14/1/2011

Depuis Copenhague, une fatwa contre les violences antichrétiennes en Irak


Des haut dignitaires religieux chiites et sunnites musulmans d’Irak sont tombés d’accord vendredi 14 janvier 2011 à Copenhague sur une fatwa commune condamnant les violences contre les chrétiens et autres minorités religieuses irakiennes, à l’issue d’un séminaire au Danemark, permis notamment grâce au prêtre anglican Andrew White. Les participants ont élaboré treize recommandations adressées au pouvoir irakien appelant notamment à la criminalisation de toute incitation sectaire et religieuse et de la propagation de la culture de la haine.



Des haut-dignitaires religieux chiites et sunnites musulmans d’Irak sont tombés d’accord vendredi 14 janvier 2011 à Copenhague sur une fatwa commune condamnant les violences contre les chrétiens et autres minorités religieuses irakiennes, à l’issue d’un séminaire à huis clos au Danemark.

 

« Cette fatwa condamne toutes les atrocités contre les chrétiens et souligne que ces actes de tueries sont totalement contraires au Coran », a déclaré à l’AFP le vicaire Andrew White de l’Eglise anglicane à Bagdad, un des participants à cette réunion de crise.

 

Les participants ont élaboré treize recommandations adressées au pouvoir irakien appelant notamment à la «criminalisation de toute incitation sectaire et religieuse et de la propagation de la culture de la haine», selon le texte de la déclaration commune obtenu par l’AFP.

 

Ils ont exhorté le gouvernement de Bagdad à «mettre cette question à l’ordre du jour» du prochain sommet de la Ligue arabe en mars dans la capitale irakienne.

 

Les participants ont appelé également à « la pratique des sermons religieux modérés et des valeurs des messages divins dans les lieux du culte et dans tous les médias ».

 

Ils ont recommandé en outre au gouvernement d’élaborer un programme destiné à « rééduquer en matière d’idéologie les prisonniers afin de leur forger une personnalité modérée et d’ordonner des sermons et des conseils sains » dans les mosquées.

 

La rencontre, organisée à l’initiative du Danemark et de l’ONG britannique The Foundation for Relief and Reconciliation in the Middle East (FRRME), a rassemblé durant trois jours huit chefs religieux musulmans et chrétiens pour tenter de mettre fin aux violences intercommunautaires qui ont récemment endeuillé la communauté chrétienne en Irak et accéléré l’exode de ses membres.

 

Parmi les participants à ce séminaire figurent le leader chiite Cheikh Abdulhaleem Al Zubairi, le cheikh sunnite Abdul Latif Humayem, conseiller du Premier ministre Nouri Al Maliki, le secrétaire général du Mouvement démocratique assyrien Yonnadam Kanna ou encore l’archevêque Avak Asadorian, président du Conseil chrétien d’Irak.

 

« La solution n’est pas d’émigrer. Nos racines sont là-bas. Mais nous connaissons un très grave problème » a observé pour sa part Yonnadam Kanna, lors d’une conférence de presse.

 

« Les chrétiens fuient l’Irak. Ils ne voient aucun avenir pour eux dans ce pays », a-t-il constaté.

 

Cheikh Majed Al Hafeed, un sunnite du Kurdistan et membre du parlement de Bagdad, a déclaré de son côté qu’il fallait « lutter contre l’extrémisme dans toutes les religions ».

 

Mais « le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour contrôler les mollahs pour qu’ils n’accroissent pas la haine », a-t-il estimé.

 

La ministre danoise des Affaires étrangères, Lene Espersen, à l’initiative de ce séminaire, s’est félicitée de « la volonté de réconciliation des leaders religieux », les appelant à « traduire concrètement leur engagement dans les faits ».

 

« Ces leaders ont pris une grande responsabilité morale et montré que les groupes religieux sont unis pour œuvrer ensemble contre les violences religieuses », a-t-elle estimé dans un communiqué.

 

 

 

© Source : AFP. 14 janvier 2011

 

 

 

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Un prêtre anglican pour la réconciliation en Irak

 

Andrew White Prêtre anglican, vicaire de l’Église anglicane de Bagdad

 

 

Le prêtre anglican Andrew White et sa Fondation pour le soutien et la réconciliation au Moyen-Orient (FRRME, Foundation for Relief and Reconciliation in the Middle East) sont à l’origine de la rencontre, à Copenhague la semaine dernière, des leaders religieux sunnites, chiites et chrétiens d’Irak, permettant aux musulmans de se mettre d’accord sur une fatwa condamnant les violences contre les minorités religieuses irakiennes.

 

Andrew White est vicaire de l’Église anglicane de Bagdad en Irak, où ce religieux britannique de 47 ans au parcours atypique a élu domicile. Né en Grande-Bretagne, prêtre au sein de la cathédrale de Coventry, sa vie est bouleversée à 33 ans, lorsque les médecins lui apprennent qu’il est atteint d’une sclérose en plaques. Il prend alors la direction du Centre de réconciliation internationale, un organisme de règlements des conflits dans le monde, dépendant de l’Église anglicane. Il se concentre sur le Moyen-Orient et se rend à Bagdad en 2005. Il devient aumônier de la communauté anglicane de Bagdad. Les jours sont difficiles entre enlèvements et assassinats. Andrew White vit d’abord dans la « zone verte », quartier ultra protégé de la ville, puis réintègre l’enceinte de l’église Saint-Georges.

 

En juillet 2007, après des menaces, il doit rentrer en Europe. Mais retourne rapidement en Irak. En un an, onze des membres de son équipe sont tués. Tous ses déplacements sont encadrés par deux véhicules de protection et 35 gardes irakiens, fournis par le gouvernement de Bagdad, et il est contraint de porter un gilet pare-balles. Son église est un refuge pour ses paroissiens, ceux qui « n’ont pas pu partir à l’étranger parce qu’ils sont trop pauvres ». Il leur apporte aide alimentaire, financière ou médicale. Sa maladie ? « Je fais avec. J’essaie de ne pas y penser. » Sa femme et ses deux fils vivent en Grande-Bretagne où il se rend pour quinze jours toutes les six semaines.

 

« La route de la réconciliation est longue, confie-t-il. Mais, au Moyen-Orient, les leaders religieux peuvent souvent agir là où les politiques ne le peuvent pas. » À la tête du Haut Conseil des leaders religieux en Irak, il travaille à la réunion des communautés chiites, sunnites et chrétiennes. Une première rencontre a lieu en 2008, au Danemark et se solde par la publication de « l’accord de Copenhague » reconnaissant les droits des minorités religieuses et ethniques en Irak. « Quand la religion va mal , dit-il, c’est aux religieux d’intervenir. »

 

 

Site internet de la FRRME, Foundation for Relief and Reconciliation in the Middle East >>

 

 

 

Agnès Rotivel

© Source : La Croix. 18 janvier 2011