05/9/2013

La rivière sans pont




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Il était une fois deux villages, l’un sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche d’une rivière.

 

Le village de la rive droite s’appelait Riano-delà, celui de la rive gauche Riano-d’ici.

 

La rivière, presque toujours paisible, se nommait Ogre, un nom féroce dû au fait qu’on avait trouvé de l’or dans son sable. Jadis, au coucher du soleil, on voyait souvent dans ses eaux des reflets dorés.  Que de bagarres avaient dû éclater entre ceux qui voulurent s’emparer de cet or !

 

On  ne pouvait pas traverser la rivière parce qu’il n’y avait pas de pont et  que personne n’avait songé à en construire un.

 

Les habitants de Riano-delà haïssaient  ceux de Riano-d’ici.  Lorsque des Rianais-delà voyaient des Rianais-d’ici sur l’autre rive, ils les insultaient.

 

Après avoir débité toutes les insultes qu’ils connaissaient, ils se mettaient à jeter des pierres. Ceux qui se trouvaient en face, faisaient de même… Les pierres… heureusement ! n’arrivaient jamais sur l’autre rive…, elles tombaient dans la rivière en faisant un plus ou moins gros « plouf » !

 

C’était devenu un bruit habituel. Quand on entendait un gros « Plouf », cela signifiait que quelqu’un s’était trop approché du bord ! Les habitants de l’autre rive se mettaient alors à rire.

 

Durant l’été, Les gamins qui se baignaient dans les eaux de l’Ogre évitaient de dépasser la moitié de la rivière. Quand par hasard cela arrivait, les petits Rianais–delà et ceux d’ici se battaient comme des sots !…

 

Alors, ces soirs là, on entendait des cris de douleur dus à la brûlure des désinfectants passés sur les plaies ou des glaçons  posés sur les bosses. L’odeur de désinfectant se répandait des deux côtés de l’Ogre qui se retournait dans son lit de sable en grommelant.

 

 Les deux musées

 

Dans chacun des villages, il y  avait une mairie avec son maire, un bistrot et chose bizarre : un musée qui se composait d’une seule petite salle et ne possédait qu’un unique objet de valeur.

 

Il se trouvait à l’intérieur d’une urne de verre. « A l’abri des rats et des fourmis », disait-on en riant !

 

Au musée de Riano-d’ici, c’était une petite bouteille en argent. Au musée de Riano-delà, un bocal en argent.

 

C’est pour cela que sur l’écusson de chaque village on avait peint soit une bouteille, soit un bocal !

 

D’anciennes légendes de Riano-d’ici racontaient que la bouteille en argent était magique : elle pouvait fournir du vin sans jamais s’épuiser.

 

En réalité, une fois  bien secouée et retournée, elle n’avait donné qu’un peu de poussière et une petite araignée très vexée d’avoir été dérangée pendant son sommeil !

 

Les anciennes légendes de Riano–delà soutenaient que le bocal en argent, symbole et fierté du village, était un vrai prodige : celui qui le portait à ses lèvres pouvait boire à satiété le vin le meilleur de la terre.

 

En réalité, tous ceux qui avaient essayé de boire au bocal avaient goûté l’amère saveur du rien !

 

Tout cela n’empêchait nullement les uns et les autres de vanter la supériorité de leur merveilleux objet…

 

Une nuit, un groupe de gaillards de Riano–d’ici avait décidé de faire une descente à Riano-delà  pour voler le précieux bocal. Ayant enfilé des cagoules noires et emprunté les canots des pompiers, ils avaient débarqués de nuit sur la rive d’en face.

 

Le hasard voulut qu’au même moment, une bande de jeunes de Riano–delà avait justement eu la même idée. Masqués, ayant embarqué sur des barques de pêche, ils avaient accosté à Riano-d’ici  pour voler la bouteille en argent.

 

La nuit  était noire et la tempête couvrait tous les bruits, ce qui  favorisa la réussite de ces deux expéditions !

 

Dans un premier temps, les deux maires fêtèrent le succès du vol en félicitant les jeunes de leur exploit.

 

Ensuite, quand  ils découvrirent la disparition de leur objet d’art, si bien protégé dans chacun de leur musée, ils hurlèrent autant l’un que l’autre : « Ce sont des délinquants, des bandits !  Quelle honte de venir voler dans notre musée ! »

 

Sur la rive droite, on criait : « A bas ceux de Riano–d’ici ! »

 

Sur la rive gauche, on hurlait : « A bas ceux de Riano–delà »

 

Rapidement deux nouvelles expéditions s’organisèrent avec deux groupes de jeunes prêts à tout pour récupérer le symbole perdu de leur village.

 

Lors d’une nuit agitée par une tempête de vents violents et zébrée d’éclairs, les deux groupes re-traversèrent la rivière. Ils reconquirent les uns la bouteille et les autres  le bocal.

 

Ainsi tout était redevenu comme avant… Les seules conséquences de ces déplacements, c’étaient encore plus de blessures d’orgueil ! Riano–d’ici et Riano–delà continuaient à se détester et à se faire des misères dès que l’occasion s’en présentait.

 

Les bras argentés de la rivière

 

Seule la rivière coulait paisiblement… du moins jusqu’à un certain automne.

 

Cette année – là, il plut dès le mois de septembre. Une pluie fraîche et mélancolique. Puis, à la mi- octobre, il plut des cordes, des torrents d’eau et le vieil Ogre sortit de son lit. L’eau recouvrit les champs voisins puis, petit à petit, elle arriva jusqu’aux deux villages.

 

« Tôt ou tard, cela va bien s’arrêter », pensait-on à droite et à gauche de la rivière, mais malgré tout, après que les rives aient été totalement inondées, il était difficile de dire où commençait la rive droite et où commençait la rive gauche… Mais l’eau ne s’arrêta pas !

 

L’eau qui descendait de la montagne gonflait la rivière, envahissant les caves puis le rez-de-chaussée des maisons. Les habitants furent obligés de se réfugier alors dans les étages supérieurs, puis au grenier, puis sur les toits.

 

Quand les nuages se dissipèrent, les deux villages se retrouvèrent unis par les bras argentés de la rivière : cette crue extraordinaire avait provoqué une situation bien singulière !

 

Les maires constituèrent des équipes de sauvetage pour venir en aide aux citoyens,  et également aux animaux. Les équipes passaient sur des canots, des barques, enfin tout ce qui pouvait flotter sur l’eau !

 

Ce n’était pas facile de maîtriser les embarcations à cause du vent et de la pluie,  aussi chacun sauvait-il les premiers qui se trouvaient sur leur passage. Ainsi des Rianais-delà prenaient en sauvetage des Rianais-d’ici, et vice versa.

 

Etrangement personne n’y prêta attention ou n’en fit la remarque.

 

Les derniers rescapés furent les deux maires, restés accrochés aux antennes du toit de leurs mairies respectives. Chacun serrait fortement sur sa poitrine le symbole de son village : la bouteille et le bocal.

 

Ils étaient exténués de fatigue et d’attente. Or une seule barque vint les chercher ! Ils s’assirent donc côte à côte, mais  en  se regardant de travers…

 

La rivière provoquait des tourbillons et même des rapides. L’un d’eux bouscula si fort la barque que les deux maires furent jetés l’un contre l’autre.

 

Et c’est ainsi que la bouteille et le bocal tombèrent des mains des maires et se cognèrent l’une contre l’autre. Alors, à cet instant précis, il jaillit de la bouteille un vin rouge et parfumé qui emplit le bocal !

 

Du fond de leu canot, les maires y goûtèrent… « Hmm ! C’est le meilleur vin que je n’ai jamais dégusté ! » dirent-ils ensemble à l’unisson.

 

Ce fut alors qu’ils comprirent… Ils se mirent à rire et à rire et très émus, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.

 

Les habitants des deux villages regardaient cette scène, très intrigués, puis ils réalisèrent que c’était la Paix qui se prononçait.  Tous ensemble, ils poussèrent des Hourras pleins de joie.

 

La journée se termina par un grand festin où le vin coula à flot, car chaque fois que l’on approchait la bouteille du bocal, elle remplissait l’autre d’un vin  délicieux qui réchauffait le cœur et qui rendait joyeux sans pour autant faire tourner la tête.

 

Aujourd’hui l’Ogre coule  paisiblement et ses deux rives sont reliées par un beau pont. Au milieu du pont se trouvent la bouteille et le bocal en argent. Il suffit d’approcher le bocal  de la bouteille pour faire jaillir du bon vin.

 

ET si vous voulez déguster de ce bon vin, il vous suffit de chercher Riano sur une carte de géographie… tout simplement.

 

 

 

 

Conte de Réconciliation traduit de l’italien

© « Saveurs de Paix » – Pax Christi France

 

 

 

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Pistes de réflexion pédagogique

 

 

L’expérience cachée dans le récit.

 

Les deux villages ont le même nom. TOUT LEUR EST COMMUN. Ce sont les préjugés qui les divisent.

 

Or, sur toute la terre, les êtres humains ont tout à gagner à rechercher ce qui les unit, ce qui les rend complémentaires. La solidarité et la coopération ne sont pas seulement des bons sentiments mais les moyens nécessaires pour que la planète se développe et que les hommes fraternisent.

 

Dans l’histoire, la bouteille et le bocal n’apportent un bien qu’ensemble. Les habitants constatent la valeur de la concorde face au danger. Pour construire un pont solide et durable, chacun doit découvrir les valeurs de l’autre. La paix prend racines à cette condition.

 

Symboles :

 

Ils peuvent stimuler l’imaginaire des enfants : La rivière,  le pont, la bouteille, le bocal.

 

On peut chercher avec eux d’autres symboles qui parlent de la paix et favoriser le dialogue par des questions :

– Pourquoi la bouteille et le bocal se mettent à produire du bon vin lorsqu’ ils se touchent ?

– Quels autres objets n’ont une utilité que si on les associe à d’autres (Fil et aiguille par exemple.) ?

 – Pourquoi ne pas inventer des histoires rassemblant de tels protagonistes ?

– Pourquoi utilise-t-on souvent l’arc-en -ciel comme symbole de la paix ? N’est –il pas aussi une sorte de pont ?

– Où devrait-on construire des ponts aujourd’hui dans le monde ?

– Et ici, près de nous, dans notre classe, notre famille n’y aurait-il pas aussi des bouteilles et des bocaux qui se remplissent de poussière puisque ceux qui les possèdent n’arrivent pas à coopérer ?

 

Activités :

 

On peut inviter les enfants à construire ou à dessiner un puzzle représentant un pont et sur chaque pierre inscrire une qualité de la vraie paix.

 

 

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Réflexion religieuse

 

 

On peut raconter l’histoire de la tour de Babel (Genèse 11, 1- 9) en essayant de faire découvrir aux enfants la signification du « parler la même langue ».

 

 

 

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