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« GUERRE » ET « PAIX » AU TEMPS DU CORONAVIRUS

Au début de la semaine dernière, autour du 25 mars, le Secrétaire  Général des Nations Unies, M. Antonio Guterres, a lancé un appel solennel à un « cessez-le-feu immédiat et universel dans toutes les contrées du monde. Le moment est venu de placer en confinement les conflits armés et de nous concentrer sur le vrai combat de nos vies ». « La folie du virus illustre la folie de la guerre » a ajouté M. Guterres

 

Car le virus ne connaît ni confins ni sauf-conduits, il se propage à la barbe et au nez des déclarations tonitruantes de celles et ceux qui, pareillement pris de  folie de grandeur, déclarent leurs territoires à l’abri, leurs économies insubmersibles, leurs armées à même de terrasser cet ennemi sans visages.

 

Non, les « terrassés » sont avant tout les pauvres, les millions d’hommes et femmes sans accès aux points d’eau, ou trop éloignés d’un dispensaire pour pouvoir y chercher refuge et soins, enfermés dans les prisons, bloqués sur des plages et des camps de réfugiés qui risquent de se transformer en immenses mouroirs.

 

Faut-il ajouter la guerre, le conflit armé, à ce déluge de malheurs ? Guterres voudrait proclamer une « trêve universelle » un peu comme celle qui s’imposait aux cités de la Grèce antique le temps des jeux olympiques. Et voici, nous sommes privés de Jeux (au Japon), mais plus que jamais nous avons besoin de « trêve ».

 

Aux dernières nouvelles, aucun des belligérants de la planète – et ils sont    nombreux, au Proche Orient, dans le Donbass ukrainien, au Yémen, en Afrique         sub-saharienne… – n’a répondu à M. Guterres pour lui signifier que sa voix avait été entendue, et qu’il serait écouté. Un seul homme, seul face à une place  immensément vide, chef d’un Etat sans armée et guide d’un peuple « de rachetés » à qui la paix a été donnée, à qui le Christ a laissé « sa » paix, a répondu : ce cri-là est le mien aussi, écoutez-le, vous qui avez le pouvoir de commander à « vos » hommes de déposer les armes. Ecoutez-le vous aussi qui avez en toute circonstance le pouvoir de faire la paix.

 

Pour nous chrétiens, qui proclamons chaque dimanche notre fidélité à la promesse du Christ – je vous laisse la paix, je vous donne ma paix – cet appel    résonne comme une salutaire piqûre de vaccin pas celui que nous attendons contre le Covid19, celui dont nous disposons déjà – l’aurions-nous oublié ? – contre l’égoïsme, la « mise au rebut » d’autrui, l’érection de murs visibles et invisibles. Ce vaccin-là existe et il est déjà efficace, il s’appelle fraternité, et il   s’active au contact du pauvre, dans le regard de l’affligé, au son des casseroles ou des mélodies qui le soir venu, nous arrachent à nos pensées mortifères pour nous éveiller à la vie.

 

Le combat pour la paix, en ce temps de « guerre », est celui pour la dignité de tous, les droits de chacun, l’accès aux soins, la sauvegarde d’une planète qui crie son désarroi par la voix des plus petits de ses habitants. Pour que demain, quand ce fléau sera derrière nous, une terre nouvelle et un ciel nouveau      s’ouvrent devant nous, tous.

 

 

©Alfonso Zardi, Délégué général de Pax Christi France

 

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