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L’ACADEMICIEN, LE CHANTEUR ET LES COLLEGIENS

Le premier est mort dans son lit, d’une crise cardiaque. Une belle mort dit-on en pensant aux souffrances et à l’agonie évitées. Avec un fin sourire sur une sagesse pétrie d’expérience Jean d’Ormesson avait souhaité ne pas disparaître en même temps qu’une star du show bizz. Son vœu n’aura pas été exaucé.

Johnny lui a volé la politesse et, au sens propre, pris la vedette. L’artiste populaire aura, lui, vu venir sa fin. Un cancer le rongeait, depuis longtemps. Mais son esprit et son cœur échappaient au crabe. L’amour du métier et de son public lui permettait de tenir et même de souhaiter rendre l’âme sur scène. Raté ! Son spectacle aura pour la circonstance quitté la scène et ses lumières pour descendre sur les Champs Élysées.

Jeudi dernier au passage à niveaux de Millas, un train a broyé le car de ramassage scolaire. Six collégiens ont péri dans l’accident. L’horreur titrait le lendemain matin le quotidien local. Ces adolescents avaient la vie devant eux, l’insouciance de la jeunesse, avec l’amorce peut-être de projets d’avenir et ce jour-là, à portée de main, le bonheur des fêtes de Noël … rien ne les portait à imaginer leur propre mort et la façon de l’affronter. Là encore l’imprévu s’est imposé. Le soir du drame des chrétiens du lieu se retrouvaient pour une formation prévue de longue date. Bouleversés par l’événement, ces villageois savaient sans pouvoir encore les nommer que des voisins et des connaissances prenaient de plein fouet la nouvelle de la mort de leurs enfants. L’émotion qui étreignait ces proches nous atteint, tous. La réunion, maintenue, s’ouvrit par une prière aux intentions des victimes et de leurs parents. L’ambiance de la soirée fut grave et sereine, habitée de questions posées au-delà de la seule recherche des causes techniques ou humaines de l’accident.

Que dire ? Que faire ? De la fin de parcours attendue pour les plus âgés, à l’histoire interrompue trop tôt pour les plus jeunes, la mort questionne et bouleverse. Pour les personnalités disparues, des interventions de qualité ont pu célébrer des œuvres littéraires et artistiques. Des amis et des fans ont manifesté leur peine, parfois leur désarroi. Mais avec l’accident de Millas, inattendu et horrible, l’attention se tourne spontanément vers les parents, les camarades, les plus proches, bouleversés et traumatisés par le décès des jeunes adolescents. Devant eux les mots paraissent inutiles. Seules la compassion et la solidarité sont susceptibles d’apporter réconfort soutien et plus loin apaisement. La compassion au sens étymologique de partage de l’épreuve. Surtout pas l’attitude mièvre d’une bienveillance de surface et de fausses consolations, mais une communion intime aux souffrances endurées par les personnes en deuil. Certes une distance irréductible distinguera toujours la peine et la douleur des parents de celles de leurs proches Pourtant le cœur a des capacités qui le rendent capables de partages authentiques. La présence silencieuse, les gestes d’affection et de tendresse, l’écoute permettent de se laisser toucher au-delà des seules émotions et d’exprimer la communion dans l’épreuve endurée. Le réflexe de déposer des fleurs, anonymement, sur le lieu de l’accident prend dans ce sens une forte valeur symbolique. La compassion ouvre aussitôt le chemin de la solidarité. Avec elle le partage se fait concret. Il s’exprime dans la capacité de se mettre en quatre pour secourir, entourer, aider, les blessés et les personnes dans la désolation. Des secours s’organisent, des accueils se mettent en place, des dévouements souvent spontanés assurent des soutiens et les dons de sang ont largement dépassé la demande transmise par les soignants. Ce faisceau de générosités prend à contre pied les tendances au repli sur soi, à l’indifférence et à la morosité qui altèrent souvent nos mentalités collectives.

Noël à San Feliu d’Avall, à Millas et au-delà sera endeuillé par le drame de vendredi dernier. Dans les familles des enfants disparus a tristesse sera sans doute réactivée par les cadeaux déjà achetés !… Et si la compassion et la solidarité accrochées aux sapins de Noël étaient capables de rayonner la douce lumière d’une espérance capable de vaincre les nuits les plus sombres ?

Père Michel Dagras

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