10/5/2012

En Inde, protestants et orthodoxes contre le système des castes


Les étudiants en théologie protestants et orthodoxes réunis à Bangalore pour un colloque œcuménique de quatre jours ont lancé un appel à l’abolition définitive des pratiques et comportements liés au système des castes. Réunis du 5 au 8 mai 2012 dans la capitale du Karnataka, sur le thème « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix », quelque 125 étudiants ainsi que les représentants de différentes Eglises protestantes et orthodoxes ont déclaré dans leurs conclusions de clôture que la lutte contre le castéisme devait devenir leur priorité…



Les étudiants en théologie protestants et orthodoxes réunis à Bangalore pour un colloque œcuménique de quatre jours ont lancé un appel à l’abolition définitive des pratiques et comportements liés au système des castes.

 

Réunis du 5 au 8 mai dernier dans la capitale du Karnataka, sur le thème « Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix », quelque 125 étudiants venus de 37 instituts théologiques ainsi que les représentants de différentes Eglises protestantes et orthodoxes ont déclaré dans leurs conclusions de clôture que la lutte contre le castéisme devait devenir leur priorité, rapporte ce 10 mai l’agence Ucanews.

 

« Les études théologiques sont bien plus qu’un simple diplôme pour acquérir une fonction ou obtenir un travail dans les institutions d’Eglises. Elles devraient être un temps de conversion pour vivre en solidarité avec les pauvres et les opprimés », ont expliqué les participants.

 

Ces journées de réfléxion avaient été organisées par le Board of Theological Education of the Senate of Serampore (BTESS), représentation académique de la faculté de théologie du Serampore College, première institution en Inde à avoir obtenu le statut d’université (1).

 

Convaincus que la théologie ne concerne pas seulement l’Eglise mais « la société au sens large », les participants au colloque se sont engagés à devenir « des artisans de paix » et des « acteurs du changement », prêts à lutter aux côtés des militants des différentes religions ainsi que des mouvements politiques pour « une société meilleure et plus juste ».

 

Etudiants, militants des droits de l’homme et théologiens ont appelé ensuite toutes les Eglises de l’Inde à refuser le castéisme et ses pratiques discriminatoires et à participer « au combat des dalits et des opprimés pour l’égalité et la justice », en y voyant « l’application des préceptes évangéliques ». L’esprit de caste doit être éradiqué, ont-ils déclaré, aussi bien au sein de la société indienne que dans les communautés chrétiennes où il perdure également.

 

La proportion des dalits parmi les 25 millions de chrétiens en Inde est évaluée aujourd’hui à près de 70 %, un chiffre sous-évalué au regard du nombre de chrétiens dalits qui se déclareraient officiellement hindous, craignant d’être persécutés ou de perdre leur statut de Scheduled Castes (SC).

 

Bien que la Constitution indienne, promulguée en 1950, ait interdit toute discrimination fondée sur la caste et aboli l’intouchabilité (le système des castes n’a pas été officiellement supprimé mais seulement considéré comme ‘non existant’), les dalits continuent de se heurter à des pratiques discriminatoires toujours fortement ancrées dans la société indienne, lesquelles les maintiennent dans « la pauvreté, l’analphabétisme et l’injustice sociale ».

 

La déclaration des participants au colloque reprend dans ses grandes lignes le discours d’ouverture de la session prononcé par Isaac Mar Philoxenos, prélat de l’Eglise syro-malankare Mar Thoma (2). « Là où la vie est niée, Dieu est nié, et la justice et la paix aussi sont niées », a ainsi déclaré l’évêque des diocèses de Chennai-Bangalore et de Kunnamkulam-Malabar, avant de proposer d’illustrer son propos par un parallèle entre la lutte pour la justice sociale et « l’appartenance au Christ »

 

Connu pour son engagement de longue date dans la cause des dalits, Isaac Mar Philoxenos n’a pas manqué de rappeler, en tant que membre du Conseil exécutif du Senate of Seramporee College, les principes fondateurs de la célèbre faculté de théologie, qui dès sa création s’était fixé pour objectif de « donner une éducation aux élèves de toute caste, race ou nationalité » sans discrimination aucune.

 

Encore aujourd’hui, dans le respect de cet esprit oecuménique qui a présidé à sa fondation, le Serampore College comprend  toujours dans son comité directeur des responsables de différentes dénominations chrétiennes protestantes et orthodoxes. Composé de membres de l’Eglise du Nord de l’Inde (CNI), de l’Eglise Mar Thoma, de l’Eglise du Sud de l’Inde (CSI), de l’Eglise orthodoxe, mais aussi des communautés baptistes, luthériennes, méthodistes et presbytériennes, le comité de l’université de théologie de Serampore est actuellement sous la direction de Mgr John S . Sadananda, évêque au Karnataka pour la CSI.

 

 

 

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Notes

 

(1) Le Serampore College a été fondé en 1818 dans un comptoir danois situé à quelques km de Calcutta, par trois missionnaires baptistes anglais. Surnommé « l’Oxford du Bengale », pour la qualité de son enseignement en théologie et  langues orientales, il devient, en 1827, le premier établissement de l’Inde à recevoir le statut d’université. L’institution est aujourd’hui formée d’un ensemble de facultés de sciences, arts et commerce, le Serampore College, affilié à l’Université de Calcutta, ainsi que du Senate of Serampore College (University), bénéficiant du statut universitaire pour sa section théologique et administrant les académies de la cinquantaine d’instituts de théologie qui lui sont affiliés, dans toute l’Inde mais aussi au Népal, au Bangladesh et au Sri Lanka. Les diplômes que la Faculté de théologie du Serampore College est habilitée à délivrer selon la Charte de 1827 conférée par le roi du Danemark, sont requis pour l’ordination sacerdotale ainsi que pour différents ministères de la plupart des Eglises protestantes.

 

(2) L’Eglise malankare Mar Thoma de rite syriaque est l’une des Eglises orientales nées, selon la tradition, de la première évangélisation de l’Inde méridionale par saint Thomas l’Apôtre. Incorporée aujourd’hui à la communion anglicane, elle est membre du Conseil oecuménique des Eglises et a intégré en 2004 la « communion des Eglises en Inde » avec deux autres dénominations protestantes, l’Eglise du Sud de l’Inde (CSI) et l’Eglise du Nord de l’Inde (CNI). Son actuel métropolite est Joseph Mar Thoma, qui réside à Tiruvalla, au Kerala.

 

 

 

 © Source : http://eglasie.mepasie.org/ – 10 mai 2012