14/1/2016

Dialogue interreligieux autour d’un “Kawaa” à Paris


Depuis novembre 2014, des cafés réunissant des personnes de convictions religieuses différentes s’organisent dans plusieurs villes en France, portés par l’entreprise sociale Kawaa et le fonds de dotation Grandir Ensemble. Ils permettent à des individus qui ne se connaissent pas de se rencontrer autour d’un verre et de parler librement de leurs convictions religieuses. L’ambition de ces rencontres est de désamorcer les tensions et l’inquiétude que suscite aujourd’hui le fait religieux.



Depuis novembre 2014, des cafés réunissant des personnes de convictions religieuses différentes s’organisent dans plusieurs villes en France, portés par l’entreprise sociale Kawaa et le fonds de dotation Grandir Ensemble. Ils permettent à des individus qui ne se connaissent pas de se rencontrer autour d’un verre et de parler librement de leurs convictions religieuses.

 

Il est 19 heures à Paris. Au café l’Apostrophe dans le Xe arrondissement, la petite salle à l’arrière est déjà comble. Et surtout, à la dizaine de tables occupées, ça discute sec : « Je suis née dans une famille catholique, mais aujourd’hui je préfère me dire agnostique », raconte Marine à sa binôme Atiqa, jeune musulmane qui lui demande alors le sens de ce terme.

 

« Vous êtes sûr qu’il y a toujours eu des religions ? », s’interroge Hakima, jeune musulmane elle aussi, assise en face de Louis, sexagénaire de culture chrétienne, à une autre table. Un peu plus loin, Raphaël et Nesrine discutent islam et paix.

 

Désamorcer les tensions autour du fait religieux

 

Les sujets abordés sont pour le moins inattendus. Mais ils sont habituels dans le cadre des cafés « inter-convictionnels » Kawaa Grandir Ensemble, une initiative née en novembre 2014 pour « aller à la rencontre de quelqu’un qui a des convictions différentes », au nom d’une « laïcité apaisée ».

 

« C’est tellement rare d’aborder ce sujet sereinement en France », relève Marie, de culture chrétienne, l’une des seize participants de ce soir. L’ambition de ces rencontres est de désamorcer les tensions et l’inquiétude que suscite aujourd’hui le fait religieux.

 

Parler uniquement en son nom

 

« On a besoin d’un cadre bienveillant, surtout après les attentats de 2015 », explique Marine Quenin, déléguée générale de Grandir Ensemble, un fonds de dotation porteur du projet. Le format du Kawaa requiert l’application de règles simples telles que l’emploi de la première personne du singulier « je » – pour que chacun parle en son nom – et l’absence de prosélytisme dans les échanges.

 

Au début, chaque participant coche sur un petit papier s’il est « plutôt » agnostique, athée, bouddhiste, chrétien, juif, musulman ou autre. Les binômes sont ensuite constitués par les organisateurs et la rencontre peut commencer. Un speed-dating religieux ? Pas vraiment car priorité est donnée à la profondeur des échanges et l’on ne change pas de partenaire. Une heure après, les participants souriants se lèvent et quittent leur table ; certains prolongent la rencontre autour d’un second verre.

 

Des Kawaas dans toute la France

 

Vingt-sept Kawaa plus tard et des retours très positifs, les organisateurs sont optimistes : « D’ici deux ans, nous espérons que plusieurs milliers de personnes auront pris le temps d’aller au moins une fois à la rencontre de l’autre », ambitionne Émilie Lepoivre, coordinatrice du projet pour Grandir Ensemble.

 

En effet, leur rêve est de répandre le modèle des Kawaa inter-convictionnels sur tout le territoire et qu’il soit aussi repris par d’autres organisations : à ce titre, « deux cafés sont organisés par Coexister en Seine-Saint-Denis, à Sevran et à Drancy », expose Radia Bakkouch, présidente de cette association qui milite pour le dialogue interreligieux auprès des jeunes. Pour le seul mois de janvier 2016, des Kawaa sont déjà prévus dans une dizaine de villes en France.

 

 

 

Claire Bastier

© Source : La Croix. 14 janvier 2016

Crédit photo : L’ambition de ces rencontres au café est de désamorcer les tensions et l’inquiétude que suscite aujourd’hui le fait religieux. ©grandir ensemble