15/5/2017

EN MAI FAIS CE QU’IL TE PLAIT !


Au sortir de l’hiver l’adage en avril ne ne te découvre pas d’un fil appelle à la prudence face aux derniers assauts du froid et des giboulées. Puis, en mai fais ce qu’il te plaît lance, au-delà du choix de vêtements plus légers, une invitation printanière à la liberté et au plaisir à cause au moins de la météo devenant plus clémente car sous d’autres cieux, personnels, locaux, nationaux, internationaux …



Au sortir de l’hiver l’adage en avril ne ne te découvre pas d’un fil appelle à la prudence face aux derniers assauts du froid et des giboulées. Puis, en mai fais ce qu’il te plaît lance, au-delà du choix de vêtements plus légers, une invitation printanière à la liberté et au plaisir à cause au moins de la météo devenant plus clémente car sous d’autres cieux, personnels, locaux, nationaux, internationaux … les printemps sont parfois traversés de frimas et de tempêtes qui mettent à mal  l’espoir et de rêves de plaisirs à chercher et à cueillir, au milieu de tant de déplaisirs.

Occasion d’observer que plaisir et bonheur ne jouent pas toujours dans la même cour ? Une romance populaire à succès considère le premier comme bienfait éphémère[1]. Le second traverse la superficie  des émotions agréables pour s’enraciner plus profond. Ainsi le bonheur d’un moment d’amitié s’avère-t-il d’une tout autre nature que celle du plaisir d’une plaisanterie !

Le plaisir a parfois même mauvaise presse. Des traditions éducatives, férues de rigorisme, parfois religieux et aux relents jansénistes, vouent ainsi le plaisir aux gémonies : il est suspect de corrompre  les vertus liées à l’impératif du devoir à accomplir quoi qu’il en coûte. Prendre du plaisir, prendre son pied … deviennent des expressions tout à fait incongrues. Elles sentent même le soufre. Fénelon pensait-il ainsi en écrivant : On ne doit proposer à la jeunesse d’autre plaisir que celui d’être invincible par la vertu ? Le propos n’est pas obligatoirement austère si vertu désigne la volonté d’un authentique accomplissement de soi. Le plaisir vient alors avec le progrès de cette entreprise. Et rien à voir dans ce cas avec le plaisir hypocrite de s’afficher vertueux aux yeux du monde ! Reste que la pression culturelle d’un regard moral négatif sur le plaisir soit telle que le slogan c’est si bon que c’est presque un péché[2] a pu sans complexe tenir l’affiche. Le jugement n’est d’ailleurs pas tout à fait mensonger s’il s’élargit aux plaisirs malsains d’autres drogues mais aussi à ceux de la paranoïa, de la vengeance et du mensonge, de la vindicte et du sadisme qui dégradent ceux qui s’y complaisent. A moins que, à l’exemple de Cyrano déclarant Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse[3], il s’agisse de noblesse et de grandeur devant les petitesses et la lâcheté.

La référence au plaisir appelle par conséquent de nécessaires précisions. Entre autres le  discernement entre plaisirs et besoins. Ces derniers ressortissent de nécessités premières, parfois vitales. Le besoin de se nourrir pouvant certes s’accompagner du plaisir de déguster un plat savoureux. Celui de se soigner peut par contre exiger la prise de médicaments désagréables. La cuillère à soupe quotidienne d’huile de foie de morue, évoque pour les moins jeunes de vifs souvenirs de … déplaisir ! On sait par ailleurs les possibles dégâts psychologiques d’une éducation fondée sur l’injonction récurrente d’un fais-moi (fais-nous) plaisir !. Elle peut façonner des personnalités dévouées, généreuses mais poussées à de dommageables dévalorisations de soi.

Et si le plaisir se qualifiait en rapport avec la finalité dans laquelle il s’inscrit ? Accueillir le plaisir, d’être bien dans sa peau, de soigner son corps, de cultiver son esprit comme des dons reçus avec celui de la vie. Plaisir d’apprendre, de progresser dans la recherche de la vérité. Plaisirs esthétiques à la vue d’un tableau, à l’écoute d’un concert, d’un poème, d’un spectacle …. Plaisir de donner et de recevoir, d’aimer, de contribuer à la réussite des autres vécue comme l’expérience épanouissante d’une fécondité humaine tant il est vrai selon l’adage que, plaisir non partagé n’est plaisir qu’à moitié. Et finalement agréable cueillette des petits plaisirs qui éclairent la vie comme de modestes fleurs dans la verdure des prés.

Plaisirs printaniers du 8 mai marqués de victoires, militaires au siècle dernier, politiques aujourd’hui, mais relevées au sel de lendemains difficiles, avec des douleurs d’enfantement à affronter pour qu’adviennent de véritables bonheur.

Père Michel Dagras

[1]          Plaisir d’amour ne dure qu’un moment … (Air connu. Chanson du 18°s.)

[2]          Publicité de cigarettes.

[3]          Edmond Rostand Cyrano de Bergerac.