04/11/2011

Comment établir l’harmonie entre les coptes d’Egypte et leur gouvernement ?


Au lendemain des affrontements entre la minorité religieuse et l’armée, Manar Ammar, journaliste indépendante établie au Caire, suggère des mesures susceptibles d’harmoniser les relations entre les coptes et le gouvernement, entre les coptes et la majorité religieuse du pays. Les événements difficiles que les Egyptiens ont endurés récemment, devraient leur permettre de se rendre compte qu’ils doivent œuvrer ensemble et mettre de côté leurs préjugés, afin d’amener un changement positif et réussir à partager leur terre pendant les années à venir.



Le Caire – Des images de la rencontre entre Mohamed Tantaoui, chef du Conseil supérieur des forces armées égyptiennes (CSFA), et le pape de l’Eglise orthodoxe copte Chenouda III rappellent les tentatives de l’ancien régime en vue de désamorcer les tensions entre groupes religieux, au moyen de séances organisées selon un mode progressif… mais qui n’ont quasiment jamais abouti. Pourtant, cette dernière rencontre arrive à un moment crucial dans l’histoire de l’Egypte moderne et pourrait bien être un pas dans la bonne direction.

 

L’entretien entre le chef de l’armée et le représentant de l’Eglise avait pour but de contenir la crise, au lendemain de la confrontation entre les forces armées et des milliers de manifestants coptes, qui réclamaient des droits égaux pour tous les citoyens devant le siège de la télévision officielle égyptienne, le 9 octobre dernier. Le bilan de cette flambée de violence : 27 manifestants morts, une centaine de blessés. Il s’agit de l’attaque contre les coptes la plus violente au cours des dernières années.

 

A l’issue de la séance entre le Maréchal Tantaoui et le Pape Chenouda III, les deux partis ont accepté de répondre aux préoccupations centrales de la communauté copte. La minorité religieuse demande principalement l’obtention de licences pour les églises qui aujourd’hui fonctionnent sans autorisation présidentielle et le droit d’en construire de nouvelles. Ce sujet a été source de graves tensions au cours des derniers mois. Les représentants de l’église rapportent que l’ancien régime autorisait certaines églises à fonctionner sans licence, afin de contourner la démarche. Or, cette méthode les privait d’une documentation appropriée et les rendait vulnérables face aux extrémistes.

 

Les manifestations du 9 octobre ont été suscitées par une attaque au cours de laquelle un groupe d’islamistes radicaux a mis le feu à une église copte sans licence dans une ville du sud de l’Egypte, la démolissant partiellement. Les coptes de part et d’autre du pays sont descendus en masse dans la rue pour manifester leur colère contre la mollesse de réaction du gouvernement, et le rassemblement a dégénéré en un affrontement avec l’armée.

 

Lors leur rencontre, le chef de l’armée a promis au Pape Chenouda III l’adoption d’une loi tenant compte de la construction des églises et de l’accord de licences aux églises qui ne bénéficient pas actuellement d’une autorisation présidentielle. Cette initiative pourrait s’avérer bénéfique pour la communauté copte, blessée par les violences récentes.

 

Un dialogue entre l’église et le gouvernement est essentiel pour garantir la stabilité de la nation. De plus, il permettrait de prouver aux coptes que le gouvernement est disposé à prendre des mesures empêchant que des violences à leur égard ne se reproduisent.

 

Toutefois, suite à l’entretien entre les deux personnalités, la majorité de coptes estiment que le CSFA est responsable de la mort des 27 manifestants et qu’il n’est qu’une extension de l’ancien régime, négligeant leurs préoccupations et marginalisant davantage leur communauté en leur niant la sécurité dont ils ont besoin dans des temps de tensions. C’est ce que montrent de nombreuses attaques contre les coptes, comme l’attaque à la bombe à Alexandrie le jour de l’an qui a fait 21 morts. Les coptes reprochent au gouvernement de ne pas protéger leur lieu de culte.

 

La version officielle des faits que fournit l’armée au sujet des affrontements du 9 octobre contredit celle des manifestants, car elle maintient que l’attaque a été initiée par les manifestants et que les forces armées se sont contentées de se défendre. Des vidéos de militants mises en ligne peu après les attaques montrent des soldats ouvrir le feu sur des manifestants, leur rouler dessus avec des blindés et même vandaliser des véhicules.

 

A la suite des émeutes, le CSFA a rendu public un projet de loi, qui érige en crime la discrimination dans toutes les formes, y compris la discrimination religieuse. Mais la réelle solution – c’est-à-dire faciliter la communication entre les coptes et le gouvernement, ainsi qu’entre les coptes et les musulmans – reste entre les mains du peuple.

 

Il est essentiel d’accorder à la population une place centrale, et de faire renaître la confiance entre les deux groupes religieux principaux, en dépassant des discours qui sont conçus selon une logique où l’enfer, c’est les autres. Le peuple doit impérativement comprendre que tout le pays souffre de la violence interreligieuse, et que cette souffrance ne conduit qu’à davantage d’instabilité. Par ailleurs, les coptes ont besoin de jouer un rôle plus important dans les affaires d’Etat ; ils doivent aussi faire part de leurs doutes, au lieu de prendre au pied de la lettre le discours du CSFA – comme cela a été le cas à de nombreuses occasions – lorsqu’il affirme que les coptes font partie intégrante de l’Egypte et qu’il ne doivent pas être marginalisés.

 

En raison de la colère et de l’amertume suite aux attaques du 9 novembre, un mouvement grandissant au sein de la communauté copte exige le boycott des prochaines élections. Mais ne pas prendre part aux premières élections libres après trente années de fraude et de fausses déclarations serait une grave erreur et une occasion manquée pour faire l’Histoire en se présentant comme une partie impliquée du peuple égyptien.

 

La reconstruction de l’église d’Edfu pourrait guérir quelques blessures, mais ce serait surtout symbolique, car elle ne ferait que masquer l’origine réelle des violences. Etablir la communication entre les coptes et le gouvernement avec bonne volonté est de la plus haute importance. Les événements difficiles que les Egyptiens ont endurés récemment, devraient leur permettre de comprendre qu’ils sont tous égaux lorsqu’il s’agit de pauvreté, d’injustice sociale et d’inégalité des chances. Ils doivent donc se rendre compte qu’ils doivent œuvrer ensemble et mettre de côté leurs préjugés, afin d’amener un changement positif et réussir à partager leur terre pendant les années à venir.

 

 

 

Manar Ammar

 

 

 

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Manar Ammar est une journaliste indépendante établie au Caire et membre de l’équipe de rédaction de Bikya Masr (www.bikyamasr.com). Rédigé pour le Service de presse de Common ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de presse de Common ground (CGNews), 4 novembre 2011, www.commongroundnews.org

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