24/1/2019

Homélie Mgr Stenger Landevennec Marche pour la paix 1er janvier 2019


En ce matin du 1er janvier, pour commencer l’année, nous célébrons Sainte Marie, Mère de Dieu, car c’est elle qui nous a donné l’auteur du Salut qui accompagnera notre route tout au long de cette année. En ce matin du 1er janvier, pour commencer l’année nous avons marché avec le Prince de la Paix pour qu’advienne et s’accroisse la paix dans nos maisons, dans nos familles, dans nos nations, sur notre terre.Chaque Eucharistie, à commencer par celle-ci, est pour nous l’occasion d’accueillir le don de la paix de Dieu qui prend corps en Jésus Ressuscité et d’en faire avec lui notre feuille de route. Au début de cette Eucharistie, nous voulons reconnaître tout ce qui dans nos vies fait obstacle à cette feuille de route.



En ce matin du 1er janvier, pour commencer l’année, nous célébrons Sainte Marie, Mère de Dieu, car c’est elle qui nous a donné l’auteur du Salut qui accompagnera notre route tout au long de cette année. En ce matin du 1er janvier, pour commencer l’année nous avons marché avec le Prince de la Paix pour qu’advienne et s’accroisse la paix dans nos maisons, dans nos familles, dans nos nations, sur notre terre.Chaque Eucharistie, à commencer par celle-ci, est pour nous l’occasion d’accueillir le don de la paix de Dieu qui prend corps en Jésus Ressuscité et d’en faire avec lui notre feuille de route. Au début de cette Eucharistie, nous voulons reconnaître tout ce qui dans nos vies fait obstacle à cette feuille de route.

 

 

« Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! ». Comme elle est belle cette bénédiction que nous offre la liturgie d’aujourd’hui, dans le livre des Nombres que nous venons d’entendre ! C’est le souhait le plus grand, le souhait de l’Eglise pour chacun de nous, déclare le pape François dans son homélie de la messe du 1er janvier 2014, le souhait que nous devrions faire les uns pour les autres.

 

Il est significatif de réécouter ces paroles de bénédiction au commencement d’une année nouvelle. Elles avaient été données par Dieu à Moïse pour son peuple. Elles nous sont offertes pour accompagner notre chemin en ce temps qui s’ouvre devant nous. Ce sont des paroles de force, de courage, d’espérance. Non pas une espérance illusoire fondée sur de fragiles promesses humaines, ni une espérance naïve qui imagine un avenir meilleur seulement parce qu’il est l’avenir. Mais une espérance fondée sur la rencontre du visage de Dieu dans notre histoire humaine.

 

Ce visage où pouvons-nous le rencontrer, lorsque l’horreur sous toutes ses formes le défigure, le cache ? C’est une question qu’on s’est souvent posée dans l’histoire, y compris récente. Je pense à tout ce qui a été dit à propos de Dieu après Auschwitz : un silence, un trou noir, un Dieu sans visage. Mais je pense aussi à ce qu’écrivait dans son carnet le frère Christophe de Tibhirine, qui vient d’être béatifié avec les martyrs d’Algérie, après une retraite où le prédicateur avait parlé de Dieu comme d’un Père sans visage. « Le Père n’est que VISAGE », écrivait-il, VISAGE en lettres majuscules.

 

Dieu n’est que visage, parce qu’il n’est effectivement que don, qu’il ne vit que tourné vers son Fils et vers nous, essentiellement en relation, en face à face. Mais nous devons reconnaître aussi que ce visage reste invisible, jusqu’à ce qu’il devienne visible en Jésus. Rappelons-nous le pape François qui commence sa lettre pour l’année sainte de la Miséricorde par ces mots : « Le visage de la Miséricorde du Père c’est Jésus ». Mais c’est Marie qui nous fait la grâce de donner à Dieu son visage bien visible.

 

Par sa maternité. Une maternité proclamée par l’Ange Gabriel dans le récit de l’Annonciation, confirmée par Elisabeth quand Marie et elle se rencontrent : « Comment se fait-il que la Mère de mon Sauveur vienne jusqu’à moi ? ». Le souhait contenu dans la bénédiction des Nombres s’est réalisé pleinement en Marie, en tant qu’elle a été destinée à devenir la Mère de Dieu et il s’est réalisé en elle avant toute créature.

 

Mère de Dieu, c’est le titre principal et essentiel de la Vierge. Il s’agit d’une qualité, d’un rôle que la foi du peuple chrétien dans sa dévotion pour Marie a perçu depuis toujours. On raconte que pendant le Concile d’Ephèse, au cours duquel fut définie avec autorité la maternité divine de la Vierge, au Vème siècle, les habitants d’Ephèse se rassemblèrent devant la porte de la Basilique où les évêques étaient réunis et ils se mirent à crier : Mère de Dieu. Les fidèles reconnaissaient dans leur cœur qui était Marie. Et ils ont reconnu sa maternité divine avant les théologiens et avant les évêques.

 

Le chemin de foi des chrétiens est de manière indissoluble lié à Marie depuis que Jésus, mourant sur la croix nous l’a donnée pour Mère. La Mère de Dieu en Jésus devient Mère de tous les hommes, de chacun d’entre nous, même de ceux qui sont en train de crucifier son Fils, de tous ceux qui aujourd’hui crucifient son Fils. Cette maternité lourde s’enracine dans la mission qui lui fut confiée de la part du Seigneur de donner au monde le Fils éternel du Père, le Prince de la Paix, et c’est là le signe par excellence du projet de salut de Dieu pour les hommes. Mais cette mission Marie l’a vécue et la vit en pleine solidarité avec nous. Notre itinéraire de foi est le même que celui de Marie ; c’est pourquoi nous la sentons particulièrement proche de nous. Concernant la foi, la Mère de Dieu a partagé notre condition, elle a dû marcher sur les mêmes routes que nous parcourons, parfois difficiles et obscures, elle a dû avancer dans le pèlerinage de la foi. Mais si la foi des disciples, y compris ceux que nous sommes, peut être fissurée par toute sorte de difficultés et d’incertitudes, sa foi à elle n’a jamais faibli. Elle a toujours fait confiance à celui qui élève les humbles.

Et nous les croyants, si à la suite de l’invitation du Christ nous prenions vraiment Marie chez nous et si nous participions vraiment avec elle à cette mission d’engendrement qui est la sienne, nous pourrions nous aussi porter Jésus en nous – faire en sorte qu’il soit désiré et toujours bien accueilli en nous – et ensuite le porter au monde, le mettre au monde, l’offrir à tous : porter Dieu en nous en engendrement spirituel et porter Dieu au monde en fécondité universelle.

 

Il y a va de notre accomplissement personnel et de notre vocation dans l’histoire de l’humanité. Nous avons vocation à devenir VISAGE à notre tour, à refléter le visage du Christ comme une bénédiction pour notre famille, pour notre communauté, pour tous ceux qui sont notre prochain. Bien-sûr au commencement d’une année, nous nous retrouvons face à l’inconnu et les troubles que nous avons connus en sont la marque. Nos prévisions ont fait la preuve de leur fragilité et de leur précarité. Mais ces incertitudes ne doivent pas nous paralyser ni nous décourager. Dieu est amour et il ne veut pas le malheur des hommes. Cette année sera ce que Dieu voudra, mais aussi ce que nous la ferons, dans la confiance et la sérénité, avec un engagement résolu et dans une perspective de véritable espérance.

 

Et nous touchons là du doigt l’enjeu du message du 1er janvier de cette année. Faire de la « bonne politique » au service de la paix, comme nous y invite le pape François, c’est viser ce que Dieu veut pour l’homme, le service de sa dignité, de sa liberté, de son développement et le service du bien commun. La révélation du visage miséricordieux du Père est à ce prix-là.

 

 

+Marc STENGER

Evêque de Troyes, Président de Pax Christi