28/9/2012

La visite du Pape au Liban montre la réalité de la coexistence


La visite de trois jours du Pape Benoît XVI au Liban, en septembre 2012, véhicule un important message d’espoir. En dépit des tensions internationales, les Libanais se sont rassemblés pour accueillir le Pape, montrant ainsi leur désir de coexistence réussie. Si le pays reste pris dans les luttes de pouvoir entre les puissances de la région et du monde, on peut néanmoins rester optimiste quant à son avenir. La plupart des Libanais savent que leur pays ne peut réussir à s’en sortir que s’ils acceptent et respectent la religion de leurs concitoyens.



Beyrouth – La visite de trois jours du Pape Benoît XVI au Liban, au début de ce mois, véhicule un important message d’espoir en cette période trouble. En dépit des tensions internationales, les Libanais se sont rassemblés pour accueillir le Pape, montrant ainsi leur désir de coexistence réussie.

 

La visite du Pape au Liban a coïncidé avec les nouvelles tensions internationales provoquées par le film à petit budget L’innocence des musulmans sur Youtube, dont l’auteur serait aux dernières nouvelles, impliqué dans des affaires de fraude aux Etats-Unis. Ce film a déclenché de violentes réactions anti-américaines à travers le monde.

 

Lorsque des incidents négatifs, comme celui-ci, accaparent toute l’attention du public, il est d’autant plus important t’attirer l’attention sur les événements positifs qui risquent de passer inaperçus.

 

En dépit des tensions actuelles, toutes les communautés religieuses du Liban – non seulement les chrétiens mais aussi les chiites, les sunnites et les druzes – ainsi que tous les partis politiques représentatifs, sont venus accueillir le Pape, en rappelant ainsi au monde entier que leur pays a été bâti sur la base de la diversité et qu’il honore toutes les croyances.

 

A Beyrouth, le quartier de l’aéroport où Benoît XVI a atterri, se situant dans une zone à majorité chiite, des femmes de cette communauté sont venues nombreuses à la rencontre du Pape pour lui souhaiter la bienvenue. Le lendemain de l’arrivée du souverain pontife, on retrouvait partout dans la presse l’image qui a capturé ce moment. Une image frappante à plusieurs égards, mais aussi et surtout illustrant l’aspect naturel de la coexistence quotidienne des différentes communautés au Liban.

 

De nombreux Libanais ont insisté sur l’idée que la coexistence religieuse est le seul moyen pour le pays d’aller de l’avant – c’est là une idée si souvent répétée qu’elle pourrait passer pour un lieu commun. Cependant, elle n’en demeure pas moins vraie et les citoyens libanais le savent. La réalité de la coexistence était évidente lors de la visite du pape. Celui-ci a exprimé à plusieurs reprises son espoir de paix pour la Syrie et au Moyen-Orient et il a appelé les chrétiens comme les musulmans à encourager l’harmonie dans la coexistence.

 

Le Pape Benoît XVI a d’ailleurs salué la présence des musulmans dans le public à l’occasion d’une réunion avec les jeunes qui s’est déroulée le 15 septembre, et aussi lors d’une messe du dimanche, en plein air, célébrée le lendemain, et à laquelle 350 000 personnes auraient assisté selon les organisateurs. De nombreux Libanais se rappellent les propos du prédécesseur de Benoît XVI, le Pape Jean Paul II qui avait dit lors de son déplacement à Beyrouth en 1997 : « Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message » – faisant allusion à l’existence des diverses et nombreuses communautés religieuses qui y coexistent.

 

Aujourd’hui, plus que jamais, on doit être à l’écoute du message que représente le Liban.

 

D’autant plus qu’on vient d’apprendre que le 14 septembre, des manifestants ont mis le feu à un restaurant faisant partie d’une chaîne américaine à Tripoli, dans le nord du pays, en signe de protestation contre le film L’innocence des musulmans. La confusion et la désinformation autour de ce film ont provoqué des réactions disproportionnées dans le monde musulman, des réactions contre des innocents qui ne sont pas responsables pour cette vidéo diffamatoire postée sur YouTube. Malgré cette ombre au tableau, l’avenir du Liban est plein d’espoir.

 

Si le pays reste pris dans les luttes de pouvoir entre les puissances de la région et du monde, on peut néanmoins rester optimiste quant à son avenir. La plupart des Libanais savent que leur pays ne peut réussir à s’en sortir que s’ils acceptent, respectent et honorent la religion de leurs concitoyens.

 

Au-delà du message d’espoir et de paix, la visite du Pape Benoît XVI au Moyen-Orient a permis un constat de la situation réelle et un rappel important que le Liban est avant tout et surtout la terre où coexistent différentes religions. La terre des chrétiens comme des musulmans. Quand un film obscur a le potentiel de provoquer autant de dégâts, ce genre de rappel est important.

 

Les Libanais ordinaires doivent désormais continuer à encourager cette coexistence. Comme l’a dit le client d’un café de Beyrouth en regardant la venue du Pape à la télévision : « C’est bien qu’on l’ait tous accueilli ensemble, maintenant c’est à nous de montrer que ça compte à long terme ».

 

 

 

Nada Akl

 

 

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Nada Akl est une journaliste indépendante à Londres. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

 

 

© Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 28 septembre 2012, http://www.commongroundnews.org/ Reproduction autorisée.