20/3/2017

DES HOMMES MARIES ORDONNES PRETRES


Il a suffi d’une parole du Pape François présentée hors contexte pour enflammer les médias. Titres et commentaires suscitent ici scandale, là simple étonnement ailleurs satisfaction devant une ouverture espérée depuis longtemps. Exemples : Ordination des hommes mariés, le Pape François est d’accord – Le Pape François pour l’ordination des hommes mariés – Le Pape serait ouvert à l’ordination d’hommes mariés – Il (le pape) a été placé pour détruire le catholicisme.



Il a suffi d’une parole du Pape François présentée hors contexte pour enflammer les médias. Titres et commentaires suscitent ici scandale, là simple étonnement ailleurs satisfaction devant une ouverture espérée depuis longtemps. Exemples : Ordination des hommes mariés, le Pape François est d’accord – Le Pape François pour l’ordination des hommes mariés – Le Pape serait ouvert à l’ordination d’hommes mariés – Il (le pape) a été placé pour détruire le catholicisme.

 

Opinions pour le moins contrastées sans que soit au passage dissipé le flou qui enveloppe le sens du mot « ordination » et du sacrement qui lui correspond … Qu’importe, tout le monde comprend qu’il s’agit d’ordonner « prêtres » (encore un concept à préciser) des hommes mariés alors que l’Église d’Occident a décidé il y a dix siècles de n’appeler à ce ministère que des célibataires s’engageant à demeurer tels.

 

Le Pape François, interviewé par un hebdomadaire allemand a estimé qu’il faut « réfléchir » à l’appel d’hommes mariés dotés de réelles capacités humaines et spirituelles (viri probati) en pensant pour eux à des missions appropriées. Un journal n’est certes pas le lieu idoine pour annoncer un changement important des manières de faire et de vivre dans l’Église. Il permet d’exprimer des idées sans leur donner la valeur de prises de position officielles. Les colonnes d’un périodique ne sont pas celles d’une encyclique ! Faut-il alors considérer l’invitation à réfléchir du Pape François comme une audacieuse avancée vers un objectif perçu comme révolutionnaire ?

 

Les us et coutumes chrétiens ont à trouver leurs justifications dans une Tradition vivante, multiséculaire. L’Église connaît ainsi depuis ses origines l’ordination d’hommes, mariés ou non. La pratique des communautés chrétiennes d’Orient, catholiques ou orthodoxes en témoigne depuis toujours. Pour diverses raisons, spirituelles mais pas seulement au départ, l’Église d’Occident a pour sa part décidé de choisir ses prêtres séculiers (à distinguer des religieux) parmi des hommes faisant promesse de vivre dans le célibat. Rapportée à l’ensemble de l’Église universelle, cette mesure fait par conséquent figure de particularité occidentale. Elle est d’ailleurs susceptible de dérogations quand par exemple des pasteurs, protestants ou anglicans, se convertissent au catholicisme. Ordonnés prêtres ils conservent leur situation matrimoniale et familiale. Nous nous trouvons donc en présence d’une disposition disciplinaire aux motifs spirituels incontestables mais à distinguer absolument d’un point de doctrine qui engagerait la foi. D’ailleurs nous connaissons chez nous, rétablie depuis le concile de Vatican II, l’ordination au diaconat permanent d’hommes mariés. Une vocation qui se suffit à elle-même au point de n’avoir pas besoin de se vivre comme une étape vers la prêtrise. La question pourrait toutefois se poser de savoir si certains de ces diacres ne pourraient pas être appelés au ministère pastoral. Ici encore aucun obex doctrinal ne saurait être invoqué pour empêcher cette ouverture.

 

Il s’agit en tout état de cause pour ceux qui s’engagent dans le ministère pastoral, quelle qu’en soit la forme, au-delà des sensibilités spirituelles et des statuts ecclésiaux, de répondre à un appel profond à aimer et à être aimés. Hors de quoi tout ministère perdrait ses significations évangéliques.

 

Le problème de fond ne devrait-il pas finalement se poser autrement ? La foi catholique reconnaît un rapport étroit entre eucharistie et communautés chrétiennes, au point qu’aucune communauté chrétienne ne peut se construire sans trouver sa racine et son centre dans la célébration eucharistique . Ne convient-il pas de situer sur la base de cette exigence majeure les interrogations actuelles sur le ministère presbytéral ?

 

Aujourd’hui des centaines de milliers d’hommes de femmes et d’enfants subissent la torture de la guerre, de la misère et de la famine. Appel à déchirer les voiles de l’indifférence tendus par le repli sur soi. Il faudrait que des préoccupations ecclésiales certes légitimes et très importantes contribuent aussi à leur manière au service urgent des communautés et de la paix.

 

Père Miche Dagras