16/1/2014

Le monothéisme chrétien contre la violence


La Commission théologique internationale, mandatée par le Vatican, publie le 16 janvier 2014 un document intitulé ‘Dieu Trinité, unité des hommes’, avec pour sous-titre ‘Le monothéisme chrétien contre la violence’. Cette Commission a conduit une étude relative quelques aspects du discours chrétien sur Dieu, en se confrontant en particulier avec la thèse selon laquelle il existerait un rapport nécessaire entre monothéisme et violence…



Document de la Commission théologique internationale

 

 

« Dieu Trinité, unité des hommes. Le monothéisme chrétien contre la violence » : c’est le titre du document que la Commission théologique internationale, présidée par le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Gerhard Ludwig Müller – cardinal désigné -, publiera le 18 janvier en italien.

 

Il sera publié dans le nº 3926 de La Civiltà cattolica, la prestigieuse revue des jésuites, à Rome. Le texte sera également disponible sur le site Internet de la revue et sur la page de la Commission théologique du site du Vatican.

 

C’est le fruit précieux du travail de la Commission, pontificale, même si le qualificatif n’entre pas dans son titre, pendant son quinquennat 2009 – 2014.

 

Monothéisme, violence, unité

 

La Commission théologique internationale a conduit une étude « relative quelques aspects du discours chrétien sur Dieu, en se confrontant en particulier avec la thèse selon laquelle il existerait un rapport nécessaire entre monothéisme et violence », explique un communiqué.

 

Voilà de quoi interpeller les croyants sur quatre points : la relation du baptisé à la Sainte-Trinité, la paix qu’il en reçoit pour sa vie personnelle et pour le monde, les conséquences dans le dialogue et la marche vers l’unité visible des chrétiens, et le dialogue interreligieux.

 

La publication semble prophétique au moment où le monde continue d’être déchiré par des guerres – il suffit de lire le message de Noël du pape François ou le message aux ambassadeurs, le 13 janvier pour faire un tour du monde de ces tragédies. Alors que les religions, surtout depuis les Journées d’Assise autour de Jean-Paul II et Benoît XVI, et encore la journée de prière et de jeûne du 7 septembre 2013, ont montré qu’elles peuvent au contraire et donc doivent s’unir pour la paix.

 

Justement, ce jeudi 16 janvier, le pape François, dans le sillage de son message de Noël et de son message sur la “fraternité, fondement et route de la paix”, du 1er janvier pour la Journée mondiale de la paix, dit dans un « tweet » ce pour quoi il faut prier, et ce qu’il faut construire : “Prions pour la paix, et cherchons à la construire, en commençant à la maison !”

 

Et à propos des guerres, on se souvient peut-être à quel point la spiritualité trinitaire est développée dans les Eglises orientales, et spécialement en Russie.

 

Saint Serge de Radonèje et la Sainte-Trinité

 

Le grand saint russe, Serge de Radonèje (au nord de Moscou), moine, prêtre, mystique et réformateur, thaumaturge et protecteur de la Russie (v. 1314-1392)disait en substance que la contemplation de la Sainte Trinité ramènerait la paix dans les cœurs et dans le monde, et dans sa chère Russie déchirée par les invasions du XIVe s.

 

Le starets parlait d’expérience : né à Rostov, au nord de Moscou, le jeune Barthélémy avait émigré à Radonèje sous la poussée de l’invasion mongole. A la mort de ses parents, il se retira avec son frère aîné, pour vivre en ermite, dans une forêt habitée par les ours et les loups. C’est là que les deux frères bâtirent une chapelle dédiée à la Sainte-Trinité, qui allait donner naissance d’un florissant monastère, centre spirituel et théologique aujourd’hui encore, en dépit des années de persécution communiste.

 

Un autre sage starets avait prédit, alors que Serge n’avait pas encore dix ans, mais bien des difficultés à étudier : « Cet enfant va devenir la demeure de la Sainte Trinité, et il amènera une multitude à la compréhension de Sa volonté. »

 

Et c’est pour le fameux monastère de la Trinité-Saint-Serge, près de Zagorsk, que plus d’un siècle après la naissance de Serge, Andreï Roublev, du monastère Andronikov (Moscou)(v. 1360-v.1428), peindra la non moins fameuse icône dite « de l’Hospitalité d’Abraham », et connue sous le nom d’icône « de la Sainte–Trinité ».

 

Un document approuvé par la Doctrine de la foi

 

On est donc heureux, au moment où cette icône s’est répandue dans tout l’Occident, que la Commission théologique internationale vienne aider à comprendre le mystère de la Sainte-Trinité, aussi sous cet aspect du refus de la violence.

 

Le travail qui sera publié le 18 janvier a été développé, explique un communiqué, au sein d’une sous-commission, présidée par l’Abbé Philippe Vallin et composée également de l’Abbé Peter Damian Akpunonu, du P. Gilles Emery, OP, de Mgr Savio Hon Tai-Fai, SDB, de Mgr Charles Morerod, OP, de l’Abbé Thomas Norris, de l’Abbé Javier Prades López, de Mgr Paul Rouhana, de Mgr Pierangelo Sequeri, et de l’Abbé Guillermo Zuleta Salas.

 

Les discussions générales se sont déroulées dans les différentes rencontres de la sous-commission, et durant les sessions plénières de la Commission tenues de 2009 à 2014. Le texte proposé a été approuvé par la Commission in forma specifica le 6 décembre 2013, avant d’être soumis à l’approbation de son président, Mgr Müller, qui en a autorisé la publication, précise la même source.

 

 

Anita Bourdin

© Source : Zenit. 16 janvier 2014

 

 

 

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Le monothéisme chrétien contre la violence

 

 

La Commission théologique international publie ce jeudi un document intitulé « Dieu Trinité, unité des hommes ». Avec pour sous-titre: « Le monothéisme chrétien contre la violence ».

 

Dans une note préliminaire on peut lire que durant son quinquennium 2009-2014, la Commission théologique internationale a conduit une étude touchant quelques aspects du discours chrétien sur Dieu, en se confrontant en particulier avec la thèse selon laquelle il existerait un rapport nécessaire entre le monothéisme et la violence. Le travail a été développé au sein d’une sous-commission, présidée par le P. Philippe Vallin et composée des membres suivants : le P. Peter Damian Akpunonu, le P. Gilles Emery, Mgr Savio Hon Tai-Fai, Mgr Charles Morerod, le P. Thomas Norris, le P. Javier Prades López, Mgr Paul Rouhana, Mgr Pierangelo Sequeri, le P. Guillermo Zuleta Salas.

 

Les discussions générales sur ce thème se sont déroulées dans les différentes rencontres de la sous-commission, et durant les sessions plénières de la C.T.I. qui se sont tenues dans les années 2009-2014. Le présent texte, intitulé : Dieu Trinité, unité des hommes. Le monothéisme chrétien contre la violence, a été approuvé par la Commission “in forma specifica” le 6 décembre 2013, et il fut ensuite soumis à l’approbation de son Président, S. Exc. Monseigneur Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, lequel en a autorisé la publication. 

 

Le discours chrétien sur Dieu, clarifications

 

Le texte de réflexion théologique que nous présentons se propose de mettre en évidence quelques aspects du discours chrétien sur Dieu qui requièrent, dans le contexte d’aujourd’hui, une clarification théologique spéciale. L’occasion immédiate de cette clarification est la théorie, diversement argumentée, selon laquelle il existe un rapport nécessaire entre le monothéisme et les guerres de religion. La discussion interne à cette connexion a mis en évidence un nombre non négligeable de motifs d’incompréhension de la doctrine religieuse, capables d’obscurcir la pensée authentique du christianisme sur le Dieu unique.

 

Nous pourrions résumer l’intention de notre discours en une double question :

 

(a) De quelle manière la théologie catholique peut-elle se confronter critiquement avec l’opinion culturelle et politique qui établit un rapport intrinsèque entre monothéisme et violence ?

(b) De quelle manière la pureté religieuse de la foi dans le Dieu unique peut-elle être reconnue comme principe et comme source de l’amour entre les hommes ?

 

L’excitation à la violence au nom de Dieu, une corruption de la religion

 

Notre réflexion entend se proposer dans le style du témoignage argumenté, et non pas de la réfutation apologétique. La foi chrétienne, en effet, reconnaît dans l’excitation de la violence au nom de Dieu la corruption maximale de la religion. Le christianisme atteint cette conviction par la révélation de l’intimité elle-même de Dieu, qui nous rejoint moyennant Jésus-Christ. L’Église des croyants est consciente du fait que le témoignage de cette foi demande d’être honoré par une attitude de conversion permanente, laquelle implique aussi la “parrhésie” (autrement dit : la courageuse franchise) de la nécessaire autocritique.

 

Dans le Chapitre I, nous nous sommes proposé de clarifier le thème du “monothéisme” religieux, dans l’acception qu’il reçoit suivant quelques orientations de la philosophie politique d’aujourd’hui. Nous sommes conscients du fait qu’une telle évolution présente aujourd’hui un spectre largement différencié de positions théoriques, lesquelles vont de l’arrière-plan classique de l’athéisme sous étiquette humaniste, jusqu’aux formes plus récentes de l’agnosticisme religieux et du laïcisme politique. Notre réflexion voudrait avant tout préciser que la notion de monothéisme, non dépourvue de signification pour l’histoire de notre culture, demeure encore trop générique quand elle sert de chiffre d’équivalence entre les religions historiques qui confessent l’unicité de Dieu (identifiées comme Judaïsme, Islam, Christianisme). En second lieu, nous formulons notre réserve critique devant une simplification culturelle qui réduit l’alternative au choix entre un monothéisme nécessairement violent et un polythéisme présumé tolérant.

 

Les guerres interreligieuses sont insensées

 

Dans cette réflexion, nous nous savons soutenus de toute manière par la conviction, partagée chez un très grand nombre de nos contemporains, croyants et non-croyants, que les guerres interreligieuses, comme aussi la guerre faite à la religion, sont tout simplement insensées.

 

En tant que théologiens catholiques, nous avons cherché ensuite à illustrer à partir de la vérité de Jésus-Christ le rapport entre révélation de Dieu et humanisme non-violent. Nous l’avons fait à travers l’exposition renouvelée de quelques implications de la doctrine particulièrement capables d’éclairer la discussion actuelle : soit pour ce qui regarde la compréhension authentique de la confession trinitaire du Dieu unique ; soit pour ce qui concerne l’ouverture de la révélation christologique à la mise en évidence du lien entre les hommes.

 

Dans le Chapitre II, nous interrogeons l’horizon de la foi biblique, avec une attention particulière portée au thème de ses “pages difficiles” : celles, autrement dit, dans lesquelles la révélation de Dieu se trouve intriquée avec les figures de la violence entre les hommes. Nous cherchons à dégager les points de référence que la même tradition scripturaire met en lumière ? En son propre contenu ? Pour l’interprétation de la Parole de Dieu. Sur la base de cette réappropriation, nous présentons une première ébauche pour le cadrage anthropologique et christologique des développements de l’interprétation du thème, avec le souci de la condition historique actuelle.

 

La Résurrection de Jésus, source d’amour entre les hommes

 

Dans le Chapitre III, nous proposons un approfondissement de l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus sur le thème de la réconciliation entre les hommes. L’oikonomia est ici essentielle à la détermination de la theologia. La révélation inscrite dans l’événement de Jésus-Christ, qui rend universellement estimable la manifestation de l’amour de Dieu, permet de neutraliser la justification de la violence sur la base de la vérité christologique et trinitaire de Dieu.

 

Au Chapitre IV, notre réflexion s’engage dans l’illustration des approximations et des implications philosophiques concernant le fait de penser Dieu. Ici sont traités avant tout les points de discussion avec l’athéisme actuel, largement alimenté par les thèses convergentes d’un radical naturalisme anthropologique. À la fin – pour le bénéfice conjoint du débat interreligieux sur le monothéisme – nous proposons une sorte de méditation philosophico-théologique sur l’intégration, dans la révélation, d’un dispositif de relations à l’intime de Dieu et de la conception traditionnelle de son absolue simplicité.

 

Dans le Chapitre V, pour finir, nous reprenons les éléments de la spécificité chrétienne qui définissent l’engagement du témoignage ecclésial pour la réconciliation des hommes avec Dieu, et entre eux. La révélation chrétienne purifie la religion, dans le moment même où elle lui rend sa signification fondamentale pour l’expérience humaine du sens. C’est pourquoi, dans notre invitation à la réflexion, nous tenons bien présent la nécessité spéciale – surtout devant l’horizon culturel d’aujourd’hui – de traiter toujours conjointement le contenu théologique et le développement historique de la révélation chrétienne de Dieu.

 

 

© Source : Vatican news. 16 janvier 2014