20/11/2017

LE COURAGE DU DOYEN DE LA MANOUBA (suite et fin)


Deux traits essentiels caractérisent le courage. D’abord celui du risque, volontairement pris, de sortir de soi-même pour s’aventurer hors des sentiers battus. Avec l’acceptation d’ennuis et de dangers venus de résistances et de peurs venues de la pression sociale, du politiquement correct, de conformismes bousculés par l’éveil des consciences, de mises en question de contre-vérités, du refus d’injustices, et du consentement s’il le faut, courage à l’intime, de devoir réviser ses propres points de vue



Deux traits essentiels caractérisent le courage.

D’abord celui du risque, volontairement pris, de sortir de soi-même pour s’aventurer hors des sentiers battus. Avec l’acceptation d’ennuis et de dangers venus de résistances et de peurs venues de la pression sociale, du politiquement correct, de conformismes bousculés par l’éveil des consciences, de mises en question de contre-vérités, du refus d’injustices, et du consentement s’il le faut, courage à l’intime, de devoir réviser ses propres points de vue.

Autant d’oppositions génératrices d’agressivités, de refus de débattre, du recours aux violences sous la loi du plus fort avec ces armes lâches que sont la calomnie, les atteintes physiques, morales … les menaces de mort.

Deuxième composante de ce qu’est le courage dans sa nature même, le fondement de solides raisons. Lutter ne suffit pas. Il faut doter ce verbe d’une finalité, d’un pourquoi en un mot, d’un pour quoi en deux mots. Le premier motive le courage. Le second l’éclaire et le soutient. Et quand la conviction qui fonde le courage vient d’une foi en l’homme et de la volonté de le valoriser et de le promouvoir, le courage mérite son titre de valeur et de vertu humaines. Par contre, s’il entre au service de projets dégradants, d’extrémismes résolus à l’élimination de celles et de ceux qui abhorrent leurs délires, il devient perverti. Il perd sa qualité de courage humain, même ŝ’il est paré de sacrifices extrêmes. Ce faux courage ne vise en effet qu’à terroriser, détruire. Massacrer. Les valeurs les plus nobles se trouvent avec lui pourries de l’intérieur. Le vrai courage, lui, entraîne hors de soi-même pour plus d’humanité. Tel fut celui d’Antigone bravant la loi inique qui lui interdisait d’inhumer son frère. Et celui de de Socrate préférant subir l’injustice que de la commettre. C’est aujourd’hui le courage de milliers d’hommes et de femmes, des origines de l’Histoire jusqu’à nous. Ce courage fut celui du Doyen de l’Université de la Manouba. Il a répondu au devoir de défendre la dignité humaine des étudiants et leur liberté de conscience. Il a tenu à respecter la diversité sociale et culturelle du Campus, autant de fondements d’une égalité et d’une solidarité constitutifs d’une citoyenneté démocratique.

Alors le courage prend aussi forme collective pour donner à ceux qui, refusant de hurler avec les loups prédateurs de la justice et de la vérité, décident ensemble de servir ces valeurs et sans perdre de vue les exigences à respecter pour un bien vivre ensemble. Ce courage résiste aux chants des sirènes de la magouille, de la corruption, des égoïsmes, des xénophobies et des communautarismes. Il les récuse et combat ces forces déshumanisantes.

Vient enfin le jour où sonne l’heure d’un courage spécifique apparemment inverse de ceux qui précèdent, le courage de décider, mission replie, de lâcher prise. S’agit-il alors d’un abandon ou d’un passage de relais ? Dans l’épreuve sportive qui porte ce nom le coureur parvenu au au bout de son effort, s’applique à transmettre le relais à celui qui s’élançant déjà devant lui, le saisit, le tient d’une main ferme, le transmet à son tour au bout de sa distance au relayeur suivant. Le relais ? On l’appelle témoin ! Et si notre rencontre était aussi à vivre comme passage d’un témoin à saisir, à conserver pour le transmettre le moment opportuns dans nos environnements humains et sociaux respectifs ? Quand la course s’achève et le relai passé … le courage perdure ailleurs, sous d’autres formes, sur de nouveaux chantiers. Courages citoyens humbles pains quotidiens sources de vivre ensemble dignes de l’Homme. Courages talonnés parce mot de Victor Hugo, l’égoïsme social est un commencement de sépulcre

Le Doyen de la Manouba passe aujourd’hui le témoin à son successeur. Son courage de citoyen, d’intellectuel, de passionné par l’universel – cette qualité par définition propre à toute Université digne de son nom – devient pour tous un exemple, un encouragement porté jusqu’à l’invite à relier deux mots, cœur et courage. Le second s’enracine dans le premier. Et si en définitive l’amour se tenait aux sources des véritables courages ?

Père Michel Dagras