01/6/2012

La voie menant à la transformation du conflit au Liban


Suite aux récents actes de violence au nord du Liban, la militante pour la paix Vanessa Bassil souhaite mettre en évidence des approches innovantes développées par un groupe de jeunes libanais afin de modifier la façon dont les conflits sont abordés dans ce pays. ‘Discutons’ vise à changer la façon de penser le conflit et la façon de le gérer. Il contient un message qui mérite d’être entendu plus largement afin de développer une société tolérante et respectueuse des autres membres, indépendamment de leurs affiliations religieuses ou politiques.



Beyrouth – Les récentes violences entre partis politiques – certains étant affiliés avec des sectes religieuses – à Tripoli et à Beyrouth, ont fait l’objet des gros titres et ont montré à quel point les conflits politiques au Liban continuent d’être un problème social puissant. Le Liban est composé de 18 communautés religieuses, et bien trop souvent, les politiciens utilisent la religion pour maintenir les gens divisés, et les divergences entre les différents intérêts religieux et politiques provoquent des tensions.

 

Bien que lorsque l’on discute de tels problèmes, on parle souvent de solutions politiques, les conflits nationaux ne peuvent fondamentalement pas être résolus sans tout d’abord savoir comment gérer les problèmes au niveau personnel. C’est le créneau choisi par un groupe de jeunes et dynamiques libanais pour travailler – et qu’ils visent à améliorer.

 

Le « Responsible and Active Youth project (RAY) » (le Projet jeunes actifs et responsables) réunit des jeunes libanais de différentes régions et religions. Ce projet fournit un espace dans lequel ils peuvent expérimenter sur la façon de gérer des conflits en modifiant la perception qu’ils en ont, négatif et destructif, pour les transformer en une force ayant un potentiel positif et constructif.

 

Des jeunes motivés se sont engagés auprès du RAY pour travailler comme volontaires pendant deux ans afin de développer une « boîte à outils » contribuant à créer la société dont ils rêvent : une société fondée sur la tolérance et l’acceptation de « l’autre ». Visant une approche pratique, créative et orientée vers les jeunes, ils ont crée un jeu de société baptisé « Ta’o Nehke » (« Discutons »), qui apprend aux gens à gérer les conflits grâce à des scénarios et à des jeux de rôles.

 

Ces jeunes se sont rendus dans quatre différentes communautés du Liban afin d’implémenter le projet dans les écoles, les universités et les clubs, travaillant en collaboration avec l’Association libanaise pour l’éducation et la formation (ALEF), l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et la Société allemande de coopération internationale (GIZ).

 

Les conflits auxquels le jeu s’attaque ne sont pas politiques, mais personnels. Parce que le sujet des conflits politiques est trop sensible, l’approche de RAY s’est concentrée sur le conflit personnel, que les jeunes peuvent ensuite transposer au conflit politique. Les groupes ont choisi les scénarii joués dans le jeu de société en fonction de leurs propres expériences des relations amoureuses, des dynamiques familiales et des conflits entre étudiants et enseignants.

 

Hassan, un participant musulman, déclare : « Dans un pays sectaire et divisé comme le Liban, s’engager auprès du projet RAY est une action hors norme. Lorsqu’on vit une telle expérience… nous avons l’obligation de la partager avec les autres. »

 

Les Rayans, comme on les surnomme, qui ont implanté le projet, ont acquis de nouvelles perspectives sur le conflit grâce à leur engagement avec leurs pairs : le conflit est naturel, il doit être compris afin de pouvoir être géré avec succès et il peut être transformé au travers du dialogue et de la négociation.

 

Les participants mettent en pratique cette transformation lorsqu’ils arrivent sur des cases étiquetées « négociation ». Ils doivent alors négocier avec un autre joueur appartenant à l’autre fraction dans le scénario de conflit. Jusqu’à présent, les jeunes qui ont participé à l’exercice ont remarqué à quel point souvent ils n’arrivent pas à prendre en considération les soucis des autres ou à les écouter – et ont suggéré que c’était là une des raisons des conflits actuels se déroulant dans leur pays. Maintenant ils réalisent qu’ils ont en mains les outils pour corriger cette attitude.

 

Par exemple, Adriana, une participante chrétienne, a appris à voir les choses avec une autre perspective, parce que, à chaque tour, elle a dû formuler les besoins des autres joueurs et leurs sentiments à propos du conflit qui était abordé lors du jeu. Une case « tuyau » sur laquelle elle est tombée, l’a aidé à comprendre la position des autres.

 

Lors d’une partie, elle a joué le rôle d’un jeune étudiant qui avait changé de matière d’étude trois fois au cours de son parcours universitaire, ce qui avait abouti en un conflit avec son père, qui travaillait dur à l’étranger afin de pouvoir lui payer ses frais d’écolage. Adriana a reçu un « tuyau » révélant que le père se sentait seul, qu’il travaillait dur pour soutenir sa famille et qu’il avait l’impression que son fils considérait son aide comme évidente. Comprenant les sentiments et les raisons du père l’amenant à s’opposer aux décisions de son fils, elle en a conclu que chacun a des raisons de penser et de ressentir propre – et ainsi elle a appris à percevoir les gens avec lesquels elle est en conflit avec empathie.

 

« Discutons », vise à changer la façon de penser le conflit des joueurs et donc leur façon de le gérer. Il contient un message qui mérite d’être entendu plus largement afin de développer une société tolérante et respectueuse des autres membres – indépendamment de leurs affiliations religieuses ou politiques.

 

 

 

Vanessa Bassil

 

 

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Vanessa Bassil est une journaliste libanaise et une militante pour la paix. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 1 juin 2012, www.commongroundnews.org   R

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