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Le prix du sang

Notre stratégie de défense nucléaire s’appuie sur des décisions prises par le général de Gaulle en 1945. Ses principes sont clairs. Pointer nos armes atomiques sur de grandes villes de l’agresseur potentiel. Cette terrible menace dite chez nous du faible au fort a peut-être contribué à éviter le déclenchement d’une apocalypse épouvantable.

 

Aujourd’hui le spectre d’une guerre nucléaire s’est heureusement éloigné. Les grandes puissances en ont d’ailleurs tenu compte en signant des traités de non prolifération et en acceptant de diminuer leurs redoutables arsenaux. Pourtant ces réductions ne touchent guère leurs capacités de destructions massives.

 

Même hors du risque d’être envahis par des hordes de chars soviétiques la dissuasion atomique demeure notre choix comme au temps de la guerre froide[1]. La donne a eu beau changer, les guerres devenant civiles, terroriste et sans ligne de front précise, notre Président maintient ainsi comme tous ses prédécesseurs, le cap pris il y a 70 ans. Il considère que la force de dissuasion… nous permet d’avoir la capacité de vivre libres[2]. Une capacité que ne posséderait donc ni l’Allemagne, ni les autres pays européens et sans éprouver au passage le besoin de grever leurs budgets militaires des dépenses faramineuse qui plombent le nôtre !

 

La persistance à équiper nos 300 têtes nucléaires (2500 aux USA et autant chez les russes) coûte en effet fort cher. Il faut maintenir nos armements nucléaires prêts à l’emploi, les moderniser et prévoir même la mise au point de nouveaux missiles. La note est salée ! Elle s’élève aujourd’hui à plus de 3 milliards d’euros par an[3]. On rêve en pensant à l’économie qui pourrait être réalisée en supprimant ces dépenses qui, selon M. Rocard qui ne servent absolument à rien.

 

Évidemment ce montant est à mettre en rapport avec celui de nos ventes d’armes. Depuis quelques années celles-ci grimpent de façon impressionnante. Elles dépassent aujourd’hui 5 milliards d’euros par an grâce, entre autres, à la vente d’avions de combat en Inde, en Égypte et tout récemment au Qatar. Ces succès commerciaux entraînent certes la création d’emplois. Ils froissent aussi notre conscience éthique ! La stratégie atomique anti-cité nous place en effet déjà en posture de criminels de guerre potentiels… et l’étoile de nos plus récents clients, si richissimes soient-ils, ne brille guère au firmament de la démocratie !

 

Cerise hypocrite sur ce gâteau immoral, les membres du P5[4], dont nous sommes, avaient promis aux pays ne possédant pas d’armes nucléaires, de s’orienter vers l’élimination des leurs. Ils font en fait tout le contraire ! Bravo pour le pays des Droits de l’Homme ! Comment ne pas rappeler que Tout acte de guerre qui tend indistinctement à la destructions de villes entières ou à la destruction de vastes régions avec leurs habitants est un crime contre Dieu et contre l’homme lui-même[5]. D’aucuns objectent que la menace n’est pas l’emploi. Que signifie alors menacer quelqu’un d’un acte que l’on n’a pas le droit de commettre ?

 

Quel sens de l’homme éclaire notre regard citoyen face à ces positions ?

 

 

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[1] Cf. Hervé Morin au colloque parlementaire sur Vers un monde sans arme nucléaire.  27 juin 2014

[2] François Hollande. 29 février 2015

[3] L’Audit atomique de Bruno Barrillot, co-fondateur de l’observatoire des armements, avançait qu’entre 1945 et 1998, près de 275 milliards d’euros avaient été dépensés dans l’armement nucléaire. Soit 5,2 milliards d’euros par an en moyenne sur plus de cinquante ans.

[4] Les 5 États nucléaires

[5] Vatican II. Constitution Église et Monde n°80

 

 

 

Père Michel Dagras

Pax Christi Toulouse

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