènements les plus horribles de l’histoire mondiale », une allusion explicite à la Shoah. Il a été rappelé que trois catholiques polonais figurent parmi les “Justes parmi les nations” honorés à Yad Vashem. Les participants à cette réunion ont visité le camp d’extermination de Treblinka, affirmant leur engagement pour « ne jamais permettre que cette tragédie soit oubliée, et ne jamais permettre au monde une telle négation de l’humanité et de la dignité de tout être humain, que ce soit en raison de sa race de sa religion ou d’une appartenance ethnique ».

 

La session avait pour thème « ‘L’autre’ dans la tradition juive et catholique : les réfugiés dans le monde d’aujourd’hui ». Les intervenants ont évoqué cette représentation de l’altérité dans leurs traditions religieuses respectives, en évoquant « la tension dialectique entre le particulier et l’universel ». Ils ont souligné l’importance de l’acceptation de l’autre comme « une composante essentielle de la compréhension de chaque tradition ». Le devoir d’aimer l’étranger est présent dans l’Écriture Sainte, mais la crise migratoire actuelle engendre au sein des communautés des inquiétudes sécuritaires, et une peur du changement.

 

En lien avec ces tensions croissantes, les différents intervenants ont aussi manifesté leur solidarité face, d’une part, à la résurgence de paroles et d’actions antisémites en Europe et ailleurs, qui nécessitent « des programmes éducatifs pour les combattre » et face à la persécution des chrétiens qui s’est amplifiée notamment au Moyen-Orient et en Afrique. Ils ont rappelé la « responsabilité morale » des responsables juifs et catholiques d’être « une voix pour les sans-voix ».

 

Après avoir visité une agence catholique de service social et le musée de l’histoire des juifs de Pologne, ils ont aussi souligné le rôle important des juifs et des catholiques dans la Pologne contemporaine, saluant aussi « l’expérience polonaise de transition du communisme, avec ses répressions, vers la liberté d’étude et d’expression de la foi religieuse dans une nouvelle société ».

 

Ils ont réaffirmé leur « engagement pour un dialogue ouvert et constructif », de façon à faire de ce dialogue « un modèle pour la compréhension interreligieuse et interculturelle dans le monde, plus particulièrement avec les leaders religieux de la communauté musulmane ».

 

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Déclaration conjointe

 

La 23e réunion du Comité international de liaison judéo-catholique (ILC) s’est tenue à Varsovie, du 4 au 7 avril 2016. L’ILC est l’entité créée en 1971 pour formaliser l’établissement des relations officielles entre le Saint-Siège et la communauté juive dans le monde. L’ILC est le forum officiel pour la poursuite du dialogue entre la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec les juifs et le Comité juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC). Des représentants juifs et catholiques des cinq continents ont participé au rassemblement. Le cardinal Kurt Koch, président de la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec les juifs, et M. Martin Budd, président de l’IJCIC, ont co-présidé cette réunion.

 

Cette réunion a été convoquée à un moment important de l’histoire. L’ILC a directement vu le jour à partir du concile Vatican II et de Nostra ӕtate, son document qui a conduit à une profonde transformation et dont le cinquantième anniversaire a été célébré et commémoré à travers le monde. En même temps, des millions de personnes dans le monde, y compris les catholiques romains et les juifs de nombreux pays, sont conscientes des défis que posent les relations interreligieuses et culturelles.

 

La Pologne offrait un cadre approprié pour cette réunion. Elle a été le lieu de certains des développements les plus importants et productifs dans la culture et la compréhension de soi tant catholiques que juives, mais aussi, au XXe siècle, le théâtre de quelques-uns des événements les plus abjects de l’histoire du monde. Les participants de l’ILC et les institutions qu’ils représentent ont parfaitement conscience de la tension dynamique qu’impliquent ces deux extrêmes et du noble défi que représente le développement de compréhensions contemporaines construites sur les leçons du passé. Les participants n’ignorent pas moins combien les dynamiques politiques contemporaines ont un impact direct sur le bien humain et social  à la fois des catholiques et des juifs en Pologne et ailleurs dans le monde.

 

La réunion s’est ouverte sur un événement public auquel ont participé les responsables des deux communautés, des responsables civiques et gouvernementaux de Varsovie et de Pologne, et des représentants du Vatican, de l’Église polonaise et de l’État d’Israël.

 

Les co-présidents de cette réunion de l’ILC, le card. Kurt Koch et M. Martin Budd, ont chacun présenté à la fois le contexte historique et les défis émergents. Le card. Koch a souligné qu’au long des années, un des effets bienvenus de ces rencontres a été le développement d’amitiés réelles entre les participants et un sincère sentiment de partenariat entre les communautés qu’elles représentent. M. Budd a souligné la signification symbolique de cette réunion en cette ville de Varsovie, chargée d’histoire, et en cette période, à la suite du 50e anniversaire de Nostra ӕtate, et en ce moment de défi moral pour des personnes de foi. La soirée a culminé avec une présentation de l’ambassadeur d’Israël en Pologne. De la part du Yad Vashem, trois catholiques polonais ont été reconnus de manière posthume, par l’ambassadeur, comme « Justes parmi les Nations » pour avoir sauvé des vies juives pendant la Shoah, incarnant la plus noble réalisation des relations judéo-catholiques.

 

L’agenda de ce dialogue biennal avait pour thème : « L’Autre dans la tradition juive et catholique : les réfugiés dans le monde d’aujourd’hui ». Afin de fournir un fondement religieux et académique aux discussions qui suivraient, la session a commencé par des analyses en profondeur sur la façon dont les traditions et les sources juives et catholiques romaines voyaient « l’autre ». Dans la ligne de la nature savante de ces présentations, chacun des intervenants a reconnu la tension dialectique interne du particulier vs. l’universel dans chaque tradition, soulignant l’importance et l’intégrité morale que revêt l’acceptation de « l’autre » en tant que composante essentielle de la compréhension d’elle-même de chaque tradition. Les présentations et la discussion qui a suivi ont mis en avant le fait que nos Écritures respectives nous fournissent  un cadre pour affronter les questions sociales urgentes telles que la crise des réfugiés aujourd’hui. Répondant aux impératifs religieux des chrétiens et des juifs, la conférence a pris acte de la crise actuelle des réfugiés qui submerge une bonne partie de l’Europe, reconnaissant les tensions entre d’une part les obligations d’aimer les étrangers, ainsi que leur dignité puisqu’ils sont créés à l’image de Dieu et, d’autre part les préoccupations liées à la sécurité et à la peur du changement.

 

Bien que les cinquante dernières années aient amplement vu une ouverture sans précédent entre nos deux communautés en de nombreux endroits, et surtout au niveau international, ces dernières années ont été témoins d’une montée des développements problématiques qui affectent l’une et l’autre. Après avoir abordé la façon dont nos traditions respectives nous encouragent à aider l’autre, nous nous sommes centrés sur le fait que nos deux communautés se trouvent maintenant dans la position de « l’autre ». L’antisémitisme, à la fois en paroles et en actes, a refait surface en Europe et ailleurs et la persécution de chrétiens, principalement dans une bonne partie du Moyen-Orient et dans certaines régions d’Afrique, a atteint des niveaux que l’on n’avait pas connus depuis longtemps.

 

Les participants ont souligné que l’antisémitisme est réel et revêt des formes diverses. C’est un danger non seulement pour les juifs mais aussi pour les idéaux de la démocratie. Il faut, pour le combattre, améliorer et revitaliser les programmes éducatifs.

 

Les participants ont fait observer que la persécution des chrétiens avait augmenté tous les ans entre 2012 et 2015. Ils ont reconnu l’obligation d’éveiller les consciences à travers le monde à propos de ce problème et ont convenu de leur responsabilité morale à être une voix pour ceux qui sont sans voix.

 

En reconnaissance de la signification historique indiscutable de la Shoah, les participants ont visité le camp de la mort de Treblinka. Dans un mémorial commémoratif, les responsables ont affirmé leur engagement à ne jamais permettre que cette tragédie soit oubliée, ni laisser le monde tolérer une telle négation de l’humanité ou de la dignité de tout être humain, quelle que soit sa race, sa religion ou son ethnie.

 

La visite d’une agence catholique de service social et du Musée POLIN de l’histoire des juifs polonais a souligné le rôle critique des communautés juives et catholiques dans la vie polonaise contemporaine. Cette réunion a célébré l’expérience polonaise de la transition du communisme, avec ses répressions, à la liberté d’étude et d’expression de la foi religieuse dans une nouvelle société.

 

En maintenant la signification de l’ILC depuis sa création il y a 45 ans, les représentants ont réaffirmé leur engagement permanent à un dialogue ouvert et constructif, comme modèle pour la compréhension interreligieuse et interculturelle dans le monde, plus spécialement avec les responsables religieux de la communauté musulmane. Ils ont aussi réitéré leur engagement à collaborer pour faire face aux nécessités émergentes de leurs communautés, où qu’elles soient, et pour transmettre leurs messages de transcendance à un monde qui a tant besoin de l’affirmation authentique et bienveillante représentée par leurs deux traditions religieuses.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Radio Vatican et Zenit. 7 avril 2016