24/2/2014

Désarmement nucléaire : Pax Christi et Justice et Paix veulent relancer le débat


« La protection, la dissuasion, l’intervention. » Trois priorités de la stratégie de défense française qui se « renforcent mutuellement », qui « ne sont pas dissociables », déclarait François Hollande le 29 avril 2013 en rendant public le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale qui fixe les orientations stratégiques des quinze prochaines années. Le président de la République affirmait ainsi son choix de continuer à faire de la dissuasion nucléaire un axe central de la politique de défense de la France. […]



« La protection, la dissuasion, l’intervention. » Trois priorités de la stratégie de défense française qui se « renforcent mutuellement », qui « ne sont pas dissociables », déclarait François Hollande le 29 avril 2013 en rendant public le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale qui fixe les orientations stratégiques des quinze prochaines années. Le président de la République affirmait ainsi son choix de continuer à faire de la dissuasion nucléaire un axe central de la politique de défense de la France.

 

« Autisme nucléaire »

 

C’est cette option que discute le livre La paix sans la bombe. Organiser le désarmement nucléaire (Éditions de l’Atelier, 144 p., 13,50 €), qui vient d’être publié sous l’égide de Justice et Paix, Pax Christi et la Faculté de Sciences sociales et économiques de l’Institut catholique de Paris.

 

Les auteurs veulent surtout relancer un débat qui ne suscite guère d’intérêt en France alors que la dissuasion est largement contestée dans le monde. Lors de la présentation du livre à la presse le 19 février, Denis Vienot, secrétaire général de Justice et Paix, n’a pas hésité à parler d’« autisme nucléaire » dans un pays qui possède la bombe atomique, n’a pas envie de s’en dessaisir et encore moins de voir s’élargir le cercle fermé des détenteurs de cette technologie.

 

La thèse de l’ouvrage est claire : les arguments qui prévalaient au cours de la guerre froide en faveur de la politique de dissuasion ne tiennent plus. « Notre sécurité, notre territoire et notre indépendance ne sont plus directement et immédiatement menacés. La dissuasion répond mal aux menaces diffuses et indirectes qui pourraient être aujourd’hui dirigées contre la France. L’arme nucléaire devient principalement un instrument de statut et une réassurance contre d’hypothétiques dangers futurs, aujourd’hui inconnus. Ses fonctions semblent subsidiaires et résiduelles », peut-on y lire (p. 11).

 

Des positions qui évoluent

 

La doctrine de l’Église catholique a-t-elle évolué sur cette question ? Non, répondent les auteurs, du moins en ce qui concerne le recours à l’arme nucléaire. Celui a toujours été clairement condamné. Il en est autrement concernant la dissuasion proprement dite. Le livre rappelle toutefois que les épiscopats américains, allemands, français ont pu prendre des positions différentes au début des années 1980, les évêques allemands se prononçant pour une « tolérance limitée » sous conditions, les américains acceptant la dissuasion sous  des réserves strictes, les français l’admettant en invoquant une « éthique de détresse » et arguant que « la menace n’est pas l’emploi ».

 

Mais « après l’effondrement de l’URSS et du pacte de Varsovie, l’Église catholique met en question la notion même de dissuasion, qu’elle n’avait considéré que comme un instrument temporaire d’équilibre et donc d’une ‘certaine paix’ pendant la guerre froide », expliquent les auteurs (p. 97). Et depuis le début des années 1990, le Saint-Siège invite régulièrement les puissances détenant l’arme nucléaire à négocier son élimination progressive. Ainsi encore très récemment le pape François, dans son message pour la Journée de la paix (1er janvier 2014), s’exprimait en ces termes : « Tant qu’il y aura une si grande quantité d’armement en circulation, comme actuellement, on pourra toujours trouver de nouveaux prétextes pour engager les hostilités. Pour cette raison, je fais mien l’appel de mes prédécesseurs en faveur de la non prolifération des armes et du désarmement de la part de tous, en commençant par le désarmement nucléaire et chimique. »

 

Le désarmement, un processus long

 

C’est dans cette direction du désarmement que les auteurs souhaitent que la France aille, sans pour autant défendre l’idée d’un abandon unilatéral de l’arme nucléaire. Faisant preuve de réalisme, ils rappellent que le désarmement est un processus de longue haleine. « Le nucléaire militaire est sans doute une réalité durable ; sa disparition ne pourra résulter que de décennies d’efforts internationaux concertés… » (p. 11). Un réalisme qui doit aussi tenir compte des forces industrielles concernées surement pas prêtes à se laisser déposséder d’un marché de plusieurs milliards d’euros.

 

Ce livre, de lecture très agréable, met à la disposition du lecteur de nombreux éléments – historiques, juridiques, éthiques – propres à permettre aux chrétiens de contribuer à faire émerger dans l’espace public un débat aujourd’hui inexistant sur la place du nucléaire militaire dans notre stratégie de défense. Et de peser pour que la France soit un fer de lance dans la dynamique de désarmement : les signataires du Traité de la non prolifération nucléaire (TNP) ont même une obligation de résultat en la matière.

 

La prochaine conférence d’examen du TNP est prévue pour 2015. Quelles avancées notre pays pourra-t-il alors faire valoir ?

 

 

Dominique Greiner

© Source : La Croix. 19 février 2014