09/5/2017

DEUX 8 MAI, DEUX VICTOIRES


La victoire de 1945 contre la barbarie nazie et ses suppôts de l’Axe n’efface pas le souvenir des camps de la mort (en 1945 le public n’en connaissait pas encore l’existence) ni celui des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Pour les vainqueurs, joie et liesse, pour les vaincus humiliation de la défaite. Pour tous, […]



La victoire de 1945 contre la barbarie nazie et ses suppôts de l’Axe n’efface pas le souvenir des camps de la mort (en 1945 le public n’en connaissait pas encore l’existence) ni celui des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. Pour les vainqueurs, joie et liesse, pour les vaincus humiliation de la défaite. Pour tous, des ruines, des blessures et des deuils. Alors apparut la ferme volonté de faire l’Europe pour que plus jamais ça s’impose à des peuples régulièrement en guerre depuis des siècles. Objectif atteint au prix de deux entreprises risquées.

L’une sur la base de décisions communautaires courageuses, rendait impossible le recours aux moyens industriels permettant de faire la guerre. Ces intuitions initiales de pères fondateurs de l’Union Européenne, animés de valeurs humaines, se trouvent aujourd’hui perverties par la recherche première d’intérêts économiques et de replis sur soi. L’Europe est une réalisation à risques et sans cesse perfectible.

L’autre entreprise est d’amplitude mondiale. Pour étouffer dans l’œuf les velléités guerrières, blocs de l’Est et de l’Ouest ont développé la dissuasion nucléaire, effroyable épée de Damoclès pendue sur des populations civiles. Réussite (?) dans la mesure où depuis l’Europe n’a plus connu de guerre générale sur son sol. Résultat souligné par les défenseurs d’une stratégie anti-cité pour que soit assuré un équilibre fut-ce de la terreur. Stratégie objectivement immorale. Le sophisme selon lequel la menace n’est pas l’emploi, a conduit Benoît XVI avec d’innombrables personnes de bonne volonté, (à) affirmer que cette perspective, hormis le fait qu’elle est funeste, est tout à fait fallacieuse. En effet, dans une guerre nucléaire, il n’y aurait pas de vainqueurs, mais seulement des victimes.

Même touchée par les questions de paix et de développement européens, la victoire de mai 2017 est d’une tout autre nature. Elle porte à la magistrature suprême Emmanuel Macron. Ses supporters pourraient à l’occasion évoquer le Chant du Départ, hymne républicain s’il en fut. Il clame que la victoire en chantant nous ouvre la barrière … application possible à des frontières dont la levée ou le blocage furent si souvent l’objet de débats entre les candidats. Le coup de semonce de leur fermeture menaçait l’Europe de replis identitaires aux effets économiques, financiers, diplomatiques et même militaires aventureux. Le tir a heureusement fait long feu. Frontières ouvertes la Victoire en chantant affirme en suivant que la liberté guide nos pas. Quelle liberté ? Au nom d’un libéralisme à réguler vu sa capacité à générer les pires excès ou pas de liberté pour les ennemis de la liberté ? Que de misères économiques, sociales et morales sont commises en son nom ! Il convient donc de veiller au grain en soumettant les projets politiques à un véritable sens de l’homme.

Les résultats de l’élection révèlent un pays partagé en quatre. Les deux camps des suffrages exprimés, la population des bulletins blancs ou nuls et ceux qui se sont abstenus. On pourrait rêver d’un comportement démocratique où tous acceptent le verdict du suffrage majoritaire et s’appliquent soit à soutenir l’élu, soit à opter pour une opposition constructive, toujours respectueuse des personnes et des biens. Une opposition qui refuse de mettre systématiquement des bâtons dans les roues ou de recourir aux rapports de force. Les récentes violences de mauvais perdants montrent à l’envie qu’il y a sur cette route beaucoup de chemin à faire ! Observons aussi que l’écologie a été la parente pauvre des derniers débats. Mais c’est plus que jamais l’engagement de tous pour une écologie des relations humaines qui s’impose ! Et pas seulement dans l’arène des joutes politiques, sur le terrain des échanges les plus quotidiens.

Ce matin, au café, un client remâchait sa déception de ne pas voir élue la candidate de son cœur. Le bistrotier, à l’évidence de l’autre bord, disait comprendre et souhaitait malgré tout bon courage. Le ton était empreint de sympathie. Ils se sont quittés en se serrant la main. Service non seulement d’un café mais aussi d’une invitation à la fraternité.

Père Michel Dagras