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Journée mondiale des pauvres: le Pape invite à tendre la main aux démunis

Le Pape François lors de la messe à l'occasion de la Journée mondiale des pauvres, le 17 novembre 2019, en la basilique Saint-Pierre.

 

Le message du Pape François à l’occasion de la prochaine Journée mondiale des pauvres du 15 novembre 2020, a été dévoilé ce samedi 13 juin, mémoire liturgique de saint-Antoine de Padoue. Il s’intitule «Tends ta main au pauvre» (Si 7, 32), et le Saint-Père y encourage à prendre en charge le fardeau des plus faibles, car le but de toute action «ne peut être que l’amour».

 

«La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière: dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus qui a révélé sa présence dans ses frères les plus faibles (cf. Mt 25, 40)», explique d’abord François pour introduire sa réflexion.

 

 

Être dans le besoin et avoir confiance

Dès les premières pages, le Livre de Ben Sira dont est issu le thème de ce message donne des conseils relatifs à la pauvreté. Il insiste sur le fait que, dans le besoin, il faut avoir confiance en Dieu, relève le Pape: «Ne t’agite pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes derniers jours. Toutes les adversités, accepte-les; dans les revers de ta pauvre vie, sois patient. Dans les maladies comme dans le dénuement, aie foi en lui. Mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide; rends tes chemins droits, et mets en lui ton espérance. Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas du chemin, de peur de tomber.» (Si 2, 2-7).

 

 

Accompagner la prière du service aux pauvres

Ainsi, en déduit le Saint-Père dans son message, la prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont «inséparables». Pour célébrer un culte qui soit agréable au Seigneur, il est nécessaire de reconnaître que toute personne, même la plus indigente et la plus méprisée, porte l’image de Dieu imprimée en elle, précise-t-il.

 

De cette attention découle «le don de la bénédiction divine», attirée par la générosité pratiquée à l’égard du pauvre. Par conséquent, le temps consacré à la prière ne peut jamais devenir un alibi pour négliger le prochain en difficulté, avertit le Successeur de Pierre. Le contraire, aussi, est vrai: la bénédiction du Seigneur descend sur nous, et la prière atteint son but quand elle s’accompagne du service des pauvres.

 

Ainsi, ce choix de consacrer une attention aux pauvres, à leurs nombreux et divers besoins, ne peut être conditionné seulement par le temps disponible ou par des intérêts privés, ni par des projets pastoraux ou sociaux désincarnés, estime l’évêque de Rome. «On ne peut étouffer la force de la grâce de Dieu par la tendance narcissique de toujours se mettre à la première place».

 

 

Le regard vers le pauvre, bonne direction

Car en effet, avoir le regard tourné vers le pauvre «est difficile», mais «plus que jamais nécessaire» pour donner à notre vie personnelle et sociale la bonne direction. Et François de détailler ainsi cette confrontation avec la pauvreté:

«Chaque rencontre avec une personne en situation de pauvreté nous provoque et nous interroge. Comment pouvons-nous contribuer à éliminer ou, du moins, à soulager sa marginalisation et sa souffrance? Comment pouvons-nous l’aider dans sa pauvreté spirituelle?», interpelle-t-il.

 

 

Vivre personnellement la pauvreté évangélique

La communauté chrétienne est, elle, bien appelée à s’impliquer dans cette expérience de partage, sachant qu’il ne lui est pas permis de la déléguer à qui que ce soit. Une condition existe: «pour être un soutien aux pauvres, il est fondamental de vivre personnellement la pauvreté évangélique».

 

Conscient que l’Église n’a «pas de solutions globales à proposer», le Pape insiste sur son devoir de «présenter les instances de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre». Mais aussi, de rappeler à tous la grande valeur du bien commun, de n’oublier aucun de ceux dont l’humanité est violée dans ses besoins

fondamentaux.

 

Les mains tendues du quotidien

«Que de mains tendues pouvons-nous voir tous les jours ! Malheureusement, il arrive de plus en plus souvent que la hâte entraîne dans un tourbillon d’indifférence, au point que l’on ne sait plus reconnaître tout le bien qui se fait quotidiennement, en silence et avec grande générosité», déplore ensuite le Saint-Père, soulignant que «malgré les mauvaises nouvelles qui abondent sur les pages des journaux, des sites internet et des écrans de télévision, la vie est tissée d’actes de respect et de générosité qui, poussent à être remplis d’espérance». Tendre la main apparaît donc comme un signe, qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour.

 

«La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède. La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades. La main tendue de ceux qui travaillent dans l’administration et procurent les moyens de sauver le plus de vies possibles. La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens. La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur. La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger. La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité». Des mains qui ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation.

 

 

L’expérience impuissante de la pandémie

Le Pape François explique combien cette pandémie arrivée à l’improviste nous a pris au dépourvu, laissant un grand sentiment de désorientation et d’impuissance.

 

«Nous nous sentons plus pauvres et plus faibles parce que nous avons fait l’expérience de la limite et de la restriction de la liberté. La perte du travail, des relations affectives les plus chères, comme l’absence des relations interpersonnelles habituelles, a tout d’un coup ouvert des horizons que nous n’étions plus habitués à observer. Nos richesses spirituelles et matérielles ont été remises en question et nous avons découvert que nous avions peur. Enfermés dans le silence de nos maisons, nous avons redécouvert l’importance de la simplicité et d’avoir le regard fixé sur l’essentiel. Nous avons mûri l’exigence d’une nouvelle fraternité, capable d’entraide et d’estime réciproque», écrit-il.

 

C’est donc un temps favorable pour reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, relève le Pape, résumant l’enjeu ainsi: «Les graves crises économiques, financières et politiques ne cesseront pas tant que nous laisserons en état de veille la responsabilité que chacun doit sentir envers le prochain et chaque personne».

 

«Tends la main au pauvre», est donc une invitation à la responsabilité, une incitation à prendre en charge le poids des plus faibles, comme le rappelle saint Paul : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (…) Portez les fardeaux des uns les autres» (Ga 5,13-14 ; 6,2).

 

 

La mondialisation de l’indifférence

Le Saint-Père développe enfin l’indifférence et le cynisme contemporains. «Quelle différence par rapport aux mains généreuses que nous avons décrites! Il y a, en effet, des mains tendues qui touchent rapidement le clavier d’un ordinateur pour déplacer des sommes d’argent d’une partie du monde à l’autre, décrétant la richesse des oligarchies et la misère de multitudes ou la faillite de nations entières. Il y a des mains tendues pour accumuler de l’argent par la vente d’armes que d’autres mains, même celles d’enfants, utiliseront pour semer la mort et la pauvreté. Il y a des mains tendues qui, dans l’ombre, échangent des doses de mort pour s’enrichir et vivre dans le luxe et le désordre éphémère. Il y a des mains tendues qui, en sous-main, échangent des faveurs illégales contre un gain facile et corrompu. Et il y a aussi des mains tendues de ceux qui, dans l’hypocrisie bienveillante, portent des lois qu’eux-mêmes n’observent pas», dénonce-t-il dans ce panorama empreint de «la mondialisation de l’indifférence».

 

 

Des mains de justice et de paix

«Nous ne pourrons pas être heureux tant que ces mains qui sèment la mort ne seront pas transformées en instruments de justice et de paix pour le monde entier», en déduit le Saint-Père, avant de rappeler que «toute vie a une fin».

Se souvenir du destin commun, en effet, peut aider à mener une vie sous le signe de l’attention aux plus pauvres, selon François. Mais il y a aussi une deuxième interprétation: la fin de notre vie demande un projet à réaliser, un chemin à accomplir sans se lasser. Se souvenir que le but de chacune de nos actions «ne peut être autre que l’amour».

 

 

©Vatican news, Delphine Allaire – Cité du Vatican, 13 juin 2020

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