25/4/2014

Jean XXIII et Jean-Paul II, Papes du dialogue avec le monde


Deux papes canonisés le 27 avril 2014, deux volontés de dialoguer et s’ouvrir au monde. Jean XXIII, comme Jean-Paul II ont largement influé sur les relations entre l’Église catholique et les autres Églises et religions. Le Concile Vatican II, convoqué par Jean XXIII en 1959, est un tournant majeur pour l’Église catholique, qui ouvre la voie à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux. La rencontre interreligieuse d’Assise, initiée par Jean-Paul II le 27 octobre 1986, est le symbole par excellence de ce dialogue avec les autres religions…



Deux papes, deux volontés de dialoguer et s’ouvrir au monde. Jean XXIII, comme Jean-Paul II ont largement influé sur les relations entre l’Église catholique et les autres Églises et religions. Le Concile Vatican II, convoqué par Jean XXIII en 1959, est un tournant majeur pour l’Église catholique, qui ouvre la voie à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux.

 

L’itinéraire d’Angelo Roncalli est sans doute déterminant dans les changements qu’il initiera une fois élu à la tête de l’Église catholique. Visiteur, puis délégué apostolique en Bulgarie pour son premier poste en 1925, Roncalli y découvre l’orthodoxie, pour ensuite être nommé en Turquie et en Grèce. Par la suite, ses interventions pendant la Seconde guerre mondiale permettront de sauver de nombreux réfugiés juifs. Il enverra notamment une lettre au roi Boris III de Bulgarie pour qu’il désapprouve la déportation de 25 000 Juifs de Sofia et obtiendra son aide pour faire sauver par la croix rouge des milliers de juifs slovaques déportés en Bulgarie. Elu Pape en 1958, il convoque le Concile dès l’année suivante et crée dans la foulée un Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens comme l’une des commissions préparatoires au Concile. Si Jean XXIII meurt avant la fin des travaux du Concile, il est bien le Pape qui a impulsé ce renouveau de l’Église catholique. 

 

Un grand patrimoine spirituel commun avec le judaïsme

 

Parmi les textes du Concile qui redéfinissent la relation de l’Église catholique avec les autres Églises et religions, la constitution Lumen Gentium et la déclaration conciliaire Nostra Ætate sont primordiales. Elles posent les bases de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. «L’Eglise reconnaît que, à bien des égards, elle est liée avec ceux qui, étant baptisés, sont honorés du nom chrétien, mais ne professent pas la foi dans son intégralité ou ne maintiennent pas l’unité de la communion sous le successeur de Pierre », est-il écrit dans Lumen Gentium. Le texte met l’accent sur l’égalité entre les membres du « peuple de Dieu»  et reconnait le «salut» pour tous ceux qui reconnaissent le Créateur, incluant les musulmans «qui adorent avec nous le Dieu unique »,  et tous ceux qui même ignorant «l’Evangile de Christ et son Église, mais qui cherchent pourtant Dieu sincèrement ». Viendra s’ajouter à la Constitution Lumen Gentium, le décret Unitatis Redintegratio en 1964, qui définit les principes et fondements catholiques de l’œcuménisme, ainsi que sa pratique.

 

Quant à la déclaration Nostra Ætate, elle pose les bases du dialogue, que ce soit avec l’hindouisme, le bouddhisme ou les autres religions, dans le respect de la foi et des valeurs de chacune de ces religions. Nostra Ætate va plus loin en reconnaissant des éléments communs avec l’islam, et invite à dépasser les dissensions historiques entre les deux religions pour défendre et promouvoir la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. Surtout, l’Eglise catholique se propose de repenser son rapport théologique avec le judaïsme. Elle reconnait un grand patrimoine spirituel commun et ne tient plus le peuple juif pour responsable de la mort du Christ. Sont ainsi enlevés de la liturgie, et donc de l’enseignement de l’Église sur les juifs,  les termes « juifs perfides ».

 

Première visite papale à la synagogue de Rome

 

Si Jean XXIII a été l’initiateur de ce dialogue, Jean-Paul II a largement contribué durant ses 26 années de pontificat à le développer et l’enrichir. Il a d’ailleurs, durant le Concile, participé à la rédaction de la constitution Gaudium et Spes, qui définit les rapports de l’Église avec le monde.

 

Tout comme Jean XXIII, peut-être davantage encore, Jean-Paul II a été très marqué par la Seconde guerre mondiale. La guerre sensibilise Karol Wojtyla au sort des Juifs et aura certainement beaucoup d’influence dans le rapprochement opéré ultérieurement entre le Saint-Siège et Israël, outre la politique de protection des chrétiens menée au Proche-Orient. Jean-Paul II expliquera d’ailleurs l’influence de la guerre, puis du diktat soviétique en Pologne, sur sa vocation et ses convictions : « C’est dans ce climat spirituel ardent que s’est développée ma mission de prêtre et d’évêque, raconte-t-il dans ‘Ma vocation, don et mystère’.  Les deux systèmes totalitaires qui ont tragiquement marqué notre siècle -le nazisme d’une part, avec les horreurs de la guerre et les camps de concentration ; le communisme, d’autre part, avec son régime d’oppression et de terreurs- j’ai pu les connaître pour ainsi dire, de l’intérieur ». Jean-Paul II est ainsi le premier Pape à se rendre à la synagogue de Rome en 1986. Suivront en 1993 l’accord de reconnaissance politique entre le Saint-Siège et Israël, puis la signature d’un compromis sur les Lieux saints en 1997. Enfin, en 2000, lors de son voyage en Terre Sainte, le Pape se rendra au mur des Lamentations.

 

Les gestes forts de Jean-Paul II envers les musulmans

 

Les gestes du Pape Jean-Paul II envers les Musulmans ont été tout aussi forts, et multiples. C’est encore une fois le premier Souverain Pontife à s’adresser directement aux musulmans le 19 août 1985 au stade de Casablanca au Maroc.  Devant 60 000 jeunes Marocains réunis pour les jeux panarabes, il rappelle que « c’est en Lui que nous croyons, vous, musulmans,  nous, catholiques ».

 

Un discours à l’égard des fidèles de l’islam qu’il réitérera en 1989, mais cette fois-ci à propos du Liban, dans une perspective claire de dialogue islamo-chrétien, alors que le Liban est plongé depuis 14 ans dans une guerre multi-fraticide. Un pays auquel Jean-Paul II prêtera tout au long de son pontificat une attention particulière en raison de l’importance de la présence chrétienne dans ce pays et de son statut de «laboratoire» du dialogue interreligieux. Un synode spécial sur  le Liban aura lieu en 1995 afin d’examiner les nouvelles donnes du Liban d’après-guerre pour les chrétiens, qui ont perdu  de leur représentativité politique avec les accords mettant fin à la guerre, les accords de Taëf, dans un rééquilibrage en faveur des sunnites. L’exhortation finale du Synode, qui sera prononcée lors d’un voyage de Jean-Paul II au Liban en 1997, -aussi première visite du Souverain Pontife au Proche-Orient-, mettra l’accent sur le « vivre-ensemble », incitant les chrétiens à rester au Liban, à s’y intégrer et participer à la vie politique et sociale. L’exhortation rencontrera l’assentiment des différentes communautés religieuses au Liban. Et sera considérée par de nombreux experts comme une relance du dialogue islamo-chrétien au Liban.

 

Assise, Journée interreligieuse pour la paix



L’année 2000, celle du Jubilé, verra d’autres visites marquantes du Souverain Pontife au Moyen-Orient.  En février, il  se rend au Caire à l’université d’al-Azhar,  le plus important centre théologique de l’islam sunnite, puis en mars, effectue un voyage en Terre sainte et visite l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. « Haram al-Sharif est liée à la mémoire d’Abraham qui pour tous les croyants est un modèle de foi en Dieu tout puissant », déclare alors Jean-Paul II, accueilli sur l’esplanade par le mufti de Jérusalem, le Sheikh Ikram Sabri. En 2001, il  se rend à la mosquée des Omeyyades à Damas.

 

La rencontre interreligieuse d’Assise, initiée par Jean-Paul II le 27 octobre 1986, est le symbole par excellence de ce dialogue avec les autres religions. Ce jour-là, pour la première fois dans l’histoire, quelque 130 responsables religieux du monde entier se retrouvent dans la ville de saint François d’Assise, pour prier, ensemble, pour la paix. «  Le fait même que, de diverses régions du monde, nous soyons venus à Assise est en soi un signe de ce chemin commun que l’humanité est appelée à parcourir. Ou bien nous apprenons à marcher ensemble dans la paix et l’harmonie, ou bien nous partons à la dérive pour notre ruine et celle des autres», déclare alors Jean-Paul II. Cette rencontre se répétera dès lors à plusieurs reprises, en 1993, puis 2002, donnant naissance à ce qui est appelé «l’esprit d’Assise», celui en faveur de la paix et du dialogue.

 

Ut unum sint

 

Pour ce qui relève de l’œcuménisme, des pas très importants ont également été accomplis avec Jean-Paul II, très attaché à l’héritage du Concile. L’encyclique Ut unum sint de 1995, ouvre ainsi aux communautés chrétiennes non catholiques la discussion sur les modalités d’exercice du ministère pontifical, et sera l’un des signes marquants du dialogue œcuménique.

 

Si avec les orthodoxes, le dialogue reste complexe en raison notamment de la situation politique en Russie au début des années 2000, il a connu des ouvertures en Grèce, en Roumanie ou en Bulgarie. En 1999, Jean-Paul II visite la Roumanie avec les personnalités locales de l’Église orthodoxe. Il est  le premier Pape à visiter uns pays à majorité orthodoxe depuis le schisme de 1054.  Enfin, pour ce qui concerne la relation avec les Églises luthériennes, la déclaration commune  sur la justification par la foi est signée en 1999, reconnaissant une  conception commune de la « justification par la foi ». Le Saint-Siège et les luthériens parviennent ainsi à un accord sur l’un des points principaux des divergences issues de la réforme de Luther.

 

 

 

© Source : Radio Vatican. 25 avril 2014