12/10/2012

En Palestine, redonner du souffle au pays par la non-violence


Après que les problèmes économiques ont conduit aux manifestations contre l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et à Gaza, certains ont réclamé le démantèlement de l’Autorité palestinienne. Le journaliste palestinien Dawoud Abu Lebdeh suggère, quant à lui, qu’elle canalise son énergie dans une nouvelle direction : la non-violence. « Nous avons les moyens nécessaires pour soutenir un mouvement de protestation non violent afin de montrer au monde entier que nous méritons un Etat à nous, indépendant et démocratique… »



Jérusalem-Est – Le mois dernier, d’importantes manifestations ont eu lieu dans les grandes villes de Cisjordanie. Dans certains endroits, les manifestations ont dégénéré, entraînant la destruction de biens publics montrant des signes d’anarchie. Ailleurs, les manifestants étaient calmes et rassemblés. Qu’elles soient pacifiques ou non, les différentes manifestations déplorent la politique économique du Premier ministre Salam Fayyad, récemment mise en évidence après la hausse des prix sur les principaux articles de consommation tels que le carburant et la farine.

 

Ces protestations posent la question de savoir si l’Autorité palestinienne (AP) est encore capable de diriger le peuple palestinien.

 

Il est clair que l’AP a atteint un stade où, pour survivre et être efficace, elle doit repenser la stratégie qu’elle a employée jusqu’à ce jour. Cela fait 19 ans que les Accords d’Oslo, l’accord de 1993 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui a préparé les conditions pour le gouvernement autonome en Cisjordanie et à Gaza, a été signé. Pourtant, nous, Palestiniens, n’avons pas notre propre Etat indépendant. Il est peut-être temps que l’AP envisage d’abandonner ces accords et de les remplacer par une politique officielle d’action non-violente contre l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza.

 

Les récentes manifestations qui ont eu lieu en Cisjordanie sont l’occasion pour l’AP de reconstruire sa crédibilité auprès du peuple palestinien. Ce manque de crédibilité était manifeste à Nablus et Hebron où les manifestants ont réclamé avec force la démission du président Mahmoud Abbas et du Premier ministre Fayyad et le démantèlement de l’AP. A Ramallah, en revanche, des manifestants demandent la révision des pratiques politiques et économiques de l’AP.

 

J’ai participé à une marche pacifique organisée par le Parlement palestinien des jeunes à Ramallah. Notre message politique était complexe. Pour les membres du Parlement des jeunes, l’AP n’est pas seule responsable des problèmes économiques actuels. Il y a aussi l’occupation israélienne. Les manifestants ont réclamé l’annulation des Accords d’Oslo et en particulier le Protocole de Paris qui définit les conditions des relations économiques actuelles entre Israël et l’AP. Publié en tant qu’annexe des Accords d’Oslo, il octroie à Israël le contrôle sur le commerce extérieur des Palestiniens ainsi que le recouvrement des impôts.

 

Aujourd’hui, les Palestiniens sont encore sous occupation et continuent de compter sur le soutien des pays donateurs en Occident et de plusieurs pays arabes pour payer les salaires mensuels. Si les pays donateurs décidaient de baisser ou de refuser leurs dons, l’économie palestinienne risquerait de s’effondrer. D’une manière globale, l’AP a été réduite au mécanisme qui paye des salaires à ses employés et gère des services de base dans les villes palestiniennes et sous son contrôle.

 

Il ne s’agit pas du bel avenir que nous envisagions en soutenant la création de l’AP il y a près de vingt ans. Le développement des institutions d’un Etat n’aurait pas dû être le résultat d’années d’efforts. Aujourd’hui, l’AP est à un carrefour. Soit, elle reconnaît qu’elle n’est pas parvenue à obtenir l’indépendance sur la base d’une solution à deux Etats avec Israël et se trouve détruite, soit elle change sa manière de pensée et son énergie.

 

Pour moi, l’AP n’est pas sur le point de s’éteindre. Elle peut encore changer la donne. Elle devrait poursuivre le projet d’édification de l’Etat commencé en 2006 mais, dans le même temps, elle devrait mener une résistance non-violente à l’Occupation en guise de politique officielle.

 

Jusqu’à hier, le mouvement non-violent en Palestine était par nature sporadique – tantôt une campagne du haut vers le bas, tantôt un gonflement de la base. Il est temps pour l’AP d’accepter la lutte non-violente comme moyen officiel de mettre la pression sur Israël pour convenir d’une solution à deux Etats basée sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme sa capitale.

 

Par exemple, l’AP, avec l’aide de l’OLP, pourrait organiser des actions de désobéissance civile de masse à l’encontre de l’occupation israélienne. Avec un million d’employés, il n’apparaîtra pas difficile à l’AP d’assurer une participation massive dans ces actions.

 

Beaucoup de jeunes, comme moi, pensent que le combat non violent est la seule alternative. Il y a quatre millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza et 77% d’entre eux ont moins de 35 ans. Nous avons les moyens nécessaires pour soutenir un mouvement de protestation non violent afin de montrer au monde entier que nous sommes sérieux et que nous méritons un Etat à nous, indépendant et démocratique.

 

Le peuple palestinien ne devrait pas appeler au démantèlement de l’AP. L’alternative est pire. Laissons l’AP montrer qu’elle écoute la rue et laissons-la jouer le rôle principal dans la lutte non-violente pour l’indépendance.

 

 

 

Dawoud Abu Lebdeh

 

 

 

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Dawoud Abu Lebdeh est un Palestinien qui vit à Jérusalem-Est. Il prépare actuellement une maîtrise en science politique et Etudes du Moyen-Orient à l’université hébraïque de Jérusalem. Il est en outre un des fondateurs du mouvement estudiantin watan. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 12 octobre 2012, http://www.commongroundnews.org/

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