18/1/2016

Ces jeunes qui pratiquent “l’œcuménisme du quotidien”


Du 17 au 23 janvier 2016, les chrétiens célèbrent la Semaine pour l’unité. De nombreux jeunes s’engagent, mais autrement que leurs aînés, aux côtés de fidèles d’autres confessions. Beaucoup s’interrogent sur l’absence des plus jeunes aux veillées organisées dans les paroisses à cette occasion. L’œcuménisme est-il, comme on le prétend parfois, une affaire de générations ? Pourquoi les traditionnelles veillées de prière n’attirent-elles majoritairement que des têtes chenues ? Et pourtant, ils sont des dizaines à s’engager discrètement.



Du 17 au 23 janvier, les chrétiens célèbrent la Semaine pour l’unité. De nombreux jeunes s’engagent, mais autrement que leurs aînés, aux côtés de fidèles d’autres confessions.

 

Faut-il aller communier, ou non ? Il y a un an, lorsque Julien de Weijer, 21 ans, a assisté à la sainte Cène dans un temple protestant de Strasbourg, la question lui a à peine effleuré l’esprit. Comme tous ceux qui l’entouraient ce jour-là, pour le lancement du pèlerinage étudiant vers le Mont Sainte-Odile, ouvert aux jeunes de toutes confessions, l’apprenti ingénieur, de confession catholique, s’est levé de son banc et est allé communier.

 

Faisant fi des accords théologiques entre catholiques et protestants qui, à ce stade, ne sont jamais parvenus à définir une « hospitalité eucharistique » entre les fidèles des deux confessions. « J’ai voulu découvrir comment les protestants vivent leur foi. Pour cela, il me paraissait important d’aller jusqu’au bout de la rencontre. Franchement, j’ai un peu de mal à me dire que j’ai commis un péché en allant communier ce jour-là… » Le jeune homme est responsable de l’organisation de ce pèlerinage alsacien, organisé par le diocèse catholique et ouvert pour la deuxième fois aux étudiants protestants, orthodoxes et anglicans.

 

Une affaire de générations ?

 

Alors que la semaine pour l’unité des chrétiens se tient du 17 au 23 janvier, beaucoup s’interrogent sur l’absence des plus jeunes aux veillées organisées dans les paroisses à cette occasion. L’œcuménisme est-il, comme on le prétend parfois, une affaire de générations ? Pourquoi les traditionnelles veillées de prière n’attirent-elles majoritairement que des têtes chenues ? Et pourtant, ils sont des dizaines à s’engager discrètement.

 

Pierre Collas, 30 ans, évangélique à Dourdan, fréquente depuis sept ans un groupe de prière catholique. À Chartres, Blandine Lagrut, 32 ans, promeut l’unité des chrétiens comme « style de vie » au sein de la Communauté du Chemin-Neuf. À Paris, trois collocations sont nées, sous l’impulsion des diaconesses de Reuilly, protestantes, mêlant des jeunes de toutes les confessions. Dans les prochains mois, d’autres doivent voir le jour… « Même si on peut avoir l’impression que le mot ’œcuménisme’ sort tout droit d’un manuel d’ancien français !, j’ai plutôt l’impression que c’est un truc de jeunes », confirme Julien de Weijer.

 

Sa réaction est emblématique de la perception de toute une génération. « Contrairement à leurs aînés, ils ne s’offrent pas le luxe des débats théologiques. Dans une société sans Dieu, l’urgence est ailleurs », analyse le Père Emmanuel Gougaud, en charge de l’œcuménisme pour l’épiscopat français. « Certes, poursuit-il, ils participent sans doute moins aux prières organisées cette semaine. Mais ils vivent l’unité d’une autre manière et font de l’œcuménisme sans le savoir. »

 

Rencontres à Taizé

 

Moins de place pour les questions doctrinales, plus pour les relations personnelles. À 23 ans, Leïla Baccuet a l’impression d’expérimenter ce qu’elle appelle un « œcuménisme du quotidien ». « Beaucoup de mes amis sont catholiques, ils m’emmènent à la messe, je les emmène au culte, raconte cette infirmière protestante réformée. Je vis en colocation à Paris avec un catholique, mais je ne le vis pas comme un engagement œcuménique. Je ne me sens pas militante. » Tous deux partagent le même coin prière. Ils se sont rencontrés à Taizé, qui reste un haut lieu de rencontres entre jeunes des différentes confessions chrétiennes. Leïla y a été volontaire pendant un an. « Paradoxalement, c’est en rencontrant d’autres chrétiens que j’ai compris pourquoi j’étais protestante. Je viens d’une Église méconnue : j’ai dû répondre à beaucoup de questions, auxquelles je n’avais pas forcément la réponse. Il fallait trouver des explications à ce qui était pour moi des évidences… »

 

Contrairement à Julien, à Strasbourg, Leïla ne communie pas lorsqu’elle va la messe dans une église catholique. « Rester à ma place est une manière de respecter les catholiques et d’observer une forme d’intégrité vis-à-vis de ma propre foi. Mais je dois avouer que je ne me sens pas très à l’aise lorsque je suis l’une des seules à rester assise… »

 

Parcours Alpha pour les jeunes

 

Responsable des jeunes aux parcours Alpha, Charly Mootien, 32 ans, constate la même spontanéité chez ceux qu’il croise depuis sept ans au sein du mouvement. Adventiste, il décrit « une génération qui ne supporte pas le cloisonnement et la division ». « Ils connaissent rarement les raisons des divisions et ont besoin de passer par l’expérience. Comme lors des événements que nous organisons avec Alpha Connect. »

 

Ces formations destinées aux jeunes « leaders » de toutes les confessions chrétiennes sont régulièrement organisées dans des villes françaises. « Ils partagent d’abord ce qu’ils ont en commun dans leur foi », estime Charly Mootien.

 

Curé à la paroisse étudiante de Toulouse, le Père Arnaud Franc, 30 ans, abonde en ce sens : « Pour la majorité des étudiants, il y a une incohérence entre, d’une part, ce qu’ils lisent dans l’Évangile et ce que le Christ fait, et d’autre part le fait que les chrétiens soient divisés. » À la rentrée prochaine, le prêtre proposera, lui aussi, une colocation étudiante œcuménique.

 

Quid des résistances ? « Même les jeunes au profil plus classique se laissent bousculer, répond le P. Franc. On ne peut pas dire qu’ils y sont opposés. En revanche, ils soulèvent, plus que d’autres la question du rapport à la vérité. Ce qui ouvre souvent des débats passionnants. »

 

 

 

Loup Besmond De Senneville
© Source : La Croix. 18 janvier 2015
Crédit photo : Taizé reste un haut lieu de rencontres entre jeunes des différentes confessions chrétiennes.  / Jeoffrey GUILLEMARD/CIRIC/