10/3/2016

Le Saint-Siège plaide pour la liberté d’expression et la liberté de religion comme droits fondamentaux


Mgr Richard Gyhra, chargé d’Affaires (ad intérim) de la Mission permanente du Saint-Siège auprès des Nations Unies et des autres Organisations internationales à Genève, est intervenu le 9 mars 2016 à la 31ème Session du Conseil des droits de l’homme au sujet de l’ « Article 3 » : ‘Rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyance’. Pour le Saint-Siège, la liberté de religion et la liberté d’expression sont appelées à coexister en tant que droits humains fondamentaux.



Le Saint-Siège articule ces deux libertés fondamentales

 

 

« La liberté de religion et la liberté d’expression sont appelées à coexister en tant que droits humains fondamentaux », déclare Mgr Gyhra.

 

Mgr Richard Gyhra, chargé d’Affaires (ad intérim) de la Mission permanente du Saint-Siège auprès des Nations Unies et des autres Organisations internationales à Genève, est en effet intervenu à la 31ème Session du Conseil des droits de l’homme.

 

Son intervention, du 9 mars 2016, à Genève, portait sur l’ « Article 3 » : «Rapport du Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyance ».

 

« Pour le Saint-Siège, a-t-il notamment rappelé, la liberté de religion et la liberté d’expression sont appelées à coexister en tant que droits humains fondamentaux. Il y a cependant une vérité qui ne doit pas être négligée : à savoir, que chacun a le droit de pratiquer sa religion librement, sans offenser les autres. En outre, nous ne devons pas offenser les autres croyants, faire la guerre ou tuer au nom de notre religion, au nom de Dieu. »

 

* *

 

Intervention de Mgr Gyhra

 

Monsieur le Président,

 

Le Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyance nous a fourni un rapport qui donne à réfléchir, qui traite de l’interaction et de l’interdépendance de cette liberté avec la liberté d’expression. Les attaques terroristes actuelles à l’échelle mondiale, ainsi que la plus grande relation entre la religion et la tolérance, soulignent la nécessité de réfléchir sur ces libertés fondamentales, sur la manière dont nous les abordons et les comprenons, et sur les « droits » et « obligations » qu’elles exigent. Les études et les statistiques indiquent une réalité assez grave et triste lorsqu’elles montrent que les limites à la liberté de religion ou de croyance et les abus contre celle-ci continuent d’augmenter dans de nombreux pays. Cette tendance est très alarmante pour le Saint-Siège puisqu’elle semble indiquer un manque de volonté politique de la part des différentes Institutions de la communauté internationale pour traiter les causes d’une telle violence et que le chemin est encore long devant nous, dans le domaine de la compréhension mutuelle et du dialogue. Souvent, les réactions publiques à ces événements malheureux et violents creusent un fossé encore plus grand entre ces deux droits, en les séparant davantage comme si c’était des droits opposés ou par nature antithétiques. Au contraire, ces libertés, comme pour tous les droits, doivent être comprises dans le cadre du caractère universel et indépendant de tous les droits humains fondamentaux. Le danger existe, cependant, quand les droits de l’homme sont compris à partir d’une approche qui considère la liberté comme une licence ou une autonomie complète, l’exercice de la liberté sans aucune référence à l’autre ou à l’ « obligation » qui correspond au droit. Comme le fait observer le Rapporteur spécial, « les deux droits en discussion ici sont les droits de « chacun » et par conséquent ils appartiennent à tous les êtres humains qui devraient être capables de les exercer libres de toute peur et libre de toute discrimination… (ils) incarnent le principe d’égalité qui sous-tend l’approche des droits humains dans son ensemble » (1)

 

Minimiser le rôle essentiel de la religion dans toutes les sociétés ne sera pas la réponse aux défis actuels trouvés dans l’interaction de ces deux libertés. Nous vivons dans un monde soumis à la « mondialisation du paradigme technocratique » (2), qui vise consciemment à une uniformité unidimensionnelle et cherche à éliminer toutes les différences et les traditions dans une quête superficielle d’unité. Les religions ont donc le droit et le devoir de préciser qu’il est possible de construire une société où « un sain pluralisme qui respecte les différences et les valorise en tant que telles » (3) est un « allié précieux dans l’engagement à défendre la dignité humaine … et un chemin vers la paix dans notre monde troublé » (4). La tendance à la mondialisation n’est pas nécessairement mauvaise. Au contraire, si elle nous unit, elle peut être noble. Cependant, nous sommes tous conscients que « la mondialisation fait de nous des voisins, mais ne nous rend pas frères » (5). Par conséquent, si cette tendance prétend nous rendre tous pareils, elle détruit l’individualité de chaque personne.

 

La liberté de religion ou de croyance est un droit fondamental qui façonne la manière dont nous interagissons, seuls ou en communauté, avec nos voisins dont les opinions religieuses diffèrent des nôtres. La liberté religieuse est ancrée dans le respect de la liberté de conscience. Par sa nature même, elle transcende les lieux de culte et la sphère privée des individus et des familles et cherche à construire le bien commun de toutes les personnes. Comme le dit le pape François, la liberté religieuse nous permet de rechercher « la vérité et la dignité de la personne humaine et des droits humains. Dans un monde où diverses formes de tyrannie moderne tentent de supprimer la liberté religieuse, ou bien, comme je l’ai dit tantôt, tentent de la réduire à une sous-culture sans droit de cité dans la sphère publique, ou encore tentent d’utiliser la religion comme prétexte à la haine et à la brutalité, il est impérieux que les adeptes des diverses traditions religieuses unissent leurs voix pour appeler à la paix, à la tolérance, au respect de la dignité et à tous les droits des autres. » (6)

 

Monsieur le Président,

 

Pour le Saint-Siège, la liberté de religion et la liberté d’expression sont appelées à coexister en tant que droits humains fondamentaux. Il y a cependant une vérité qui ne doit pas être négligée : à savoir, que chacun a le droit de pratiquer sa religion librement, sans offenser les autres. En outre, nous ne devons pas offenser les autres croyants, faire la guerre ou tuer au nom de notre religion, au nom de Dieu. « Tuer au nom de Dieu est une aberration. Je crois que cela est le principal à propos de la liberté de religion : on doit la pratiquer avec liberté, sans offenser, mais sans imposer ni tuer. » (7) « Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais a aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun… Nous avons l’obligation de dire ouvertement, d’avoir cette liberté, mais sans offenser… On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de leur foi » (8)

 

En ce sens, il y a une interaction délicate de ces deux droits fondamentaux qui doit être maintenue avec attention en respectant la liberté de conscience des autres, en exerçant notre liberté d’une manière responsable et respectueuse, non pas comme une autonomie ou licence complète, mais plutôt comme la liberté de choisir ce qui est vraiment bon pour l’individu, pour sa communauté et pour le bien commun, et en traitant les autres comme nous souhaitons être traités.

 

Un autre aspect essentiel du respect de la liberté de religion ou de croyance et de sa relation avec la liberté d’expression est la limitation que certaines formes de législation nationale imposent en ne permettant pas l’exercice ouvert de la liberté de religion, droit humain fondamental, tel qu’il est décrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. En vue d’une diminution des violations de ce droit essentiel, il est impératif que toutes les personnes de toutes les convictions religieuses, ou sans religion, soient traitées également en tant que citoyens dans tout le sens du terme, sans discrimination ni persécution à cause de leurs convictions ou de leurs croyances.

 

Monsieur le Président,

 

En conclusion, jouir de la liberté de religion ou de croyance est un droit humain fondamental qui ne peut pas être simplement écarté, comme si nos sociétés avaient dépassé toute croyance ou tout sentiment religieux. Avec les nombreux conflits qui surviennent des mains de certains extrémistes, la religion a malheureusement été dépeinte comme le coupable qui doit être excisé de la modernité au moyen du scalpel de la liberté d’expression. Cet effort est non seulement une erreur, mais il est contraire à la nature de la personne humaine. En fait, la liberté de religion et la liberté d’expression ne peuvent pas exister séparément, car elles sont interdépendantes et unies. Ainsi, il devrait toujours être possible de jouir d’elles ensemble, par un échange raisonnable et respectueux.

 

Je vous remercie, Monsieur le Président.

 

 

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NOTES

 

1. Bielefeldt, Heiner, Rapporteur spécial, A/HRC/31/18, n. 16. 2

2. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’, n. 106.

3. Pape François, Exhortation apostolique, Evangelii Gaudium, n. 255.

4. Ibid., n. 257.

5. Pape François, Message pour la Journée mondiale de la paix, 2014, 1.5.

6. Pape François, Discours, Independence Hall, Philadelphia, USA, 26 septembre 2015.

7. Pape François, Rencontre du Saint-Père avec les journalistes au cours du vol vers Manille, 15 janvier 2015.

8. Ibid.

 

 

 

© Traduction de Zenit, Constance Roques

© Source : Zenit. 10 mars 2016