27/4/2012

En Inde et au Pakistan, cirer des chaussures pour favoriser l’harmonie


Suite à l’assassinat d’un homme sikh par les talibans en 2010, le conseiller juridique du Pakistan, Khurshid Ahmad Khan, de religion musulmane, a entrepris de cirer les chaussures des adeptes dans des temples sikhs, les Gurdwaras. Le journaliste pakistanais Sabur Ali Sayyid examine cet exemple et considère ce qui peut être mis en œuvre en Inde et au Pakistan pour favoriser l’inclusion de toutes les religions. Khurshid Kahn souhaite ainsi soulager sa conscience du poids que représentent les problèmes auxquels font face les minorités dans la région.



Islamabad – Courbé sur le sol du Gurdwara Sis Ganj de New Delhi, Khurshid Ahmad Khan, le conseiller juridique du Pakistan, cire avec ferveur les chaussures d’adeptes qui affluent avec joie, ou encore avec stupéfaction. En cirant des chaussures, il tente d’expier le meurtre brutal d’un homme sikh par les talibans, il y a deux ans, au Pakistan. Il souhaite ainsi soulager sa conscience du poids que représentent les problèmes auxquels font face les minorités dans la région. M. Khan estime que ces dernières méritent une vie meilleure, libre de toute pression et de toute intimidation.

 

La philosophie rédemptrice de Khan suscite sans doute le désaccord chez certains. Lors de sa visite en Inde, l’homme politique – de religion musulmane – s’est rendu dans des lieux de culte sikhs et dans les temples hindous pour cirer les chaussures des adeptes, afin de témoigner son respect envers l’humanité et les autres religions.

 

Nulle ne peut contredire que l’harmonie interethnique en Asie est déplorable, et particulièrement en Inde et au Pakistan, où chaque année le nombre de personnes tuées au nom de la religion augmente. Aucun progrès majeur n’aura lieu dans ce domaine s’il n’est pas soutenu par des efforts déployés sur plusieurs fronts.

 

C’est en Asie que sont nés l’hindouisme et le sikhisme. La région a accueilli musulmans et chrétiens, mais aussi d’autres croyances, telles que le jaïnisme, le taoïsme et le shintoïsme. La cohabitation dans la paix de ces fois et croyances a été la caractéristique de la région, et malgré des moments difficiles, cette tradition fait partie de son histoire.

 

Le pacte de Liaquat-Nehru de 1950, par lequel l’Inde et le Pakistan s’engagent à prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection des minorités, est un exemple de cette tradition.

 

Malheureusement, ce pacte est parfois ignoré.

 

Afin de garantir l’harmonie entre communautés, des partenaires-clés en Inde et au Pakistan, dont des membres des médias et de la société civile, doivent faire pression auprès de leur gouvernement, afin d’assurer un environnement sûr et participatif à tous ses citoyens. Il existe également d’autres moyens pour que les deux pays mettent fin à la marginalisation des communautés les plus vulnérables. Par exemple, plutôt que de relever exclusivement les conflits et les confrontations, on pourrait enseigner aux élèves à repérer les points communs entre les religions.

 

En examinant de près ce qu’enseignent les religions de la région, il est évident que ce sont l’amour et la paix qui sont mis en avant. Le prophète de l’islam (que la paix soit avec lui) a toujours mis l’accent sur la protection des droits des minorités ; les enseignements de Jésus, Buddha et les vénérables saints sikhs Bhagat Kabir et Guru Nanak, incitent tous à l’amour et à la paix. Ces faits devraient être rappelées à chaque occasion.

 

De plus, les fêtes religieuses des minorités devraient compter parmi les jours fériés officiels et être considérées comme un atout pour la beauté et la diversité de la culture nationale.

 

Enfin, les militants à l’intérieur du système juridique n’ont pas accordé suffisamment d’attention au statut des minorités, autant en Inde qu’au Pakistan. Les juridictions tardent à administrer la justice, même dans des cas graves. Par exemple, en Inde, les personnes accusées de la destruction de la mosquée Babri en 1992, et celles accusées de la mort de centaines de musulmans dans les émeutes de Gujarat en 2002, n’ont pas encore été traduites en justice.

 

La situation n’en est pas moins décevante au Pakistan. Plus de trois ans se sont écoulés depuis le pillage d’une colonie chrétienne dans le village punjabi de Gojra. La bande avait attaqué une communauté chrétienne en lui reprochant la profanation du Coran. Les faits ont eu lieu en 2009 et les accusés n’ont pas encore été jugés. Un processus formel qui montre le respect du droit et un système juridique qui fonctionne peut contribuer considérablement à dissuader celui qui s’en prend à l’harmonie entre communautés.

 

Espérons que le message fort de M. Khan ne passe pas inaperçu – et qu’il inspire les mesures nécessaires dans la région.

 

 

 

Sabur Ali Sayyid

 

 

 

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Sabur Ali Sayyid est journaliste, établi à Islamabad. Ses écrits portent sur les droits humains, les femmes et les relations entre l’Inde et le Pakistan, en prêtant une attention particulière au Cachemire. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 27 avril 2012, www.commongroundnews.org.

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