02/12/2010

Douce nuit




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Histoire de Noël à partir de trois faits réels.

 

 

– « Non, inutile d’insister, t’iras pas dans l’église de ce curé même pour voir tes copains jouer la Noël. Va vite te coucher et demain tu auras, je te l’dis, une sacrée surprise dans tes souliers… et puis nous irons tous les deux au resto. Comme des bourges… Nous ferons la fête, t’inquièt’. …! Allez fais pas la gueule et viens m’embrasser. »

 

Les larmes aux yeux, Clément embrassa son père et monta dans sa chambre.

 

La nuit de Noël, c’est la fête et les six copains de sa classe, plus ceux d’autres sections qui vont aussi au caté, ont préparé une pièce pour avant la messe. Il aurait bien voulu voir la petite Laura, huit ans comme lui, sa préférée, habillée tout de blanc et d’or – en ange ! Avec ses beaux cheveux dénoués…

 

Lui, son père, lui a interdit le caté. C’est vrai, il avait bien accepté de rencontrer le vieux prêtre venant de temps à autre dans ce petit village perdu dans la vallée… mais ça c’était mal passé !

 

Le père avait trop bu et n’arrivait pas à s’exprimer clairement. Il mélangeait tout avec beaucoup de hargne : les blessures de sa vie, ses méfiances face à la religion catholique et la demande du petit. Le vieux prêtre entendait mal et, se croyant agressé, avait fini par l’envoyer promener tandis qu’une paroissienne avait pris tout le monde à témoin pour commenter :

– « Comment se fait-il qu’à pareil ivrogne, on laisse son enfant ? »

 

Clément avait tiré son père par la manche pour l’éloigner et éviter tout pugilat ! Mais quelle honte il avait ressenti !

 

Son père avait brandi le poing : – « Jamais, tu m’entends, jamais tu n’iras avec ces gens là ! »

 

Clément n’arrivait pas à trouver le sommeil. Les cloches de l’église se mirent à sonner à toute volée pour annoncer le début des festivités : L’avant messe avec la pièce de Noël !

 

Après s’être tourné plusieurs fois dans son lit, Clément se décide à se rhabiller, à quitter doucement la maisonnette.

 

Une chance ! Son père suit un film à la télé et la porte de sa chambre est alors fermée… Il parcourt vivement le kilomètre et demi le séparant de l’église, son chemin habituel pour se rendre à l’école. Il a neigé durant l’après-midi et les bottes de Clément laissent deux jolies petites traces sur la route.

 

La place du village brille de toutes les lumières des guirlandes accrochées à profusion et un grand sapin orné de fleurs en papier crépon semble lui dire : « Je t’accueille, petit ! »

 

– « Enfin, me voici arrivé ! Ah oui, mais personne ne doit me voir ! La porte d’entrée est refermée… Attention ! Quel bruit elle fait celle-là quand on la pousse ! « 

Clément pense alors à la porte de la sacristie ouverte pendant les offices… « Du coin de cette pièce, je verrai tout sans être vu ! »

 

Et voici Clément qui se faufile sans bruit dans la demi-obscurité de la sacristie et peut enfin admirer sa petite amie Laura qui déploie deux petites ailes derrière une maman tenant un poupon sur ses genoux.

 

– « Ah oui, c’est Anaïs ! Elle « fait » Marie ; ils en ont assez parlé devant moi ! Comme ils sont beaux tous mes copains et tellement sérieux, on se dirait avec des pros. Mais c’est bien Laura la plus belle ! Belle comme une colombe ! »

 

Clément est tout au jeu des acteurs et, dans sa tête, les cantiques de Noël font une ribambelle joyeuse. Tout à coup c’est le silence. Monsieur le curé invite les enfants à aller se changer dans la sacristie.

 

Affolé, Clément cherche des yeux une cachette. Une grande malle en osier est ouverte. Sans plus réfléchir, il plonge dedans. Avec la trépidation, le lourd couvercle se referme. Clément entend vaguement la rumeur des enfants qui vont et viennent puis plus rien.

 

Il se décide alors à sortir de sa cachette. Impossible de soulever le couvercle ! Clément s’affole et pousse, pousse avec son dos, avec ses pieds… En vain ! Il s’allonge au fond de cette malle capitonnée de toile rêche, pleurniche longuement et s’endort anéanti de fatigue.

 

La messe solennelle a commencé quand la porte du fond de l’église grince sur ses gonds. C’est le père de Clément qui s’avance. Ses yeux parcourent l’assistance, scrutent coins et recoins. Les gens sont étonnés de son manège. Un paroissien lui demande : « Avez-vous un souci ? »

 

– « Certes, répond-t-il, mon Clément a quitté la maison et je pense bien qu’il est ici. »

– « Je vais regarder avec vous. »

 

Les deux hommes ne trouvent l’enfant ni dans l’assistance, ni parmi les jeunes assemblés dans le chœur ni à la tribune.

 

Le paroissien demande au père visiblement inquiet : « Où votre enfant aurait-il pu aller en dehors de l’église ? »

 

– « Vraiment, je ne sais pas. Je lui avais interdit de sortir et depuis une heure, il a tellement neigé que je n’ai trouvé que l’empreinte de ses deux premiers pas devant notre porte. En plus ça ventile fort dehors… »

– « Vrai, s’il a neigé comme vous le dites, je vais dire à notre curé de faire court sinon ceux des fermes éloignés auront bien du mal à rentrer chez eux. Et puis je vais lui parler de Clément… Des fois qu’il obtiendrait un renseignement de ses copains. »

 – « Ah ! Merci, merci ! »

 

Bien que gêné de perturber le cours de la messe, le paroissien tient à parler au célébrant. Qu’une nuit de Noël, un parent soit dans l’inquiétude émeut bien plus le vieux prêtre que la chape neigeuse qui va rendre bien hypothétique son retour au presbytère distant de quinze kilomètres ! 

 

Il prend le micro et dit : « Le père de Clément recherche son fils et je vous demande, chers amis, de nous aider à imaginer où il a pu aller par cette nuit froide puisqu’il ne semble pas être dans l’église ? Si un de ses copains sait quelque chose qu’il le dise sans crainte. Comment pourrait-on quitter l’église tout à la joie et à la paix de ces instants partagés si l’un des habitants est dans l’angoisse ? »

 

 Chacun se regarde, s’interroge mais personne n’a la réponse à ce mystère.

 

Monsieur le curé hâte le mouvement de communion et la chorale abrège le chant Douce nuit, Sainte nuit. Après avoir béni l’assemblée, le prêtre s’empresse de déposer ses vêtements sacerdotaux à la sacristie et le père de Clément lui emboîte le pas.

 

 Une femme s’approche

– « Monsieur le curé, je reviens avec mon chien loup, il aura bien vite fait de le flairer le Clément ! »

 

Et se tournant vers le père :

« Vous aurez bien quelque chose appartenant à votre fils à lui faire flairer ? »

 

 Un homme intervient :

– « Venez, j’ai garé mon 4×4 devant l’église, on va passer chez vous chercher le pyjama qu’il a quitté il y a peu et puis une couverture pour le réchauffer dés fois que ! » Il n’ose terminer sa phrase tant il a peur que l’enfant ait glissé, se soit assommé et que la neige ne l’ait ensevelit. Cela rappelle bien des drames de leur montagne !

 

 Le père a reconnu la femme. C’est celle qui avait parlé de lui retirer son fils… et maintenant elle vient à son secours…

– « Allons chercher des thermos de boissons chaudes, disent quelques femmes. L’attente sera moins pénible et les enfants commencent à tomber de sommeil. »

 

 

La messe étant dite, les cloches sonnent à nouveau mais elles ne réveillent pas Clément au fond de sa malle dans la sacristie aux épais murs de pierre qui, de plus, a une lourde porte en bois. Elle a été si rapidement poussée pour courir à la recherche de l’enfant !

 

Quand le chien loup eut flairé le pyjama, il se mit à humer la porte de l’église puis à tourner à flairer de ci de là. Tous l’observent, silencieux et attentifs. La petite Laura pleure, cachée bien au chaud sous la lourde cape de sa maman. Elle est si fatiguée et si inquiète pour son petit copain Clément !

 

Tout à coup le chien court vers la porte de la sacristie et aboie furieusement.

 

Tous se précipitent. Monsieur le curé commence à chercher la grosse clef… Inutile ! La porte est juste poussée ! Il ne fait d’ailleurs pas chaud dans la pièce où le chien jappe près de la malle !

 

Le père de Clément ouvre le fermoir. En s’enclenchant, celui-ci avait retenu le couvercle. Il trouve son petit garçon qui, ainsi arraché de ses rêves, ouvre péniblement les yeux !

 

Alors un grand gaillard entonne Il est né le divin enfant… et tout le monde de rire et d’applaudir.

 

Le père est décontenancé. Comment son fils a-t-il pu se trouver fermé dans cette malle ? Il est sur le point de s’en prendre au curé… mais Laura, toute ragaillardie, s’exclame : « Qu’est-ce que tu fais dans le coffre aux santons ? »

 

Le curé lui répond : « Je suis sur que Clément a voulu vous regarder jouer et, comme il avait désobéi à son papa, il s’est caché lorsque vous êtes venus vous changer. Pas vrai, garçon ? » Et il ajoute  avec un beau sourire : « Heureusement que le chien t’a découvert car je te préfère en vrai qu’en santon ! »

 

Clément baisse piteusement la tête et opine. Il songe à la fessée bien méritée, somme toute, que son père risque de lui donner sous peu.

 

Mais ce dernier a ressenti une telle joie de retrouver son enfant, son petit compagnon de tant d’infortunes qu’il s’étonne lui-même de se sentir si calme. Il ne sait que regarder Clément comme s’il le voyait pour la première fois !

 

Très vite, l’homme au 4×4 déclare :

– « Ne restons pas là à nous geler. Monsieur le curé et, vous, père de Clément dont je ne sais le nom, et, toi, petit, venez tous vous réchauffer à la maison. La famille nous attend et, en nous serrant bien, nous tiendrons tous dans la voiture ! Je vous reconduirai après un léger réveillon. Acceptez, cela nous fera plaisir ! »

 

– « Clément, c’est grâce à la dame et à son chien que nous t’avons découvert, viens la remercier », dit le père. La femme se penche et embrasse l’enfant puis tend la main à son père. « Je suis vraiment contente qu’il vous soit rendu. Cela aurait été un bien triste Noël pour le village de ne pas le retrouver en bonne santé. »

 

Un peu plus tard, avant de repartir, le prêtre déclare au père de Clément : – « Je suis heureux que cette nuit de Noël nous ait permis de nous reparler. Je me souviens de notre unique rencontre qui s’était bien mal passée et j’en étais resté triste et pas fier, vous savez !… Mais…, dites-moi qu’est-ce qui vous avez incité à vouloir inscrire votre fils au caté alors que vous déclariez en même temps que nous étions pour, ainsi dire, tous des pourris ?… »

 

Le père hésite puis se confie à voix retenue ;

– « Quand ma femme nous a laissés, Clément et moi, j’étais chômeur depuis un an. Le seul qui m’a remonté le moral, c’est un curé, un prêtre ouvrier qui vivait comme nous dans la tour, en banlieue parisienne. Déjà, il m’emmenait courir pour que je ne sois pas au café ! Et puis, il m’a incité à accepter cette place à la fromagerie. Mieux valait quitter la cité et ses mauvais souvenirs ! Il m’a avancé un peu d’argent pour que je fasse réparer ma bagnole. Sinon je n’aurais pas pu emporter les affaires dans ce bled ni aller au travail. C’est perdu ici. On ne connaît personne ! Après le travail, j’me sens seul… alors la bouteille… Faut comprendre ! »

 

Le vieux prêtre lui dit alors :

– « La solitude, oui, je crois qu’un curé de campagne peut aussi savoir ce que c’est. Merci de m’avoir parlé. Je vous souhaite de passer avec Clément un bon 25 décembre et, caté ou pas caté, je serais vraiment content de vous rencontrer à nouveau, ici ou à la cure. Douce fin de nuit à tous les deux ! Joyeux Noël, Clément ! »

 

 

 

Marie- France Faure

Noël 2005

 

 

 

Conte de Paix pour tous les âges

 

Thème de l’histoire :

La paix est toujours à bâtir en famille et dans un village – Les incompréhensions – Les jugements hâtifs – La solidarité dans l’épreuve.

 

3 faits réels :

– Histoire de la malle d’après un témoignage raconté par une Auvergnate

– L’incompréhension dégénérant en dispute entre un prêtre âgé, curé de campagne et un père de famille venant d’ailleurs et ne tenant pas des propos « classiques »

– L’aide d’un prêtre ouvrier pour tenir le coup dans l’épreuve du divorce et du chômage.

 

 

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