24/9/2014

Climat : une révision des modes de vie s’impose


Le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin est intervenu au Sommet sur le Climat 2014 qui a eu le 23 septembre 2014, dans le cadre de la 69e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Pour le Saint-Siège, lutter contre le réchauffement climatique est une question de justice et de respect, une question qui doit provoquer une révision profonde et clairvoyante des modes de vie. Il souligne aussi le lien intrinsèque entre respect de l’écologie de l’environnement et respect de l’écologie humaine, qui se conditionnent mutuellement.



Plaidoyer du cardinal Parolin à l’ONU

 

 

Pour le Saint-Siège, lutter contre le réchauffement climatique est « une question de justice et de respect », une question qui doit provoquer « une révision profonde et clairvoyante des modes de vie ».

 

Il souligne aussi le lien intrinsèque entre « respect de l’écologie de l’environnement » et « respect de l’écologie humaine », qui se conditionnent mutuellement.

 

Le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin est intervenu au Sommet sur le Climat 2014 qui a eu lieu hier, 23 septembre, dans le cadre de la 69e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

 

Réveiller les consciences

 

Il a fait observer que le bouleversement climatique soulevait non seulement « des considérations scientifiques, environnementales et socio-économiques », mais aussi « éthiques et morales », car il touchait « en particulier les plus pauvres ».

 

Lutter contre le réchauffement climatique est donc « une question de justice, de respect et d’équité, une question qui doit réveiller les consciences ».

 

Pour le Saint-Siège, la communauté internationale a « l’impératif moral d’agir » face à « un problème qui a de graves conséquences pour les secteurs les plus vulnérables de la société » : « tous ont la responsabilité de protéger la création pour le bien des générations actuelles et futures ».

 

En outre, a-t-il rappelé, la cause principale du problème étant probablement « une augmentation de la concentration du gaz à effet de serre due à l’activité humaine », cela nécessite « une analyse précise de l’impact des actions humaines » et « une forte volonté politique et économique de la part de la communauté internationale ».

 

Le Saint-Siège note « une prise de conscience croissante de l’interdépendance de la grande famille humaine » : « Il n’y a pas de frontières politiques, de barrières ou de murs derrière lesquels on puisse se cacher pour se protéger contre les effets du réchauffement climatique. »

 

Mais « les actions entreprises jusqu’à présent étaient trop souvent marquées par la prédominance des intérêts particuliers sur le bien commun » ou par « le manque de confiance des participants », a dénoncé le cardinal Parolin en plaidant pour « une réponse collective fondée sur une culture de solidarité, de rencontre et de dialogue ».

 

Révision des modes de vie

 

Il s’agit en particulier de promouvoir « le partage des technologies et des savoir-faire » : « les bases technologiques et opérationnelles nécessaires sont déjà disponibles ou à notre portée », a-t-il affirmé en appelant notamment « une révision profonde et clairvoyante des modes de vie, afin de corriger les nombreux dysfonctionnements et les déséquilibres ».

 

En effet, « un changement de culture authentique est nécessaire », et il passe entre autres par « l’éducation des jeunes à la responsabilité envers la création et le développement intégral de tous les hommes ».

 

La Cité du Vatican, a précisé le cardinal Parolin, « entreprend des efforts importants pour réduire sa consommation de combustibles fossiles, grâce à la diversification de l’énergie ».

 

Préconisant « des activités d’innovation économique et technologique », il a fait observer qu’elles pourraient avoir « deux objectifs interdépendants : la lutte contre la pauvreté et l’allègement des effets du bouleversement climatique ».

 

Pour le Saint-Siège, « les forces du marché seules ne peuvent pas résoudre les crises interdépendantes du réchauffement climatique, de la pauvreté et de l’exclusion » car « ces questions qui concernent la dignité humaine des individus et des peuples ne peuvent être réduites à de simples problèmes techniques ».

 

Le cardinal a conclu en soulignant que « la dégradation de la nature est directement liée à la culture humaine : le respect de l’écologie de l’environnement est une condition et est conditionnée par le respect de l’écologie humaine dans la société ». 

 

 

 © Source : Zenit. 24 septembre 2014

 

 

 

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Lutter contre le réchauffement climatique

d’origine anthropique : une urgence morale

 

 

Voici le texte intégral de l’intervention du cardinal Pierre Parolin, secrétaire d’Etat auprès des Nations unies, au sommet sur le climat (New York, 23 septembre 2014).

 

Mr le Secrétaire général,

 

Je suis heureux d’apporter les salutations cordiales de sa sainteté le Pape François à tous ceux qui sont ici présents pour cet important sommet, qui rassemble des officiels gouvernementaux et civils, ainsi que des représentants du secteur privé et des organisations citoyennes, de manière à identifier les initiatives significatives qui prendront en compte le le phénomène préoccupant du changement climatique.

 

Il est bien connu que le changement climatique accroit non seulement les considérations scientifiques, environnementales et socio-économiques, mais aussi et surtout des enjeux éthiques et moraux puisqu’il affecte tout le monde, et en particulier les plus pauvres parmi nous, ceux qui sont exposés le plus par ses effets. C’est pourquoi le Saint Siège a souvent souligné qu’il y a un impératif moral à agir, pour nous tous qui portons des responsabilités de protéger et mettre en valeur la Création pour le bien de la génération présente et celles à venir. Le pape François, dès le commencement de son pontificat, a souligné l’importance de “protéger notre environnement qui, trop souvent, au lieu d’être utilisé pour le bien est exploité de manière cupide, au détriment les uns des autres.” (Message au corps diplomatique accrédité au près du Saint Siège, 22 mars 2013). Le consensus scientifique est plutôt bien établi et il rappelle, depuis la seconde moitié du siècle dernier, que le réchauffement du système climatique est désormais reconnu. C’est un problème sérieux qui, comme je l’ai dit, a des conséquents graves pour les secteurs les plus vulnérables de la société et, clairement, pour les générations futures.

 

De nombreuses études scientifiques, de plus, ont souligné que l’inaction humaine devant un tel problème porte de grands risques et coûts socio-économiques. Ceci est dû au fait que ses causes principales semblent être l’augmentation des concentrations des gaz à effet de serre dans l’atmosphère issue des activités humaines. Face à ces risques et ces coûts, la prudence doit prévaloir, nécessitant des délibérations bien réfléchies basés sur une analyse précise de l’impact que nos actions auront sur le futur. Cela demande un grand engagement politique et économique de la part de la communauté internationale auquel le Saint Siège souhaite apporter sa propre contribution, en étant attentif que “le don la connaissance nous aide à ne pas tomber dans des attitudes d’excès ou d’erreur. La première vient du risque de nous considérer nous même comme les maîtres de la création. Or la Création n’est pas une possession que nous pouvons dominer pour notre propre plaisir. Et elle est encore moins la propriété d’un petit nombre : la Création est un don, unique et merveilleux que Dieu nous donne, pour que nous prenions soin d’elle en la faisant fructifier au bénéfice de tous, toujours avec un grand respect et une grande gratitude” (Pape François, Audience générale, 21 mai 2014).

 

Mr le Secrétaire général, le long débat sur le changement climatique, qui vit le jour en 1992 lors de la convention du réseau des Nations unies sur le changement climatique et sa mise en œuvre conséquente, montrent ô combien cette question est complexe. Depuis lors,  beaucoup de choses ont changé : les dynamiques des relations internationales ont modifié les contextes géopolitiques, pendant que les technologies scientifiques et d’information sont devenues de plus en plus performantes.

 

Un élément de principe qui a émergé des études menées depuis plus de trente années d’études concernant le phénomène du réchauffement global est la prise de conscience croissante que la communauté internationale entière est une part d’une famille humaine interdépendance unique. Les décisions et les comportements d’un des membres de cette famille ont des conséquences profondes sur les autres. Il n’y a pas de frontières politiques, barrières ou murs derrière lesquels nous pouvons nous cacher pour protéger un membre d’un autre contre les effets du réchauffement global. Il n’y a pas de place pour la globalisation de l’indifférence, l’économie de l’exclusion ou la culture du déchet si souvent dénoncés par le pape François (cf. Apostolic Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 52, 53, 59).

 

Dans les actions entreprises pour contrer le réchauffement global, nous avons vu trop souvent prédominer les intérêts particuliers sur le bien commun, de la part de resquilleurs. Nous avons noté trop souvent une certaine suspicion ou un manque de confiance de la part des États et des autres participants. Cependant, si nous voulons vraiment être efficaces, nous devons mettre en œuvre une réponse collective basée sur une culture de la solidarité, de la rencontre et du dialogue, qui devrait à la base des interactions normales au sein de toute famille et qui requiert la collaboration complète, responsable et dédiée de tous, en fonction de leurs responsabilités et des circonstances.

 

C’est pourquoi il me semble opportun de rappeler un constat qui a aussi émergé au sein du forum des Nations unies, qui est celui de la responsabilité de protéger. Les États ont une responsabilité commune de protéger le climat du monde par des moyens invitant à l’atténuation des pratiques et des mesures adaptées, aussi bien que par le partage de technologies et de savoir-faire. Mais, au-dessus de tout, ils ont une responsabilité partagée à protéger notre planète et la famille humaine, pour assurer que les générations actuelles et futures auront la possibilité de vivre dans un environnement sain et valable. Les bases technologiques et opérationnelles qui sont nécessaires pour faciliter une telle responsabilité mutuelle sont déjà existantes ou sont à notre portée. Nous avons la capacité de commencer et de fortifier un processus vrai et bénéfique qui irriguera, comme ce le fut déjà, à travers des activités adaptées et atténuées, le champ des innovations économiques et technologiques là où il est possible de cultiver deux objectifs interconnectés : combattre la pauvreté et cesser les effets du changement climatique.

 

Les forces du marché, seules, spécialement quand elles sont privées d’une orientation éthique souhaitée, ne pourront pas résoudre les crises interdépendantes du réchauffement climatique, de la pauvreté et de l’exclusion. Le plus grand défi repose dans la sphère des valeurs et de la dignité humaines. Les questions qui concernent la dignité des individus et des peuples ne doivent pas être réduites à de simples problèmes techniques. Dans ce sens, le changement climatique devient une question de justice, de respect et d’équité, une question qui doit éveiller nos consciences.

 

Mr le Secrétaire général, les motivations éthiques qui animent chaque décision politique complexe doivent être claires. A présent, cela demande d’encourager une révision profonde et à long-terme de nos modèles de développement et de nos styles de vie, de manière à corriger leurs nombreux dysfonctionnements et leurs déviations (cf. Benoit XVI, Lettre encyclique Caritas in Veritate, 32)

 

Cela est nécessaire pour les différentes crises auxquelles nos sociétés actuelles sont confrontées, dans nos contextes économiques, financiers, sociaux, culturels et éthiques. A partir de là, un changement culturel authentique est nécessaire en renforçant nos efforts de formation et d’éducation, en particulier en faveur des plus jeunes, de manière à pouvoir assumer un sens de la responsabilité à l’égard de la Création et du développement humain intégral de tous les peuples, présents et futurs.

 

Pour sa part, l’État du Vatican, bien que petit de taille, entreprend des efforts significatifs pour réduire sa propre consommation d’énergies fossiles, en diversifiant ses sources d’énergie et en développant des projets d’efficacité énergétique. Cependant, comme l’indiquait la délégation du Saint Siège au sommet climatique COP 19 qui s’est déroulé à Varsovie, “parler sur les réductions d’émissions est sans intérêt si nous ne sommes pas prêt à changer nos modes de vie et nos modèles dominants actuels de consommation et de production”. Le Saint Siège attache une grande importance au besoin de promouvoir l’éducation et la responsabilité environnementale qui cherche aussi à protéger les conditions morales pour une écologie humaine authentique. Il y a beaucoup d’institutions éducatives catholiques, tout comme des conférences épiscopales, des diocèses, des paroisses et des ONG d’inspiration catholiques qui se préoccupent de ce travail, avec la conviction que la détérioration de la nature est directement liée à la culture qui conditionne la coexistence entre humains. Le respect pour l’écologie environnementale est une condition pour (et est conditionnée par) le respect de l’écologie humaine dans la société.

 

S’affronter sérieusement au problème du réchauffement climatique demande non seulement de renforcer, d’approfondir et de consolider les processus politiques sur un niveau global mais aussi d’intensifier notre engagement pour un renouveau culturel profond et une redécouverte des valeurs fondamentales à travers lesquelles un futur meilleur pour la famille humaine peut être construit. Le Saint Siège s’engage à cette fin pour que, à travers ce travail, la communauté internationale soit guidée par des impératifs éthiques pour agir dans l’esprit des principes de solidarité et la promotion du bien commun, et dans la conviction que “la dignité de chaque personne humaine et la poursuite du bien commun sont des sujets qui devraient être au cœur de toutes les politiques économiques (Evangelii Gaudium, 203)

 

Merci.

 

 

 

 © Source : blog Eglises et Ecologies – 30 septembre 2014