28/8/2017

DANS LA DOUCEUR D’UN SOIR D’ETE


A la canicule du jour succède un soir des plus agréables. Pas un souffle de vent. Même les sonnailles de quelques moutons en vadrouille dans le village ne semblent pas troubler le silence. Elles l’agrémentent de quelques notes paisibles. Un coq totalement déréglé pousse par intermittence son chant éraillé.



A la canicule du jour succède un soir des plus agréables. Pas un souffle de vent. Même les sonnailles de quelques moutons en vadrouille dans le village ne semblent pas troubler le silence. Elles l’agrémentent de quelques notes paisibles. Un coq totalement déréglé pousse par intermittence son chant éraillé.

 

A l’horizon la chaîne des 3000 des Pyrénées, perd ses glaciers. Chaque été voit leurs surfaces se rétrécir. La grisaille des pierriers efface le blanc des névés dans un décor toujours grandiose. L’ombre grimpe sur le versant ouest du Burat. Le vert des futaies s’assombrit au rythme de cette ascension. Personne dans les rues du village. Serait-il déjà endormi ? Pas encore car la magie de la télé doit scotcher du monde devant les petits écrans.

 

Le contraste est violent entre cette quiétude vespérale et les tourments, les souffrances, les deuils des villes et des régions frappées par des attentats et des combats qui n’en finissent plus, Avec tant d’innocents aux premiers rangs des victimes ! Comme ces malheurs paraissent loin ce soir des paisibles vallées du Lys et de la Garonne !

 

Pas question pourtant de se morfondre ou de culpabiliser. Profiter d’un havre de paix n’empêche pourtant pas de penser à ceux que les événements privent de ce bénéfice, ni à la complexité de causes trop souvent tenues sous le boisseau des réactions spontanées. Les émotions sont alors à dépasser pour remonter aux sources des extrémismes meurtriers. Les analyses font apparaître un faisceau de raisons qui s’entrecroisent dans une complexité bien difficile à démêler. On y relève un profond ressentiment contre un Occident coupable d’impérialisme récurrent déployé depuis les Croisades ; un fondamentalisme religieux adossé à sur une lecture littérale et partiale du Coran ; un ressentiment collectif nourri de rancune et du désir de revanche contre ceux qui furent des colonisateurs ; un devoir de djihad contre les infidèles ignorants le Coran et voués à l’enfer ; une exaspération contre des comportements islamophobes et des ségrégations méprisantes ; des passages en prison où des gourous de circonstances manipulent l’esprit de jeunes délinquants révoltés et en mal de reconnaissance ; des prêches d’imams désaxés à l’adresse de fidèles par trop influençables. Le tout souvent cultivé dans l’atmosphère confinée de quartiers dits sensibles où des cellules terroristes dormantes peuvent trouver un environnement complice. On comprend que les projets de déradicalisation aient fort à faire !

 

Ce faisceau de racines – et ce ne sont là que les plus immédiates – donne l’impression d’être devant une hydre dont on aimerait trancher d’un coup toutes les têtes. Visée utopique ! Surtout quand l’urgence et le principe de précaution imposent de se tenir sur le qui-vive même si la décision de ne pas laisser la peur tenir les commandes est prise avec courage et détermination. Ainsi la pose de blocs de ciment contre des véhicules fous, l’opération Sentinelle, les enquêtes et poursuites policières, ne sauraient suffire. D’autres dispositions politiques et sociales sont à prendre ou, déjà prises, à soutenir. Mais elles ne pèseront pas lourd si un travail citoyen de fourmi ne les accompagnait pour contribuer à tarir à la source les raisons avancées par les meurtriers et ceux qui les manipulent. On a vu à Barcelone un père déchiré par la mort de son enfant de 3 ans prendre dans ses bras l’imam du lieu, éploré. Une première action est alors à porter sur l’ouverture de regard au-delà des émotions et des amalgames qui poussent par exemple à faire de tous les musulmans et de leur religion les boucs émissaires des atrocités commises. Il ne faut pas que les musulmans subissent un crime qu’ils n’ont pas commis1. Demande qui aurait pu être aussi bien formulée en 1945 par le Père Franz Stock à propos du peuple allemand ?

 

La nuit prend possession de la vallée. Le calme se fait plus profond. Pourtant l’Histoire en témoigne la vie en Comminges n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Elle a connu guerres et injustices. Alors ici comme ailleurs une solide conviction est à vivre, empreinte d’espérance : C’est déjà arrivé auparavant et mon existence est résistance .

 

 

 

Père Michel Dagras