01/2/2016

Jean Vanier : “Heureux les artisans de paix !”


“Heureux les artisans de paix !” Cette Béatitude a retenti avec une revigorante actualité le 27 janvier 2016 grâce à Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche. Plus de 1.100 personnes étaient venues l’écouter à la grande crypte de Saint-Honoré d’Eylau, à Paris, à l’invitation de l’Office chrétien des personnes handicapées. “Il faut du temps pour aller de la violence à la tendresse. Se désarmer est un chemin d’humilité et c’est un long chemin. Mais la tendresse n’est pas la mièvrerie, c’est une force…”



« Heureux les artisans de paix ! » Cette Béatitude a retenti le 27 janvier 2016 grâce au fondateur des communautés de l’Arche avec une revigorante actualité. Plus de 1.100 personnes étaient venues l’écouter à la grande crypte de Saint-Honoré d’Eylau, à Paris, à l’invitation de l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH). Un message fort de sagesse, de foi et d’espérance. 
 
Le thème de la conférence-rencontre « Aujourd’hui je suis désarmé. De l’accueil de notre vulnérabilité, une espérance peut-elle jaillir ? », choisi bien en amont, a pris, du fait des attentats de 2015, une résonance particulière. Jean Vanier a livré sa propre lecture des événements. « J’ose dire que pour moi le 13 novembre, je l’ai senti comme un appel au niveau de ma foi en Jésus qui est le Prince de la paix…. Un appel pour être chacun de nous un homme, une femme de paix.[…] que Dieu nous donne cette grâce de découvrir le Prince de la paix, ne pas juger, regarder les personnes avec bienveillance, essayer de voir en chacun le mystère de sa personne cachée. Nous sommes tous appelés à être des artisans de paix avec notre vulnérabilité, nos capacités à prier un peu plus pour ceux qui sont dans les difficultés. Être des artisans de paix pour que notre monde devienne un monde qui ait un peu plus d’amour ».
 

À 87 ans, Jean Vanier ne fait partie ni des chrétiens nostalgiques ni des pourfendeurs de la mondialisation. Évoquant son pays d’origine, le Canada, où « les tribus [indiennes] étaient considérées comme des sauvages », ayant « vu dans certains pays la façon dont on traitait les malades mentaux », se souvenant « qu’il n’y a pas si longtemps les personnes homosexuelles étaient emprisonnées », il se réjouit que « la personne soit aujourd’hui importante quelles que soient ses fragilités, sa culture, sa religion, etc. ». Il n’a pas hésité à affirmer : « On commence à pressentir la vision de Dieu et quand Jésus prie « Qu’ils soient un », il y a comme une sorte de vision du Royaume de Dieu. Le monde évolue vers une certaine unité. ».

 

La force de la communauté

 

C’est le propre des prophètes que d’être en phase avec les temps nouveaux. Or Jean Vanier l’a répété tout le long de la soirée : « On entre dans un nouveau monde». Nouveau du fait que « la violence de l’État islamique est peut-être encore plus grande que sous Hitler ou Staline». Nouveau du fait qu’« avec Internet il n’y a plus de frontières». Nouveau en raison « de problèmes auxquelles nos ancêtres n’auraient pas pensé tels que l’euthanasie et la maladie d’Alzheimer, etc. Face à ce monde « qui peut nous inquiéter», Jean Vanier propose « une spiritualité qui m’aide à grandir dans l’amour » et qui, pour lui, « est issue du cœur de Jésus ».

 

Plutôt que de sombrer dans la peur et la surprotection, il invite donc à agir : « Pas forcément faire de grandes choses mais avoir dans le cœur le désir d’aider d’autres à se relever » et « partager ensemble nos pauvretés, nos forces, créer des petits groupes… C’est ça le secret de la communauté chrétienne ! »

 

Citant plusieurs grandes figures spirituelles (François d’Assise, Etty Hillesum, Desmond Tutu, le patriarche Athénagoras…), il a surtout insisté sur le cri du Pape François pour dire « l’importance de créer une culture de la rencontre» et en particulier « en allant rencontrer les gens dans les périphéries ».

 

La force de la tendresse

 

Le fondateur de l’Arche, co-fondateur avec Marie-Hélène Mathieu de « Foi et Lumière », qui a passé sa vie dans les périphéries du monde du handicap a tenu à évoquer une résidente, Pauline, hémiplégique, épileptique, dont le comportement violent s’expliquait par toutes les humiliations subies. À une question posée par la salle sur l’attitude à prendre face au handicap, il a eu cette réponse : « Il faut du temps pour découvrir le mot magique : « J’ai besoin de toi », du temps pour aller de la violence à la tendresse. Se désarmer est un chemin d’humilité et c’est un long chemin. Mais la tendresse n’est pas la mièvrerie, c’est une force ».

 

 

 

Chantal Joly

© Source : Eglise catholique en France. 1er février 2016