10/7/2017

DIABLE !


On a fait croire que le diable est un mythe, une image, une idée, l’idée du mal. Mais le diable existe et nous devons lutter contre lui. Ainsi s’exprimait il y a trois ans le pape François1. C’est clair, net mais pas précis faute d’information sur le type d’existence de cet être maléfique



On a fait croire que le diable est un mythe, une image, une idée, l’idée du mal. Mais le diable existe et nous devons lutter contre lui. Ainsi s’exprimait il y a trois ans le pape François1. C’est clair, net mais pas précis faute d’information sur le type d’existence de cet être maléfique.

 

Le propos ne faisait guère le buzz il y a trois ans mais voilà que le Supérieur général des Jésuites déclarait récemment : Nous avons créé des figures symboliques, comme le diable, pour exprimer le mal2. Il n’en fallait pas moins pour ouvrir un débat rehaussé par la qualité des protagonistes.

 

Les chrétiens héritent sur la question d’une tradition particulièrement fournie. Un rapide passage en revue du vocabulaire le souligne. Diable, du grec diabolos renvoie à diviser, séparer, le contraire de symbole dont l’étymologie signifie relier des différences, les distinguer mais pour unir. Satan, vieux mot biblique, claque comme un coup de fouet pour évoquer l’adversaire, l’accusateur et le traître. Belzébuth, le prince des démons, se place au sommet d’une hiérarchie de mauvais anges, contrepoint de celle des bons. Le Démon et ses légions d’esprits malfaisants, s’appliquent à posséder des hommes et des femmes qui devront recourir aux exorcismes pour recouvrer une vie normale. Lucifer est le parangon de l’orgueil pour avoir eu le culot de s’opposer à Dieu ! Plus récemment Malin s’est ajouté à une liste, dotée d’une production iconographique sur l’Enfer et ses hôtes, d’un réalisme très impressionnant. A croire que les artistes se sont exprimés sur la base de visites guidées dans cet espace dantesque ! Des diables, cornus, queutés, pieds fourchus, grimaçants, précipitent dans le feu éternel les malheureux damnés pour d’atroces souffrances. Terreur pour ceux qui avançant vers le Jugement dernier lourds de péchés graves, s’appliquent à des expiations préventives pour éviter le feu éternel mérité par les fautes. Fond de commerce florissant pour les instigateurs de spiritualités culpabilisantes fondées sur un rigorisme de la Justice divine.

 

Peut-on réduire sérieusement à ces représentations la question de l’origine des possibilités abyssales du mal3 qui depuis toujours affecte les hommes et leurs sociétés ? Une observation immédiate diagnostique un engouement inconsidéré pour le sacro-saint progrès perçu comme bon en lui-même, voire moral sans avoir besoin du contre pouvoir régulateur d’une éducation à la contingence et aux valeurs humaines. Dans le concret les maux qui nous sidèrent se déploient en guerres et en massacres toujours actuels, en exploitations éhontées de hommes et de leur Maison commune, l’environnement avec des dommages gravissimes, peut-être irréversibles. Et que dire du mal capable de toucher chacun dans son cœur, son esprit, ses relations ? Qui ne pourrait souscrire à la phrase de Paul : Je fais le mal que je ne voudrais pas4 ? Suffit-il de psychologiser les situations pour rendre compte de ces malheurs ? Devant ce constat récurrent dans l’Histoire difficile de récuser l’interrogation sur les sources profondes, sur la cause des causes de nos malheurs.

 

Observons d’abord que la confession de foi en Dieu créateur de l’univers visible et invisible, implique l’impossibilité de représenter Dieu et l’invisible dans l’espace et du temps. Qui ne le fait pourtant ! Les chrétiens croient par ailleurs qu’être-avec-Dieu implique toujours une adhésion responsable. Une adhésion dont les êtres spirituels, dotés de conscience et de liberté, ne sont pas dispensés. Ceux qui parmi eux ont choisi de surévaluer leur ego dans l’orgueil veulent aussi contaminer de leurs influences maléfiques le hommes pour les entraîner avec eux dans les spirales de l’égocentrisme générateur de violence.

 

L’Évangile en tout cas ne polarise pas sur le Mal mais sur le Christ Jésus source d’un amour divin plus fort que la mort. Un amour inscrit au plus intime de chacun, si vulnérable et indigne soit-il. Les répliques de Jésus au Tentateur5 proposent ainsi de se détourner du Mal, intérieur et extérieur, en choisissant l’écoute de la Bonne Nouvelle et l’accueil de ses bienfaits.

 

Père Michel Dagras