08/4/2011

Des barrières à faire tomber dans les collines du sud d’Hébron


A la fin du mois de mars 2011, dans les collines du sud d’Hébron, par solidarité et en signe de désobéissance civile contre les mesures discriminatoires employées pour refuser aux Palestiniens l’accès à leurs terres, plus de 30 activistes se sont opposés à un peloton de soldats israéliens surveillant la colonie située sur les hauteurs de Ma’on. Plusieurs petits groupes de Juifs israéliens prennent sur leur temps pour nouer des relations avec des Palestiniens et s’associer pour mettre fin aux aspects les plus tangibles de leur détresse quotidienne.



A la fin du mois de mars dernier, par un samedi matin jusque-là calme, dans les collines du sud d’Hébron, plus de 30 activistes – juifs pour la plupart – se sont opposés à un peloton de soldats israéliens surveillant la colonie située sur les hauteurs de Ma’on. Par solidarité et en signe de désobéissance civile contre les mesures discriminatoires souvent employées pour refuser aux Palestiniens l’accès à leurs terres, 16 membres du groupe ont été arrêtés par l’armée.

 

Parlant calmement dans un mégaphone tandis que les activistes étaient emmenés, une jeune membre du groupe, elle-même ancienne soldate, a défié les soldats en leur demandant de “réfléchir aux différentes séries de lois qui régissent la vie des Palestiniens et des colons, la prochaine fois qu’ils feront le serment de protéger la démocratie d’Israël.”

 

Selon un sondage de la Brookings Institution réalisé à la fin de l’année dernière, beaucoup d’Israéliens (62%) pensent qu’Israël devrait faire plus d’efforts pour parvenir à la paix et une majorité d’entre eux soutiennent la solution à deux Etats. Toutefois, très peu de Juifs israéliens ont été les témoins directs de la vie des Palestiniens en Cisjordanie. Si les masses populaires sont ébranlées par les scènes retransmises à la télévision et les reportages publiés dans les journaux relatant la souffrance des Palestiniens causée par l’occupation militaire, seul un petit nombre interagit et établit des relations avec les Palestiniens, élément indispensable pour parvenir à une coexistence durable et pacifique.

 

Plusieurs petits groupes de Juifs israéliens prennent sur leur temps pour nouer des relations avec des Palestiniens et s’associer à ces derniers pour mettre fin aux aspects les plus tangibles de leur détresse quotidienne. Ces groupes ne cherchent pas à faire avancer une solution politique ; ils cherchent simplement à améliorer la vie de ces gens et à protester contre l’injustice. En agissant ainsi, ils brisent les barrières nationales et raciales factices.

 

Ta’ayush (‘vivre ensemble’ en arabe) est un de ces groupes qui mènent des actions populaires en Cisjordanie. Ses membres – Juifs israéliens et Arabes – ont travaillé dans les champs, aidé à creuser des puits et à réparer les dommages causés par l’armée et les colons radicaux et se sont exposés à la violence et aux arrestations aux côtés des Palestiniens qui vivent dans les collines du sud d’Hébron depuis plus de dix ans.

 

Se servant de leurs mains et de leurs statuts privilégiés qui, entre autres choses, leur octroient la liberté de mouvement en Cisjordanie, les membres juifs du groupe tentent inlassablement de prévenir, réduire et annuler le mal causé par le vol des terres, la violence et la présence militaire qui permet tout cela.

 

Embrassant les idéaux d’égalité, d’empathie, d’amitié, de coopération et de coexistence, ces quelques activistes israéliens – ainsi que les Palestiniens avec lesquels ils collaborent étroitement et avec lesquels ils nouent des relations – brisent les barrières qui empêchent non seulement les deux groupes de parvenir à la paix mais aussi les membres de leurs communautés de vivre en paix au quotidien.

 

Les actions entreprises par Ta’ayush et les groupes fondés sur la coopération comme l’Association des rabbins pour les droits de l’homme (Rabbis for Human Rights) ne se substituent pas au processus de paix ou à une solution politique visant à régler le conflit qui, durant des dizaines d’années, a causé de terribles souffrances aux Israéliens et aux Palestiniens. Cependant, elles représentent une importante base pour construire une coexistence et un esprit de coopération dans deux sociétés qui bien trop souvent voient leur destin à travers un prisme sans tain.

 

En étroite coordination avec les Palestiniens avec lesquels des relations sérieuses se sont construites au fil des ans, les activistes Ta’ayush se rendent là où leur aide est requise dans différents endroits de la Cisjordanie plusieurs fois par semaine.

 

Il y a peu, un samedi, un contingent Ta’ayush marchait à travers les collines arides et rocailleuses du sud de la Cisjordanie pour déjouer/contourner les postes de contrôle militaires. La mission du jour consistait à s’asseoir en signe de solidarité avec une famille palestinienne, et leur offrir protection. Deux semaines plus tôt, un membre de cette famille avait été poignardé. Lors d’une autre occasion, lorsque ce reporter accompagnait Ta’ayush, les activistes accompagnaient des bergers palestiniens pour les protéger contre de violentes attaques dont ils sont régulièrement victimes. D’autres fois, le groupe se joint à des fermiers palestiniens locaux pour préparer les champs pour les semailles et aider à restaurer les citernes d’eau détruites par les colons radicaux.

 

Des groupes comme Ta’ayush et leurs membres apportent une lueur d’espoir pour la coexistence dans un lieu où la majorité qui souhaite vivre en paix avec son voisin l’exprime rarement au-delà des discussions politiques dans les cafés ou les rassemblements politiques occasionnels. Ils montrent aussi le besoin de coexistence et le besoin de travailler pour le bien commun quelle que soit la nécessité de parvenir à la paix politique.

 

 

 

Michael Omer-Man

 

 

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Michael Omer-Man est un écrivain vivant à Jaffa. Il a un diplôme en Résolution des conflits et Etudes du Moyen-Orient du centre interdisciplinaire (IDC) de Herzlia. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 8 avril 2011, www.commongroundnews.org  

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