15/4/2011

Colin Parry : De l’état de victime à l’état de survivant


« Mon fils de 12 ans a été tué le 20 mars 1993 lors d’un attentat à la bombe organisé par l’Armée républicaine irlandaise à Warrington. Grièvement blessé au visage, Tim a succombé à ses blessures cinq jours plus tard. » Colin Parry crée alors la Tim Parry Jonathan Ball Foundation for Peace, pour aider à résoudre le conflit entre la Grande-Bretagne et l’Irlande en plaçant les victimes au cœur du processus de réconciliation, puis les efforts se sont tournés vers les relations interreligieuses et interraciales pour favoriser la compréhension et la paix.



Londres – Mon fils de 12 ans a été tué le 20 mars 1993 lors d’un attentat à la bombe organisé par l’Armée républicaine irlandaise à Warrington. Au moment de l’explosion, il faisait du shopping à la recherche d’un short aux couleurs de son équipe de football préférée, Everton. Grièvement blessé au visage, Tim a succombé à ses blessures cinq jours plus tard.

 

La mort de Tim a brisé ma vie, celle de ma femme Wendy, de son grand frère Dom, alors âgé de 14 ans et de sa jeune sœur, Abigail, 11 ans à l’époque. Sur le coup, notre douleur et notre chagrin étaient trop grands pour imaginer que nous pourrions un jour nous en inspirer pour aider les autres.

 

Quelques années plus tard, Wendy et moi-même avons créé la Tim Parry Jonathan Ball Foundation for Peace. Au départ, la fondation avait pour but d’aider à résoudre le conflit entre la Grande-Bretagne et l’Irlande en plaçant les victimes au cœur du processus de guérison et de réconciliation, en instaurant la compréhension et en faisant naître des liens d’amitié entre des personnes et des communautés divisées pour des raisons de sectarisme religieux.

 

La première initiative de la Fondation fut le Tim Parry Scholarship exchange programme (programme d’échange de bourse) qui a réuni des jeunes de Belfast, Dublin et Warrington pour les amener à faire fi de leurs préjugés, de leur intolérance et de leur bigoterie qui sont à la base du conflit. Le programme est tellement bien parvenu à modifier l’attitude des jeunes les uns envers les autres que nous nous sommes lancés dans la création d’un centre pour la paix afin d’aller au-delà du conflit qui a causé la mort de Tim et nous intéresser à d’autres conflits à travers le monde.

 

A cette époque, les attentats terroristes en Grande-Bretagne, résultant des problèmes avec l’Irlande du Nord, étaient loin d’être terminés mais quelques années plus tard, ils étaient supplantés par des attentats terroristes d’un autre genre, comme en témoigne les explosions dévastatrices survenues dans le métro londonien, à l’heure de pointe le matin du 7 juillet 2005, et qui ont fait 56 morts et plus de 700 blessés.

 

Dans cette période de l’après 11 septembre, nos efforts se sont considérablement tournés vers les relations interreligieuses et interraciales au Royaume-Uni, nous amenant ainsi à créer des programmes pour que toutes les victimes d’attentats terroristes, comme nous, deviennent des  »survivants ».

 

Nous avons travaillé avec des victimes des attentats du 7 juillet, développé des programmes pour améliorer les relations interreligieuses entre les jeunes Britanniques musulmans et non-musulmans et accueilli des jeunes Israéliens et Palestiniens au Centre pour la Paix. A travers notre travail, nous avons montré que le dialogue et la non-violence favorisent la compréhension et réduit la méfiance, offrant ainsi une plateforme pour résoudre des problèmes de longue durée.

 

Suite aux attentats du 7 juillet 2005 survenus à Londres, nous avons été sollicités pour enseigner les leçons que nous avions tirées de notre expérience et transmettre les compétences que nous avions développées dans un lycée du sud de Leeds où le conflit interracial et interreligieux entre élèves était si grave que la police était appelée à intervenir sur place quotidiennement.

 

Dans ce contexte, nous avons élaboré et proposé un programme de développement du leadership à trois groupes d’élèves puis nous leur avons demandé de le mettre en pratique à leur façon auprès des 1500 autres élèves de l’établissement afin de lutter contre le racisme et proposer des alternatives à la violence. Les résultats obtenus pour rapprocher les groupes interraciaux et interreligieux et les rendre plus tolérants et compréhensifs ont été remarquables. A ce titre, le programme a été officiellement reconnu comme novateur par le gouvernement britannique.

 

En 2006, nous avons accueilli notre premier groupe mixte palestinien / israélien au Centre pour la Paix. L’ambiance entre les deux groupes était tout sauf cordiale, voire hostile. Ils ne me connaissaient pas ni ne comprenaient l’importance symbolique du Centre pour la Paix jusqu’à ce que je m’adresse à eux. Mon message était simple: si ma femme et moi-même avions pu faire quelque chose de positif après ce que nous avions subi – la perte de Tim – ils le pouvaient aussi ! Bien que simple, ce message a profondément modifié leur comportement. Ils ont traversé la pièce et se sont adressé la parole pour la première fois.

 

C’est la force du dialogue.

 

Par ailleurs, nous avons développé le programme des survivants pour la paix qui réunit victimes et auteurs d’attentats terroristes motivés politiquement. Parmi les personnes activement impliquées dans ce programme, figure une victime qui a été blessée alors qu’elle se trouvait dans le bus qui a explosé à Londres le 7 juillet 2005. Elle embrasse totalement l’esprit et la philosophie de notre travail et a travaillé avec les musulmans britanniques engagés dans le programme.

 

La mort de mon fils Tim a anéanti ma famille mais elle nous a aussi poussés à opérer un changement fort et positif dans nos existences et celle des autres. La Fondation de Tim pour la Paix a aidé des milliers de personnes à prendre des mesures proactives et pacifiques pour résoudre certains des conflits les plus délicats qui soient aujourd’hui.

 

 

 

Colin Parry

 

 

 

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Colin Parry est directeur et fondateur de Tim Parry Jonathan Ball Foundation for Peace. Cet article, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), fait partie d’une série sur les conséquences du terrorisme.

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 15 avril 2011, www.commongroundnews.org

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