01/6/2012

La lutte palestinienne non-violente prend une nouvelle dimension


L’auteur palestinien Dawoud Abu Lebdeh, gestionnaire de projets au Centre pour la démocratie et la non-violence, souligne l’importance de l’aboutissement des négociations entre les grévistes de la faim palestiniens et les autorités israéliennes pour l’avenir du mouvement non-violent palestinien et pour la solution à deux Etats. Un retour à la violence compromettrait tout le travail accompli dans le cadre de l’Autorité palestinienne pour renforcer l’économie et mettre en place une infrastructure politique en vue de la construction d’un futur Etat.



Jérusalem – En entamant une grève de la faim en décembre dernier, le prisonnier palestinien Khader Adnan ouvrait un nouveau chapitre de l’histoire du mouvement non-violent palestinien, un chapitre qui s’est soldé par un succès il y a une quinzaine de jours, Israël ayant accepté de satisfaire plusieurs des revendications principales des prisonniers palestiniens. Khader Adnan a mis fin à sa grève de la faim, au bout de 66 jours, en février dernier, une fois que les autorités israéliennes lui ont accordé sa libération pour le mois d’avril. Suite à cela, des centaines d’autres prisonniers, détenus dans différentes prisons israéliennes, lui ont emboîté le pas, et ont eux aussi entamé une grève de la faim. Cet élan a montré que les actes de non-violence, sur une grande échelle, peuvent être plus efficaces que les actes de violence.

 

Hana Shalabi était la deuxième détenue palestinienne à entamer une grève de la faim; elle a réussi à convaincre les autorités de la relâcher et de la renvoyer à Gaza. Puis ce fut le tour de Bilal Diab et de Thaer Halahleh qui jeunèrent pendant 76 jours, battant le record du militant irlandais Bobby Sands qui mourut dans une prison britannique après une grève de la faim de 66 jours.

 

En avril dernier, 1600 prisonniers palestiniens, à travers Israël, se sont ralliés à Bilal Diab et Thaer Halahleh. Ils ont jeûné pendant 28 jours jusqu’au 14 mai, date à laquelle les autorités israéliennes ont accepté un compromis face aux revendications de ces détenus. Ces derniers demandaient aux autorités de limiter la durée des confinements solitaires, de leur permettre d’étudier en prison, d’accorder des droits de visite aux prisonniers originaires de Gaza, notamment le droit d’avoir un contact physique avec les membres de leur famille.

 

La grève de la faim est un moyen pacifique de protestation souvent utilisé par les prisonniers politiques qui veulent revendiquer les droits qui leur sont octroyés par les conventions internationales.

 

Lorsque la grève de la faim s’est propagée dans les prisons israéliennes, cela a attiré l’attention des cercles internationaux – et surtout des organisations de défense des droits de l’homme – sur la cause des grévistes. Des sit-ins ont été organisés dans des campus universitaires partout en Europe en signe de soutien.

 

Sur le plan local, les Palestiniens de Cisjordanie, de la Bande de Gaza et d’Israël, ont soutenu les grévistes de la faim, en dressant des tentes dans le centre des villes et des villages et en organisant des marches de soutien. La plupart de ces marches étaient en direction d’Ofer – une des prisons principales de Cisjordanie. Les manifestants, bien que totalement pacifiques, ont été néanmoins confrontés à des mesures de dispersion, notamment du gaz lacrymogène et des tirs de balles en caoutchouc.

 

La voie de la non-violence revêt une importance particulière pour les dirigeants palestiniens et la cause d’un Etat palestinien. Pour ces dirigeants, un retour à la violence compromettrait tout le travail accompli dans le cadre de l’Autorité palestinienne pour renforcer l’économie et mettre en place une infrastructure politique en vue de la construction d’un futur Etat. Un retour à la violence mettrait aussi en péril les efforts palestiniens de relations publiques sur le plan international, déployés depuis quelques années.

 

D’autres campagnes non-violentes en Cisjordanie ont également marqué et apporté leurs fruits. On peut notamment citer l’action pacifique des habitants du village de Budrus qui se sont opposés pendant des années au projet de construction du mur de séparation sur les terres de leur village et qui ont réussi à convaincre les autorités israéliennes d’en changer le tracée. Des initiatives semblables se déroulent ailleurs en Cisjordanie, comme à Ni’ilin, à Bil’in et à Nabi Saleh.

 

La grève de la faim qui a réuni des prisonniers issus de factions politiques différentes a fait comprendre à la fois aux Palestiniens et à la communauté internationale que l’on peut accomplir beaucoup de choses autour d’une cause commune, en recourant à la non-violence. La leçon tirée de ces grèves est surtout que la lutte pacifique et non-violente, menée à une grande échelle, est sans doute la forme la plus efficace des résistances. L’exemple de ces prisonniers a clairement montré aux Palestiniens qu’ils devaient se doter d’un projet collectif et global, acceptable pour tous, et faire en sorte que les diverses factions de leur société travaillent ensemble pour mettre sur pied un tel projet. Cela a appris aux Palestiniens qu’ils doivent redescendre dans la rue pour revendiquer leur droit à un Etat, mais qu’ils doivent le faire à travers une lutte populaire, non-violente.

 

Les Israéliens juifs qui observent cette évolution doivent comprendre que celle-ci représente un changement profond dans la société palestinienne, un changement vers la non-violence. Ils devraient voir cela comme une conjoncture favorable. Mener une lutte non-violente pour l’obtention d’un Etat est un pas essentiel vers la solution à deux Etats, bénéfique aux deux peuples.

 

 

 

Dawoud Abu Lebdeh

 

 

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Dawoud Abu Lebdeh, Palestinien vivant à Jérusalem, est gestionnaire de projets au Centre pour la démocratie et la non-violence. Il est également un des fondateurs du mouvement étudiant Watan au sein de l’Université hébraïque de Jérusalem et écrit sur le blog de Middle East Post. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 1 juin 2012, www.commongroundnews.org  

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