29/9/2015

La famille, principal agent du développement durable


A New York le 27 septembre 2015, Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, est intervenu au sommet des Nations unies pour l’adoption du Programme de développement pour l’après-2015. “Nous sommes une unique famille humaine au sein de laquelle nous avons besoin les uns des autres, avec des responsabilités partagées et une destinée commune, inséparablement liée à notre planète, notre maison commune dont nous voulons tous prendre soin.”



Après le Pape François vendredi dernier, Mgr Paul Richard Gallagher était à son tour à la tribune de l’ONU dimanche 27 septembre. A l’occasion du Sommet des Nations Unies pour l’adoption de l’Agenda de développement post-2015, le Secrétaire du Vatican pour les relations avec les Etats a réaffirmé que « la famille, l’élément naturel et fondamental de la société, était le principal agent du développement durable, et donc le modèle de la communion et de la solidarité entre les nations et les institutions internationales. » Le thème de l’intervention du chef de la diplomatie vaticane était “la famille et le développement durable”. 

 

Mgr Gallagher a rappelé l’engagement et l’appui du Saint-Siège de l’agenda quand à l’éradication de la pauvreté et de la faim, en mettant l’accent sur la centralité de la personnes humaine. Se soucier ensemble de la famille peut, selon le prélat, aider à la réduction de la pauvreté, et à obtenir de meilleurs résultats pour les enfants. « Cela nous ferait du bien de ne pas oublier l’évidence, la famille, et les politiques qui lui sont favorables, incluant le respect pour la religion et le droit des parents d’éduquer leurs enfants, contribuent efficacement à la réalisation des objectifs de développement, y compris la culture de sociétés pacifiques » a indiqué Mgr Gallagher. 

 

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Déclaration de Mgr Gallagher

 

Mesdames et Messieurs les co-présidents,

 

Le Saint-Siège désire féliciter la Communauté internationale pour l’adoption du Programme de développement pour l’après-2015. Bien sûr, l’« adoption du Programme 2030 pour le développement durable au Sommet mondial est un signe d’espoir important » (pape François, discours à l’Organisation des Nations unies, 25 septembre 2015).

 

Le Saint-Siège apprécie l’accent mis dans le Programme sur l’éradication de la pauvreté et de la faim, basée sur le caractère central de la personne humaine et sur l’engagement qui s’ensuit de s’assurer que personne n’est exclu. Hier, le pape François nous a rappelé que « l’exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l’environnement » (ibid.). Le Programme 2030 devrait être bâti, a-t-il dit, « sur une juste compréhension de la fraternité universelle et sur le respect du caractère sacré de chaque vie humaine, de chaque homme et de chaque femme ; des pauvres, des personnes âgées, des enfants, des malades, des enfants à naître, des chômeurs, des personnes abandonnées. […] La maison commune de tous les hommes doit aussi s’édifier sur la compréhension d’une certaine dimension sacrée de la nature créée » (ibid.).

 

Ainsi, les piliers du développement humain intégral, « logement personnel, travail digne et convenablement rémunéré, alimentation adéquate et eau potable ; liberté religieuse, et, plus généralement, liberté de pensée et éducation […] ont un fondement commun, qui est le droit à la vie et, plus généralement, ce que nous pourrions appeler le droit à l’existence de la nature humaine elle-même » (ibid.).

 

Le Programme 2030 pour le développement pourrait être efficace et pratique s’il fournissait un accès immédiat, de la part de tous, aux biens matériels essentiels et le respect de la liberté d’atteindre les biens spirituels essentiels.

 

Dire que la pauvreté a de multiples formes signifie que le développement durable ne peut être ni conçu ni mesuré en termes uniquement économiques et statistiques. Différents aspects du Programme 2030 se rapportent à l’activité humaine en tant que telle et, pour cette raison, ils impliquent une dimension éthique avec une attention aux valeurs spirituelles, morales et religieuses (Position du Saint-Siège, partie III du Comité préparatoire de la Conférence des Nations unies, Rio de Janeiro, 13-15 juin 2012 ; cf. Benoît XVI, lettre encyclique Caritas in veritate, n. 36 et 37), en particulier ces « catégories qui transcendent le langage des mathématiques et de la biologie, et qui nous orientent vers l’essence de ce qui est humain » (pape François, lettre encyclique Laudato si’, n. 11).

 

Pour notre propre bien et celui des générations futures, nous avons besoin de modèles de développement qui ne compromettent pas la dignité humaine et la santé de notre environnement. Selon les paroles du pape François, « nous devons éviter toute tentation de tomber dans un nominalisme de déclarations à effet tranquillisant sur les consciences. Nous devons veiller à ce que nos institutions soient réellement efficaces dans la lutte contre tous ces fléaux » (pape François, discours à l’ONU, 25 sept. 2015).

 

Le nombre et la complexité des problèmes exigent de nous que nous possédions des instruments techniques pour mesurer les progrès. Mais il existe deux risques. D’une part, nous pourrions nous satisfaire d’un simple « travail bureaucratique consistant à rédiger de longues listes de bonnes intentions – buts, objectifs et indications statistiques » (ibid.). D’autre part, nous pourrions nous décevoir nous-mêmes en pensant qu’« une unique solution théorique et a priori apportera une réponse à tous les défis » (ibid.). Enfin, il ne faut jamais oublier que les entreprises politiques et économiques sont une activité prudentielle, « guidée par un concept immuable de justice, et qui ne perd de vue, à aucun moment, qu’avant et au-delà des plans comme des programmes il y a des femmes et des hommes concrets, égaux aux gouvernants, qui vivent, luttent et souffrent, et qui bien des fois se voient obligés de vivre dans la misère, privés de tout droit » (ibid.).

 

Mesdames et Messieurs les co-présidents,

 

Il est largement reconnu que la réalisation de chacun des dix-sept Objectifs de développement durable et des nombreux objectifs connexes, est un défi formidable. Nous devons éviter de détourner des ressources précieuses de la poursuite des objectifs les plus fondamentaux. À cet égard, le Saint-Siège a déjà exprimé clairement ses réserves et se penche sur le dossier de certains objectifs ainsi que leurs expressions.

 

Mesdames et Messieurs les co-présidents,

 

En adoptant ce Programme, la communauté internationale a choisi la solidarité plutôt que l’égoïsme, la solidarité avec les exclus d’aujourd’hui, la solidarité avec les pauvres de demain, la solidarité avec les générations futures.

 

La famille, élément naturel et fondamental de la société, est le premier acteur du développement durable et par conséquent le modèle de la communion et de la solidarité parmi les nations et les institutions internationales. Une préoccupation partagée pour la famille et pour ses membres contribue à réduire la pauvreté, à obtenir de meilleurs résultats pour les enfants, une égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, ainsi qu’un meilleur équilibre travail-famille-repos et des liens intra et inter-générationnels plus forts. Cela nous ferait du bien de ne pas oublier la grande évidence que des politiques favorables à la famille, comprenant le respect pour la religion et le droit des parents à éduquer leurs enfants, contribuent efficacement à la réalisation d’objectifs de développement, ce qui inclut une culture de sociétés pacifiques.

 

La solidarité et la coopération ne sont pas de simples sentiments ; pour qu’elles soient authentiques, elles doivent nous pousser à l’action. Notre choix doit donc signifier notre détermination à mobiliser les ressources nécessaires pour mener à bien notre engagement. Cela doit signifier des capacités de construction dans les pays les plus pauvres dès les premières étapes pour assurer le succès. Cela doit signifier partager avec les pays pauvres le savoir-faire technologique qui peut les aider à émanciper leur peuple de l’extrême pauvreté, sans imposer des coûts élevés aux pays développés. Cela doit signifier, de la part de tous, la justice, l’État de droit, un fort engagement à lutter contre la corruption et un véritable esprit de service pour la cause du bien commun.

 

En conséquence, en nous engageant dans cette tâche de réaliser les objectifs du Programme 2030, nous devons commencer avec la conviction de « notre commune origine, notre histoire, notre destinée commune » (ibid.). Nous sommes une unique famille humaine au sein de laquelle nous avons besoin les uns des autres, avec des responsabilités partagées et une destinée commune, inséparablement liée à notre planète, notre maison commune dont nous voulons tous prendre soin.

 

Mesdames et Messieurs les co-présidents,

 

J’aimerais conclure en paraphrasant un passage de la constitution pastorale Gaudium et spes, du concile Vatican II : les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses de chacun de nous. En effet, il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans nos cœurs (cf. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, n. 1).

 

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Radio Vatican et Zenit. 29 septembre 2015