10/5/2010

Désarmer afin d’éradiquer ce qui est source de mort, et s’armer afin de défendre ce qui est source de vie


La réunion de la conférence d’examen, à New York du 3 au 28 mai 2010, du Traité de Non-Prolifération nucléaire rend d’actualité le sujet du désarmement. Devant quel enjeu précisément sommes-nous placés aujourd’hui ? Celui d’adopter des mesures concrètes portant sur le désarmement et les usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Protéger l’homme de sa propre destruction, c’est donc aussi bien le désarmer des moyens de destruction obsolètes, qui sont sources de mort, que l’armer pour défendre la création, qui est source de vie.



Les enjeux actuels du désarmement

 

 

La réunion de la conférence d’examen, à New York du 3 au 28 mai 2010, du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) rend d’actualité le sujet du désarmement et de ses enjeux [1].

 

Devant quel enjeu précisément sommes-nous placés aujourd’hui ? Celui d’adopter des mesures concrètes portant sur le désarmement, la non-prolifération nucléaire et les usages pacifiques de l’énergie nucléaire. Mais le débat de fond porte avant tout sur la question de l’éradication des armes nucléaires et l’élimination des arsenaux la concernant.

 

Le 6 avril 2009, à Prague, Barack Obama plaide pour un monde sans armes nucléaires, en laissant penser qu’il souhaite ainsi une rupture radicale avec le passé. Le 8 avril 2010, il  signe avec son homologue russe, Dimitri Medvedev, un accord de réduction des armes nucléaires stratégiques, « New Start » (Strategic Arms Reduction Treaty), qui relève apparemment de la préparation politique avant la conférence sur le TNP, tout comme l’annonce des 12 et 13 avril 2010 de la nouvelle posture nucléaire des Etats-Unis (Nuclear Posture Review) qui minimise le recours à l’arme nucléaire tout en renouvelant l’objectif principal de l’arsenal nucléaire du pays : dissuader d’une attaque nucléaire contre les Etats-Unis et leurs alliés, y compris par le développement d’une défense antimissile. Il s’agit donc à la fois de montrer l’exemple, en renonçant à de nouvelles ogives et à de nouveaux essais tout en maintenant une perspective d’intervention contre le terrorisme nucléaire, qui viserait les états ne respectant pas les dispositions du TNP, l’Iran par exemple.

 

« Option zéro », nouveau traité Start, nouvelle doctrine nucléaire seront-ils suffisants comme garanties pour que le TNP ne s’effondre pas ? Espérons le.

 

Les russes ont accepté, de leur côté, de signer le nouveau traité Start, mais leur doctrine continue d’insister sur l’importance de l’arme nucléaire, et la politique de défense de Moscou cible non pas le terrorisme nucléaire mais les Etats-Unis et l’OTAN, qui demeurent les ennemis principaux. La perspective du développement du bouclier antimissile américain est pour eux une perspective difficilement acceptable.

 

La Corée du Nord, l’Inde, Israël et le Pakistan ont violé le Traité de Non Prolifération nucléaire.

 

Avec ses 1.333.000.000 d’habitants, la Chine quant à elle continue à accroître ses capacités offensives, son arsenal est en pleine croissance, et à développer sa flotte de surface sans que personne apparemment ne proteste.

 

Dans ce contexte est-il réaliste d’envisager qu’il soit possible de parvenir à un monde sans armes nucléaires ? Un tel monde serait-il aujourd’hui plus stable et plus pacifique ?

 

Le 24 septembre 2009, à la session du Conseil de sécurité des Nations Unies, Mgr Dominique Mamberti, Secrétaire du Saint Siège pour les relations avec les Etats, affirmait que « la dissuasion nucléaire appartient à la guerre froide et n’est plus justifiable de nos jours […] Le monde d’aujourd’hui a besoin de responsables courageux capables d’anéantir complètement ces arsenaux nucléaires ».

 

Parvenir à ce monde là supposerait que toutes les grandes puissances décident de renoncer à leurs arsenaux et de ne plus tolérer que d’autres pays conservent le leur, en partant du constat que l’arme nucléaire n’est certainement plus adaptée à notre monde, où comptent, de plus en plus, la défense des réseaux d’information, des voies de communication maritimes, et où l’évolution des structures économiques conduit à un démantèlement de l’Etat-nation. Cette nouvelle réalité réduit les risques de guerres interétatiques classiques ; elle laisse apparaître, par contre, des tensions à l’intérieur d’un même pays : émeutes de la faim, guerres civiles et/ou situations anarchiques, zones de non-droit, multiplication des bandes armées, piraterie, prises d’otages…

 

Parvenir à un monde sans nucléaire supposerait aussi que le lobby industriel de l’arme nucléaire soit partout tenu en lisière par les politiques…

 

A tout ceci viennent s’ajouter les crises financières, économiques, écologiques, qui sont elles mondiales et révèlent un monde déboussolé en perte de sens et de repères moraux. Ce constat, fait par Benoît XVI, l’a conduit à écrire dans son message du 1er janvier 2010, adressé à tous les hommes de bonne volonté et pas seulement aux croyants, à l’occasion de la journée mondiale de la paix : « Dans ce vaste contexte, il est plus que jamais souhaitable que les efforts de la communauté internationale visant à obtenir un désarmement progressif et un monde privé d’armes nucléaires – dont la seule présence menace la vie de la planète et le processus de développement intégral de l’humanité actuelle et future – se concrétisent et trouvent un consensus. L’Église a une responsabilité vis-à-vis de la création et elle pense qu’elle doit l’exercer également dans le domaine public, pour défendre la terre, l’eau et l’air, dons du Dieu Créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l’homme du danger de sa propre destruction. »

 

Protéger l’homme de sa propre destruction c’est donc aussi bien le désarmer des moyens de destruction obsolètes, qui sont source de mort, que l’armer pour défendre la création, qui est source de vie, ces deux actions devant aller de pair. C’est aussi « assurer sa sécurité, en abolissant les injustices, en résolvant les conflits et en mettant l’accent sur le fait que tous les humains sont interdépendants au sein de la création de Dieu. » (13ème Assemblée générale de la Conférence des Eglises européennes (KEK) – Déclaration publique d’actualité : appelés à un monde sans armes nucléaires.)

 

La véritable rupture avec le passé ne se situe-t-elle pas à ce niveau là, dans la recherche du « développement intégral de l’humanité actuelle et future » ?

 

 

 

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Note

 

[1] Conclu en 1970, le TNP régit l’ordre nucléaire hérité des années 1950. Les cinq puissances nucléaires de l’époque – Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, URSS – entendent garder le monopole de la bombe. En contre-partie, elles promettent l’accès au nucléaire civil à tous ceux qui renoncent au nucléaire militaire ; elles s’engagent à diminuer substantiellement leur niveau nucléaire. Quatre Etats depuis ont violé cet accord en se dotant de l’arme nucléaire : la Corée du Nord, l’Inde, Israël et la Pakistan. Des Etats émergents du Sud – Brésil, Egypte, Indonésie, Nigéria – dénoncent les cinq et les accusent d’avoir facilité la prolifération et de ne pas désarmer suffisamment. Ils menacent de ne pas proroger le TNP.

 

 

 

Christian Rogez,

Pax Christi France

 

 

 

© Cherchonslapaix.org – 10 mai 2010