07/12/2011

La danse de Marie




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Marie rêvait de danser lors du spectacle que les jeunes de douze ans préparaient pour offrir un moment de fête aux personnes âgées dont l’hôpital était devenu la demeure. Ils y mettaient tout leur cœur.

 

Elle avait appris une danse roumaine au Centre Social et elle la répétait tous les jours devant la glace de sa chambre. Elle avait demandé à sa mère de lui coudre un costume semblable à ceux des gravures rapportées de Roumanie par le comité de jumelage de sa bourgade.

 

Sa tenue se composait d’une blouse blanche aux amples manches brodées, d’une jupe sombre mais fleurie et d’un bandeau assorti pour ses cheveux.

 

Marie se trouvait très belle et ses parents partageaient cet avis…

 

Enfin le grand jour arriva ! L’après-midi de la fête, tous les camarades de Marie étaient aussi soucieux qu’elle de bien réussir leurs prestations : Poésies, chants, contes, airs de violon ou danses…

 

Dans un hall avaient pris place une trentaine de résidents autour d’un sapin joliment décoré par les aides soignantes ainsi que la crèche qu’elles avaient pris soin d’installer tout près.

 

Les guirlandes de Noël scintillaient.

 

La seule vue de jeunes dans ce monde d’adultes âgés et souvent handicapés était déjà une fête pour la plupart. Bien des visages ridés étaient épanouis dans un grand sourire ; d’autres personnes plus fatiguées somnolaient ou avaient l’air absentes ; l’une d’elles laissait même couler des larmes silencieuses qui semblaient intarissables.

 

Le plus âgé des adolescents animait le spectacle et celui-ci se déroulait au mieux, suscitant de nombreux et chaleureux applaudissements. Seule la dame aux larmes gardait son air si triste.

 

Marie devait danser à la fin du spectacle et elle était de plus en plus anxieuse ; elle n’arrivait pas à partager la joie qui émanait de certains chants d’autrefois que les aînés avaient plaisir à reprendre avec les jeunes chanteurs.

 

Enfin ce fut son tour. Le CD diffusa la musique de plus en plus endiablée de la mazurka roumaine tandis que Marie, toute peur oubliée, tourbillonnait, leste et gracieuse !

 

Alors, on entendit des mains claquer en cadence : La femme triste s’était redressée sur son siège et rythmait la danse. Et dans ses yeux brillait soudain une grande fierté.

 

Les infirmières et les aides soignantes échangèrent quelques regards surpris. C’était inattendu !

 

La musique s’arrêta et tous purent alors entendre la femme reprenant en chantonnant le même air qui semblait l’avoir charmée.

 

Marie s’approcha d’elle :

– « Voulez-vous que je danse encore une fois ? »

 

Et une infirmière lui demanda :

– « D’ où connaissez-vous cette musique ? »

 

La femme répondit :

– « C’est celle de mon pays que j’ai dû quitter et ne reverrai jamais ! »

 

Puis elle ajouta :

– « Petite, je te remercie. Oh oui, je t’en prie recommence à danser !… »

 

Marie reprit sa prestation avec un regain d’entrain et de grâce et tous marquaient le rythme de leur mieux, imitant la vieille roumaine. Il y avait une ambiance de fête qu’il était dommage d’interrompre mais les horaires de l’hôpital devaient être respectés. C’était l’heure du goûter pour tout le monde, ce qui était aussi bien sympathique !

 

Avant de s’en aller les jeunes allèrent saluer chaque personne du public. Une infirmière dit à Marie :

– « C’est la première fois que madame Mariana parle en public et qu’elle a l’air heureuse. Vous et vos amis avez réussi un vrai miracle de Noël ! »

 

Marie alla dire au revoir à la dame roumaine :

– « Si je le peux, je reviendrai vous voir avec mes amies. Pourrez- vous me chanter un air de votre pays ? »

 

Madame Mariana garda un moment ses mains dans les siennes.

– « Comment t’appelles-tu ? Tu m’as apporté bien du bonheur, tu sais. »

– « Je m’appelle Marie. »

– « Eh bien, Marie, si ma vieille voix me le permet, je t’apprendrai une berceuse roumaine quand tu reviendras me voir. Plus tard, tu berceras tes enfants avec cette mélodie mais ne tarde pas trop à revenir… »

 

Marie se pencha pour déposer un baiser léger sur son front, tout en lui répondant :

– « Oui, je reviendrai bientôt pour vous fêter la nouvelle année, je vous le promets. »

 

Mais quand Marie revint début janvier, madame Mariana était partie pour le Royaume des Cieux. Elle avait laissé à l’infirmière un petit paquet en murmurant :

– « Pour Marie, la petite danseuse de mazurka. »

 

A l’intérieur d’une serviette en papier, elle avait déposé l’Enfant Jésus en sucre de sa fête de Noël, entouré du petit drapeau de la Roumanie, son pays natal.

 

 

 

Marie-France Faure

© « Saveurs de paix » – Pax Christi France

 

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