25/6/2010

La biodiversité, paix sur et avec la Terre


Les Nations Unies ont déclaré l’année 2010 Année internationale de la biodiversité ; la France, pour sa part, l’a déclarée « cause majeure ». Il s’agit d’alerter l’opinion sur l’état et les conséquences du déclin de la bio-diversité dans le monde. Le défi de la restauration de cette bio-diversité est en effet un défi universel de restauration de paix avec la terre, qui conditionne, à terme, l’instauration de la paix sur toute la terre. Le Père Dominique Lang suggère de passer du dire au faire à travers des gestes concrets sur les plans spirituel, collectif et pratique.



Le mur de Berlin venait de tomber quelques semaines auparavant, en cette fin d’année 1989. Le monde entier retenait son souffle devant cette lente agonie d’un monde dangereusement bipolaire. Et c’est dans ce contexte qu’un pape polonais propose pour le message de la journée annuelle de la paix, le 1er janvier 1990, une ouverture assez inattendue. « La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la Création », clame le texte de Jean-Paul II, l’un des plus importants dans l’histoire de la prise de conscience écologique du monde catholique contemporain. Depuis lors, les urgences écologiques sont clairement entrées dans les domaines de préoccupations majeures de la doctrine sociale de l’Eglise.

 

Solidarité de destin entre créatures du monde de la nature et  nature humaine

 

« Réduire complètement la nature à un ensemble de données de fait finit par être source de violence dans les rapports avec l’environnement et finalement par motiver des actions irrespectueuses envers la nature même de l’homme. » Cette solidarité de destin du monde crée, entre créatures du monde de la nature et nature humaine, c’est Benoît XVI qui l’affirme dans l’encyclique Caritas in veritate (n° 48). Signe que les discours sur l’environnement commencent à retrouver une certaine ouverture et fécondité au cours de ces dernières décennies. Non pas qu’une telle conception ne fasse pas intrinsèquement partie de la foi chrétienne –il suffit de penser aux belles affirmations de Saint Paul-, mais elle a, pendant plusieurs siècles, souffert d’un théologie de la Création réduite à sa portion congrue ou anecdotique, face aux discours matérialistes et scientifiques dominants.

 

Deux courses en avant : la course au surarmement, la course aux ressources naturelles

 

Désormais, ce n’est pas simplement le scandale de la course au surarmement qui est dénoncé, comme obstacle au développement des peuples des pays émergeants. C’est aussi celui de la course aux ressources naturelles, pillées et exploitées à outrance, qui est reconnu comme source de violence. « L’accaparement des ressources naturelles qui, dans de nombreux cas, se trouvent précisément dans les pays pauvres, engendre l’exploitation et de fréquents conflits entre nations ou à l’intérieur de celles-ci. » (Caritas in veritate n° 49) Le travail pour la paix passe donc bien par la prise en compte de ces scandales récents ou anciens dans le « partage des biens » et le « sens du bien commun ». Deux expressions clés pour les artisans de paix.

 

Violence du sur-développement

 

Derrière l’exploitation aveugle des richesses de cette terre, c’est le modèle même de « sur-développement » occidental qui est interrogé. De nombreux chrétiens, de diverses traditions, l’avaient bien compris mais sans être vraiment entendus par leurs communautés. Il est vrai qu’il est difficile d’exercer un discernement éthique dans la fuite en avant consumériste. Comment repérer les points de basculements dans nos actions ou nos choix, face à la complexité d’un monde globalisé et en apparence (et paradoxalement) intouchable ? Beaucoup du coup, se sentent impuissants à agir, tout en se sentant concernés par les urgences. « Faire face à son impuissance à changer seul la situation mondiale et aller de l’avant quand même, en agissant sur ce qui est à notre portée, requiert du caractère et va paradoxalement à l’encontre de notre éducation ‘citoyenne’ qui incite à se fondre dans le rang », explique ainsi Steven Dixon, le président de la branche française de l’association écologique chrétienne A Rocha, dans un article récent du journal La Croix (1er juin 2010). Une association qui, parmi d’autres, est très active, notamment dans des projets de restauration écologique.

 

Chantiers nouveaux pour la paix

 

Peut être plus que pour les questions anciennes du surarmement militaire ou des conflits politiques, l’action pour la paix à travers les chantiers écologiques est  aussi intéressante parce qu’elle avance souvent par des petites actions de solidarité qui peuvent devenir de puissants leviers de développement. Et donc de résolution de conflits. Dans les pays du sud, la prise de conscience sur la nécessité du partage des biens naturels peut aider les hommes de bonne volonté à dépasser leurs peurs ancestrales. Cela se voit dans les pays du Sud. Chez nous, cela se rencontre aussi, par exemple dans les défis actuels du monde agricole. L’émergence de nouveaux modèles, plus respectueux de l’environnement et de l’animal, s’accompagne ainsi bien souvent de nouvelles solidarités économiques, à taille humaine, et donc aussi d’un lien social renforcé. Un moteur très puissant pour qui veut agir pour la paix. Dans ce sens, la rencontre des savoir-faire des réseaux de l’écologie et de la solidarité –souvent encore très éloignés en France-, pourrait offrir de passionnantes perspectives nouvelles.

 

La diversité du vivant, bonne nouvelle pour l’humain

 

Il reste enfin à prendre en compte l’urgence à rendre aux urbains que nous sommes devenus un accès plus direct à la terre, à ses saisons, à sa fragilité d’être, si émouvante dans sa diversité et sa gratuité. Cette altérité du vivant n’est plus seulement une source d’émerveillement romantique ou nostalgique, mais un véritable appel à grandir dans la communion, tel que le projet de Dieu le déploie dans nos vies. Le rétrécissement de la diversité biologique auquel nous assistons actuellement est donc profondément « dramatique », évoquant, comme en miroir, le rétrécissement même de notre capacité à aimer, comme Dieu nous aime, dans la surabondance.

 

Fraternité cosmique : nouvelle manière d’être des humains les uns avec les autres

 

Cette prise en compte interpelle forcément nos habitudes et nos choix : tourisme de masse, choix alimentaires, modes de vie. Il y a là, concrètement, de quoi faire, dans des formes de modération volontaire, conjuguant goût des choses simples et « sobriété heureuse » (P. Rabhi). La perspective chrétienne, inscrivant la Création dans la perspective même du Salut, laisse assez de ressources spirituelles pour que cette communion avec les autres formes du vivant se fasse dans le respect des vocations de chacun. Elle pousse cependant aussi à oser aller plus loin, dans l’audace même de la « fraternité cosmique » qu’un François d’Assise et bien des pères de l’Eglise avaient entrevus et goûtés, il y a déjà bien des siècles. Il en va de notre manière même d’être des « humains » les uns avec les autres. Une redécouverte qui s’avère aussi être un passionnant chantier œcuménique et inter-religieux, dans le respect de la « bio-diversité » même de nos communautés humaines respectives.

 

 

 

Dominique Lang, assomptionniste,

Cofondateur de la revue « Les Cahiers de Saint Lambert »

© Cherchonslapaix.org – 16 juin 2010