06/7/2012

Des militants israéliens et des enfants palestiniens partagent la plage


Au beau milieu des restrictions aux déplacements, des frontières et de la division, des militants israéliens et des enfants palestiniens ont trouvé une manière particulière de communiquer : en allant à la plage, juste une journée. Chaque été, un groupe d’Israéliennes organisent des excursions à la plage pour les enfants palestiniens de Cisjordanie. Pour la plupart d’entre eux, en raison des restrictions aux déplacements imposées par Israël, c’est la première fois qu’ils vont à la plage et nagent dans la Méditerranée.



Tel Aviv – Il y a des rires et des voix qui se chevauchent en hébreu et en arabe. C’est du yom yam, de l’hébreu pour les jours de plage.

 

Chaque été, un groupe d’Israéliennes organisent des excursions à la plage pour les enfants palestiniens des villes et villages de Cisjordanie. Pour la plupart d’entre eux, c’est la première fois qu’ils vont à la plage et nagent dans l’eau bleu foncé de la Méditerranée.

 

De retour chez eux, certains peuvent voir la mer de leur balcon mais ils ne peuvent y aller en raison des restrictions aux déplacements imposées par Israël. Durant la seconde Intifada, au début des années 2000, Israël a imposé aux Palestiniens souhaitant passer de Cisjordanie en Israël de sévères restrictions aux déplacements pour des raisons de sécurité. Bon nombre de ces restrictions existent encore aujourd’hui, séparant les Palestiniens des Israéliens.

 

« C’est la première fois que je me rends à la plage », déclare Maab, qui est venue de Bethléem accompagnée de sa mère et de ses frères. « Et j’adore ! » ajoute-t-elle. Un autre jeune ne peut en croire ses yeux. « La mer est si grande ! Je pensais qu’elle était de la taille de mon livre d’école ! »

 

Le projet appelé Min al Bahar (« de la mer » en arabe) a débuté il y a environ six ans lorsqu’un Palestinien invité à la fête d’anniversaire de la petite fille de Tzvia Shapira a demandé si la mer était loin. « Non, à seulement une quinzaine de minutes » lui répondit Tzvia, une juive israélienne. L’invité demanda alors s’ils pouvaient s’y rendre car ses enfants n’avaient encore jamais vu la mer.

 

Tzvia déclare : « Je me suis sentie honteuse de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il ne m’était jamais venu à l’esprit que l’on pouvait empêcher des gens de se rendre à la mer. J’aime tellement la mer. Elle appartient à tout le monde. »

 

C’est ainsi que le projet Min al Bahar a vu le jour. Tzvia a recruté ses amies. Ensemble, elles ont commencé à organiser leurs désormais bien connues excursions à la plage. Le projet s’est rapidement développé. Les excursions coûtent environ 50 dollars par participant et sont entièrement financées par des dons.

 

Les noms des participants potentiels sont dans un premier temps communiqués aux autorités israéliennes qui sont chargées de délivrer un permis d’entrée d’une journée en Israël. Ensuite, il y a l’angoisse de l’attente. Toutes les personnes figurant sur la liste n’obtiennent pas un permis. Parfois, il est refusé aux enfants parce qu’il a été refusé à leurs parents.

 

Tout le monde n’est pas favorable aux excursions à la plage. Certaines familles refusent que leurs enfants y participent, prétextant qu’ils seraient désenchantés s’ils ne pouvaient retourner à la mer après cette journée de découverte.

 

Par ailleurs, à la plage, nous avons aussi rencontré des problèmes. Amira, l’une des organisatrices explique : « Nous avions l’habitude d’aller à Bat Yam [une ville côtière au sud de Jaffa] mais nous avons dû changer d’endroit. Bat Yam était noir de monde et nous devions toujours nous battre pour trouver de la place. En outre, les sauveteurs n’étaient pas très sympathiques. Ne souhaitant pas avoir autant d’enfants sous leur responsabilité, ils se sont mis à inventer de nouvelles règles pour nous rendre la vie plus difficile. »

 

Cette année, nous nous sommes rendus sur une plage plus calme, au nord de Tel Aviv. Après avoir nagé, plongé et construit des châteaux de sable, le groupe a visité un centre communautaire situé dans la vieille ville de Jaffa où il a déjeuné, effectué des dessins représentant la visite au bord de la mer ou fabriqué des poissons avec des feuilles de papier de couleur, des stylos et du bois.

 

Enfin, il y a la balade en bateau qui part du port de Jaffa avec des malles remplies de musique et de biscuits pour une petite croisière sur la Méditerranée. « Tel Aviv doit être une belle ville », lance Iman en regardant la ville à l’horizon avec ses longues étendues de plage et ses gratte-ciel. La dernière fois qu’Iman est allée à la plage c’était il y a vingt ans. Toute excitée, sa fille se penche sur la balustrade et montre la mer du doigt. « Regarde, un poisson ! Un gros, gros poisson ! » dit-elle.

 

A la fin de la journée, heureux et fatigués, les enfants et leurs accompagnateurs montent dans le bus qui les ramène en Cisjordanie. Ce fut une belle journée qui laisse un goût de tristesse mais aussi d’espoir aux participants. Même si des liens d’amitié se sont tissés, la plupart des volontaires et des participants ne pourront pas se revoir du fait des sévères restrictions qui non seulement restreignent l’entrée des Palestiniens en Israël mais interdisent aussi aux Israéliens de se rendre dans les villes palestiniennes de Cisjordanie.

 

En se serrant la main et en s’embrassant pour se dire au revoir, les organisateurs et les participants conviennent qu’ils attendent avec impatience le jour où ils pourront voyager librement et où la mer sera accessible à tous.

 

 

 

Franziska Kabelitz

 

 

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Franziska Kabelitz a obtenu son diplôme en Etudes internationales et études cinématographiques à l’Université américaine de Washington D.C. Elle est actuellement basée à Tel Aviv et en Allemagne.

 

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 6 juillet 2012, www.commongroundnews.org   Reproduction autorisée.