15/11/2017

LE COURAGE DU DOYEN DE LA MANOUBA (1° partie)


Il y a six ans Monsieur Habib Kazdaghli, Doyen de l’université de la Manouba, à Tunis, eut maille à partir avec un groupe de salafistes agressifs. Molesté, expulsé de son bureau, menacé de mort, traduit en justice sur des accusations calomnieuses, le Doyen résista au nom de la mission de l’Université, garante de la liberté de la recherche face aux pressions dogmatiques d’où qu’elles viennent



Il y a six ans Monsieur Habib Kazdaghli, Doyen de l’université de la Manouba, à Tunis, eut maille à partir avec un groupe de salafistes agressifs. Molesté, expulsé de son bureau, menacé de mort, traduit en justice sur des accusations calomnieuses, le Doyen résista au nom de la mission de l’Université, garante de la liberté de la recherche face aux pressions dogmatiques d’où qu’elles viennent.

Il continua, déterminé, d’assumer ses fonctions administratives à l’entrée de l’Université dont l’accès lui était refusé. Il fut soutenu par des collègues et des étudiants, impuissants malgré leur nombre à débloquer la situation, sans qu’aucune réaction officielle ne se préoccupe de rétablir l’ordre! La résistance de cet universitaire eut un retentissement international. Il fut honoré bien au-delà des frontières de la Tunisie. Procès gagné, bureau réintégré, cet homme valeureux arrive bientôt à la fin de son mandat. Compagnons de route et amis lui manifestèrent ce 8 novembre reconnaissance et affection. Journée autour de laquelle fut organisée une session de réflexions partagées sur le courage citoyen. En voici un écho à partir d’une communication donnée ce jour-là.

Un penseur du siècle dernier a dit du courage qu’il était la vertu du commencement. Comment entendre cette assertion ? Imaginons l’état d’esprit d’un parachutiste au moment où il se lance pour la première fois dans le vide. Son courage est alors fonction de sa décision libre de faire un pas hors de l’avion, surmontant sa peur du vide et l’appréhension de voir son parachute mal s’ouvrir ou pas du tout. Une fois dehors, plus besoin de recourir au courage ! La gestion d’une situation irréversible, la descente jusqu’au sol, s’impose. Même problème pour un plongeur. Se jeter à l’eau, surtout si elle est froide, demande un courage, ponctuel. Il lui faut ensuite seulement nager … à moins qu’il ne s’agisse de sauver quelqu’un en train de se noyer ! Le courage initial se prolonge alors avec le risque de la noyade, entraîné vers le fond par celui qui, paniqué, cherche de toutes son énergie à s’accrocher à lui. Le courage passe ainsi d’un commencement ponctuel à un comportement continu. Au héros exceptionnel succède le citoyen ordinaire. Le courage quitte les atours du spectaculaire pour se vêtir d’endurance, d’humilité, de fidélité. Et le voici d’autant plus méritoire que viennent avec le temps la lassitude et les désillusions, la tentation de l’abandon, celle de baisser les bras, de rentrer dans les rangs du convenu, du repli sur soi, de l’indifférence… Souvent les deux courages, le ponctuel et le continu, se conjuguent. Ainsi celui de la mère de famille, quotidien par nature, connaît-il parfois l’exceptionnel de dévouements sublimes. Ces courages distincts se détaillent encore dès que l’on considère leurs champs d’application. Ici la liste est longue et les échanges, aux premiers jours de la session, ont permis d’évoquer le courage de dire la vérité mais aussi celui de se taire en soulignant que silence n’est pas mutisme. Il peut être parole hors des mots capable d’exprimer le respect, l’indignation, le refus. Notre silence est un cri affichent chaque mois en Cercle de Silence des personnes outrées par l’enfermement en Centres de Rétention d’étrangers innocents de tout crime de droit commun. Fut évoqué aussi le courage de reconnaître ses torts et ses limites, de travailler, de durer dans les engagements, de surmonter les adversités … et pourquoi ne pas tout simplement parler du courage de se lever, de se laver, de ne pas se laisser aller … Multiples courages aux couleurs d’un grand manteau d’Arlequin recouvrant les épaules de celles et de ceux qui consentent souvent sans le savoir à être prosaïquement courageux !

Ce préambule descriptif demande d’avancer plus loin et plus profond. Il appelle à dépasser l’inventaire de ses manifestations pour réfléchir même sommairement à la nature même du courage pour discerner comment cette vertu devient un propre de l’homme, comment elle nous concerne, qui que nous soyons, quelles que soient nos sociétés et nos cultures.

(à suivre)

Père Michel Dagras